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Ci-dessous les incontournables de Jean Marc Pambrun, dans l'ordre chronologique de
leurs éditions.
L’Allégorie de la Natte, (« ou le Tahu’a parau tumu
fenua dans son temps ») 1993 : Publication bilingue en Français & en Tahitien, issue d’une communication faite
en 1992 à un colloque de Recherche scientifique. Les 20 années qui suivront, la démarche de l’écrivain reposera sur ce texte essentiel. Le tressage symbolise l’entrecroisement des contraires sans
aliénations (un idéal) ; il s’agit de tolérance et de multitude. C’est ainsi que l’écrivain touchera à tout : théâtre, légendes, romans, biographie, essais satiriques et politiques.
L'allégorie propose 3 chemins qui mènent à la grotte du savoir: Il y a celui qui vient de la montagne, celui qui vient de la mer, et celui qui vient du cœur : Jean-Marc Tera’ituatini
Pambrun a choisi le 3ème.
Dans cet essai, l’écrivain laisse parler son cœur, il s’ouvre aux songes et à l’irrationnel.
Pour cet auteur engagé, la culture polynésienne est loin d’être perdue. Elle est au contraire bien vivante en chaque Polynésien, qui en détient une part et dont il faut simplement rassembler et
tisser les morceaux épars, comme on fait une grande natte. Mais pour pouvoir comprendre cette culture éclatée, pour pouvoir tresser la natte, on doit se débarrasser de tout préjugé, accepter
l’irrationnel et le sacré.
Le Sale Petit Prince, « pamphlets blancs »,
1995
Textes satiriques qui sont toujours d'actualité sur
les syndicats, la religion, les politiques, les femmes, la corruption, la pensée unique. Le "sale petit prince" est emprisonné, hargneux, il passe son temps à écrire sur son pays, il est
impossible de ne pas y reconnaître les personnalités politiques. On retrouvera le thème de la prison avec « Le bambou noir ». Articles accompagnés d’illustrations d’Aimeho, de Mag,
Munoz, Quibé… Ces articles sont issus de l'anciennement "Echo de Tahiti". C’est en lisant « le Sale Petit Prince » qu’on peut comprendre que Pambrun était un écrivain libre qui ne
craignait rien, pas plus les hommes de pouvoir que les défenseurs de la bonne morale.
La fondation du Marae, 1998
Le scolopendre ou "Veri Tara", est l’animal gardien de la famille de
Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun, qui, dans ce texte, lui accorde la vertu de puissance. La légende de la fondation du Marae mêle le fantastique au mythe ; on y retrouve tous les éléments de
la pensée imaginaire polynésienne qui sont ceux de la métamorphose, de la fécondation, de la transgression du tapu et de ses conséquences: C’est un incontournable de Jean-Marc Tera’ituatini
Pambrun. Comme l’Allégorie de la Natte, l’édition est limitée et il faut savoir que les couvertures ont été dessinées par l’auteur lui-même avec une grande minutie. Pambrun pouvait passer des
heures à dessiner et parfois repasser sur « un bout de natte » qui ne lui convenait pas. Les couleurs sont également choisies avec précaution, le « guerrier écrivain » vivant
dans un monde riche de symboles.
C’est une terre ma’ohi, 2001,
poème. Magnifique ouvrage illustré des photos de Michel Chansin.
On ne peut rester insensible à ce poème, le plus apprécié des
lecteurs de Pambrun. Je ne trouve pas les mots pour le décrire, tellement il regorge d’émotions. Ici Pambrun exprime sa plus belle déclaration d’amour et d’attachement à sa terre :
« Tahiti n’est pas un pays qui se lève avec ses couleurs, c’est une terre ma’ohi qui se répand sur ses douleurs, en tranches épaisses de basalte, pour empêcher que son chagrin, ne vienne
gronder sous l’asphalte, et y répandre son venin ».
La Nuit des Bouches Bleues, 2002
Un texte exceptionnel, rythmé et beau : Première
pièce de théâtre de Jean Marc Tera’ituatini Pambrun qui aurait mérité un prix littéraire et dont on aurait du faire une plus grande promotion. La pièce, accouchée dans la douleur, a failli ne pas
être jouée à cause, encore une fois, d'une intervention politique bien mal intentionnée ; c'est finalement et heureusement à Moorea que « La Nuit des Bouches Bleues » prendra vie. Une
jeune femme s'endort, elle rêve: apparaissent alors deux personnages principaux, une fée bretonne et un guerrier Ma'ohi RuaTini. Dans un dialogue sensuel et puissant, chacun brode un
discours émotif et réfléchi sur la culture, l'humanité, le colonialisme, la richesse des mondes.
Les Parfums du
Silence, PRIX LITTERAIRE OUESSANT, 2003, réédité en 2009, ironiquement seul ouvrage édité sous un
pseudonyme « Etienne Ahuroa » ! Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun a fait ce choix, car il a été exclu dans son propre fenua et ne savait pas si quelqu’un allait l’éditer. Cette pièce est née d'un rêve dans lequel Paul Gauguin lui a rendu visite; ‘Les parfums du silence mettent en scène huit
Marquisiens qui évoquent à leur manière les circonstances de la mort de Paul Gauguin, le 8 mai 1903 à Hiva Oa, la veillée funèbre et son enterrement. Au-delà de l'événement, ils parlent entre eux
de l'homme, du souvenir qu'il leur laisse déjà, des Blancs et, d'abord et avant tout, d'eux-mêmes.’, Jean-Marc Tera’ituatini aimait à dire qu’il a « gommé le blanc pour mettre en avant les
Polynésiens. » Ce prix littéraire métropolitain accordé à un écrivain polynésien a légitimé
Jean-Marc Pambrun dans le monde du livre, hors de nos frontières, même s’il existait bien avant. Ces ouvrages sont désormais disponibles dans les données bibliothécaires
françaises.
Huna ou secrets
de famille, 2004
On change de style. Ces nouvelles tressent tradition et
modernité ; elles sont, pour la plupart, inspirées de faits réels, mais aucun nom n’est cité, plus par pudeur que par crainte du
litige, d’où le titre « secrets de famille ». On y retrouve le décalage douloureux entre des Tahitiens attachés à leurs convictions culturelles, leurs façons de considérer le monde, et
une justice qui défend d’autres valeurs. La plupart de ces nouvelles, parfois humoristiques, parfois dramatiques, décrivent un monde polynésien réel qui cohabite sans cesse avec le rêve, une
sorte de quatrième dimension.
LE
BAMBOU NOIR, 2005, "LE" roman polynésien.
C’est l’histoire de la formation, de l’ascension sociale, de la chute et du bannissement d’un jeune Tahitien pétri de
révolte et d’idéaux, à la vocation de peintre singulièrement contrariée par l’histoire politique et sociale de son pays. Une narration
bourrée d'images, de couleurs. Une boule de sensibilité et de sensualité explose, Pambrun fait de l'érotisme sans vulgarité, du fantastique sans exagérer. Il est à la fois mesure et
démesure. « Le Bambou Noir » dévoile notre société, on y retrouve même Gaston Flosse, Jacqui Drollet, Oscar Temaru, sous des jours inattendus. Attention, ce n’est pas une biographie de
Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun. Celui-ci apparaît à un moment précis du roman sous un autre nom et l’écrivain le fait mourir de façon bien pathétique. Pambrun aimait jouer avec l’imagination des
autres.
La Naissance de
Havai’i, 2006
Légende de la création du monde dans la conception polynésienne (par
Taaroa), dédiée à sa fille Hinatea et à tous les jeunes de notre pays. Traduit en tahitien par Winston Pukoki de l’académie tahitienne et préfacé par Sylvia Richaud.
Ce texte est un plaisir esthétique, écrit en vers, mais aussi un
plaisir pour les yeux, grâce aux magnifiques illustrations de JL BOUSQUET. On parle souvent de transmission de la culture: voici un incontournable que nous devons lire. L’objectif est bien
« d’apprivoiser de nouvelles générations de Polynésiens pour les familiariser à leur propre histoire commune » (Sylvia Richaud). Cette légende illustre des valeurs à transmettre à nos
enfants, à intégrer dans notre vie contemporaine : la persistance, le désir, le courage, la création et la force.
Francis Puara Cowan - Le maître de la pirogue polynésienne, autobiographie recueillie, Éditions le Motu, 2007. Cette autobiographie recueillie
révèle l’intérêt de Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun pour les êtres d’exception. Il a voulu rendre hommage à un homme qui lui a inspiré du respect. On sent, en lisant l’autobiographie, qu’il
s’agit bien de la voix de Francis Puara Cowan et non de celle de Pambrun qui s’est effacé en toute humilité pour donner à l’ouvrage la plus grande sincérité possible. Illustré de photographies
d’archives, le parcours de Francis Cowan, sa construction de la pirogue, sa traversée de la vie, sa traversée de l’océan, illustrent le courage, la patience et sans doute y a-t-il la même
persévérance chez le navigateur et chez l'écrivain.
Les Voies de la Tradition, Recueil de textes, Manuscrit.com, 2008.
Ce recueil regroupe plusieurs textes, poèmes et discours,
indépendants les uns des autres mais tous liés par un objectif commun : Son pays, sa culture. Il s’agit de « tresse une natte » virtuelle qui pourra accueillir toutes les
réflexions. Le poème le plus transgressif est « Les marchands d’identité » : il dénonce cette manie de vouloir commercialiser, vendre, donner une seule image de l’identité
polynésienne. En simplifiant cette identité, pour la rendre plus « comestible », on fait tout simplement de l’exotisme, et on exclue des enfants de ce pays. Il faut « remonter à la
racine », et dénoncer « les marchands d’identité ».
La lecture, Fable
théâtrale en trois actes, Éditions le Motu, 2009.
On peut être surpris en lisant cette pièce de théâtre. Je n’ai
malheureusement pas eu le temps de demander à Jean-Marc Tera’ituatini pourquoi il l’avait qualifiée de « fable théâtrale». Le personnage principal est en train de lire un texte, lorsque
l’un des personnages, une femme, surgit hors de la fiction et se met à vivre au rythme de la « lecture ». La lecture décrit surtout un artiste peintre métropolitain qui ne se rend même
pas compte de ses préjugés sur la femme, sur la Tahitienne l’autochtone ou îlienne (à toi de voir car les autres îles du pacifique aussi sont
concernées donc d’où cette remarque), jusqu’à ce que celle-ci se rebelle et le réveille de son idéal mythique…
L'île aux anthropologues - Petit traité d'anthropologie satirique, essai. 2010
Je conseille l’ouvrage aux lecteurs avertis : D’ailleurs tous
les anthropologues et sociologues vivant sur l’île s’y retrouveront sans doute, même si Jean-Marc Terai’tuatini Pambrun leur a donné des noms d’oiseau. C’est un retour à la source, puisque
l’écrivain a une formation anthropologue. Mais le traité « d’anthropologie satirique » n’est pas évident à lire. Il est cependant un « incontournable », car il regorge de
l’esprit satirique, du caractère humoristique et intellectuel de l’écrivain guerrier.
Henri Hiro - Héros
polynésien, Biographie, Puna Honu, 2010, 504 pages.
Incontestablement, cette biographie est incontournable : Non
seulement elle se dévore, page après page, mais en plus, elle est le fruit d’un travail de recherche assidu, elle est complète et honnête dans tous les sens du terme. La bibliographie d’Henri
Hiro ne pouvait être aussi riche : Nous découvrons que le théâtre polynésien a proliféré, il est répertorié et décrit, alors pourquoi est-il si endormi aujourd’hui ? Humainement, la vie
d’Henri Hiro est celle d’un pays. On rit, on s’émeut, on s’interroge. Celui qui n’a pas lu ce livre, ne connaîtra jamais vraiment l’histoire de son pays des années 1950 à 1980 ; nous avons
un aperçu historique, social, politique, religieux incroyable.