A l’origine en Occident le mot culture vient du latin cultus qui signifie culte servait pour reprendre la belle image de Daniel Boorstin à désigner « un hommage plein de révérence ». Il fut appliqué ensuite au travail de la terre et aux soins donnés aux végétaux. Il fut étendu plus tard au développement et au traitement de l’esprit. Au XIXème siècle, il servit à qualifier l’aspect esthétique et intellectuel de la civilisation (1).
Et c’est en cette fin du XIXème que l’anthropologue anglais, Edward Burnett Tylor (1832-1917), s’empara du mot pour le
mettre au centre de ce qu’il appelait alors la science de la culture et qui devint l’anthropologie culturelle. Il ne faut donc pas s’étonner si parmi les concepts de l’anthropologie, celui de
culture est le plus répandu et constitue même pour de nombreux chercheurs, le sujet même de l’ethnologie. Il est un fait en tout cas que la notion de culture sert de base à beaucoup de
travaux.
Mais qu’est-ce que la culture ? Les définitions sont légions. A. L. Krœber et Clyde Kluckhohn ont recensé quelques
300 définitions (2). En préalable à l’étude de la culture tahitienne et à ses manifestations, Bruno Saura, maître de conférences à l’Université française du Pacifique proposait d’admettre la
définition suivante : « Une culture peut se définir comme l’ensemble des comportements, des croyances, des savoirs et des savoir-faire qui caractérisent un peuple par rapport à
d’autres peuples... Dans ce sens, le mot culture est synonyme de civilisation (3) » (4). Bien que correcte, cette définition est néanmoins incomplète et imprécise car elle ne prend pas en
compte la dimension de l’acquisition et de la transmission de la culture. Tous les anthropologues sont en effet d’accord sur un point : la culture est quelque chose qui s’apprend, qui
permet à l’homme de s’adapter dans son milieu et qui se manifeste dans les formes de pensée, les objets matériels et les institutions. Edward Burnett Tylor, auteur de Primitive culture, la
définissait « un tout complexe qui inclut les connaissances, les croyances, l’art, la morale, les lois, les coutumes et toutes les autres dispositions et attitudes acquises par l‘homme en
tant que membre d’une société » (5). M.J. Herskovits quant à lui, auteur d’un ouvrage intitulé Les bases de l’anthropologie culturelle, donnait une définition plus brève en disant que
« la culture est ce qui dans le milieu est dû à l’homme » (6).
Qu’elle soit utilisée en ethnologie, en anthropologie ou en sociologie, la notion de culture désigne donc tout ce qui,
dans une société donnée, est aquis, appris et transmis. Selon cette acceptation, le concept de culture désigne donc tout l’héritage social au sein duquel naît et se développe l’individu,
c’est-à-dire tout l’ensemble de la vie sociale, depuis les soubassements technologiques et les organisations institutionnelles jusqu’aux formes d’expression de la vie de l’esprit, le tout étant
considéré comme un ordre de valeurs donnant au groupe une certaine qualité humaine.
C’est Ralph Linton dans Le fondement culturel de la personnalité (7) qui donnera une consistance originale au concept de
culture en concevant celle-ci comme une organisation structurée de conduites. A savoir que la culture existe dans et par le comportement individuel au cours de son apprentissage social. Pour
lui la culture se définit principalement comme « la masse des comportements que les êtres humains de toute société apprennent de leurs ancêtres et transmettent à la génération plus
jeune » (8). Ralph Linton accorde donc un contenu pychologique capital à la culture en ce sens qu’elle résulte du comportement des individus, comme elle les façonne.
Il faut encore distinguer dans la culture son aspect explicite qui se manifeste concrètement dans les œuvres techniques,
artistiques ou littéraires de son aspect implicite qui est l’ensemble des comportements non perceptbles des individus, les rapports entre les hommes et l’exercice des valeurs. En ce sens la
culture est aussi idéologie, c’est-à-dire un ensemble d’idées, de représentations, de normes et de valeurs spécifiques qui caractérisent une société à une époque donnée.
En résumé, il faut retenir que la culture ne peut pas se limiter à la création littéraire, artistique et scientifique,
mais doit être étendue à l’ensemble des coutumes, des croyances, des institutions, des idéologies et des techniques concernant tous les secteurs de la vie sociale et relationnelle que se
partagent et se transmettent les membres d’une société donnée.
Pour reprendre un ethnologue français contemporain, Robert Cresswell : « Acceptons, donc, d’appeler
culture : la configuration particulière qu’adopte chaque société humaine non seulement pour régler les rapports entre les faits techno-économiques, l’organisation sociale et les
idéologies, mais aussi pour transmettre ses connaissances de génération en génération » (9).
(1) Daniel Boorstin, Les découvreurs, Paris, Robert Laffont, collection Bouquins, 1986, p. 650.
(2) A.L. Krœber et Clyde Kluckholhn, Culture, a Critical Review of Concepts and Definitions, New York, Vintage Books, 1952. En fait, beaucoup de ces définitions sont proches les unes des autres.
(3) Les Anglo-Saxons préfèrent par tradition absorber la civilisation dans la culture. Les Allemands au contraire ont opposés
avec vigueur Kultur
et Zivilisation
. Si la Zivilisation
est l’ensemble des éléments matériels, des réalisations techniques et la forme d’organisation sociale qui permet à
une société de s’exprimer, la Kultur
est pour eux l’ensemble des formations spirituelles, des créations littéraires, artistiques, des idéologies dominantes qui donnent à un peuple à une
époque donnée son originalité propre.
(4) Bruno Saura, « Culture et renouveau culturel », in Encyclopédie de la Polynésie, volume 9 : vivre en Polynésie 2, Papeete, Editions Christian Gleizal / Multipress, 1988, p. 57.
(5) Edward Barnett Tylor, Primitive culture, Londres, 1871.
(6) M.J. Herskovits, Les bases de l’anthropologie culturelle, Paris, Payot, 1952. Traduction française de Man and his works ; Science of Cultural Anthropology, New-York, 1949.
(7) Ralph Linton, Le fondement culturel de la personnalité, Paris, Dunod, 1977, 138 pages.
(8) Ralph Linton, Culture and Mental Disorders, cité par Jean-Claude Filloux, « Préface » in Ralph Linton, Le fondement culturel de la personnalité, p. XXVII.
(9) Robert Cresswell, « Concepts et cultures », in Eléments d’ethnologie 1, Paris, Armand Colin, collection U, 1975, p. 32.









