Mardi 28 octobre 2008 2 28 /10 /Oct /2008 18:48


from one island, Manhattan, to an other, Tahiti...
D'une île à l'autre, de Manhattan à Tahiti...
Par Ariirau - Publié dans : Que me veut le mo'o?
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Mardi 28 octobre 2008 2 28 /10 /Oct /2008 18:35
Par Ariirau - Publié dans : Que me veut le mo'o?
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Mercredi 22 octobre 2008 3 22 /10 /Oct /2008 23:12
TATAU...

Tihoti est tatoueur, artiste peintre et sculpteur, c'est un homme de Huahine, qui s'accomplit dans la création.

Il a son blog perso:

blog de Tihoti tatau






E' Ahu !

du samedi 25 au jeudi 30 octobre, exposition de tapa à la mairie d'Arue.

Pitcairn Tapa - ŒAHU no te mau VAHINE no HITIAUREVAREVA

& présentation du livre
Pitcairn Tapa - ŒAhu no Hitiaurevareva

leur blog:

Tattoo & Tapa

Pauline & Tihoti partagent une même passion: celle du motif ancestral et de son impression, sur deux matières:
la peau, pour Tihoti, le tapa, pour Pauline.

à découvrir sur le Net, et à la mairie d'Arue, du 25 au 30 octobre 2008.
Par Ariirau - Publié dans : culture 2008
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Mercredi 22 octobre 2008 3 22 /10 /Oct /2008 00:19

Il y a 15 000 ans, nous étions 10 millions sur la planète. Aujourd'hui, nous sommes 7 milliards.  La mobilité caractérisait nos ancêtres: c'est la mobilité qui a permis à l'espèce humaine de devenir la seule espèce planétaire, "tout en conservant son unité biologique". Tout comme la culture en mouvement est une espèce sans danger d'extinction.

La coca-colonisation ne menace pas notre culture, la mondialisation de "la" culture serait un mythe,

ce qui menace l'Humanité,c'est l'émiettement culturel, c'est le désastre environnemental, c'est un déficit de moyen au service de la création.
( Jean-Pierre Warnier, "La mondialisation de la Culture").

nous situons-nous, aujourd'hui, dans l'hyperproductivité culturelle mondiale ?

L'humanité tout entière, octopus hyperactif, pose sur un plateau toute sa marchandise culturelle, à l'autel de la "culture monde".
Ci dessus: "inachetable", le patrimoine matériel-
immatériel du tatau.

Pourtant, ce que nous ne pourrons jamais commercialiser, fera notre culture.

La mondialisation de la culture n'est qu'une utopie, car la culture, comme notre sang, ne sera jamais à vendre. 

Sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco, les lagons de la Nouvelle Calédonie, situés en France et non pas dans le Pacifique. Sur la liste du patrimoine culturel mondial de l'UNESCO j'observe, dubitative, notre absence, l'absence des îles Marquises, l'absence de nos atolls, de nos lagons, de nos marae. Liste du patrimoine culturel mondial

Sommes-nous donc l'utopie ? Dans le sens propre du terme qui signifie "nulle part". N'est-ce pas plutôt la Culture-monde, ou "mondialisation de la culture", qui est une utopie, un "nulle part". Il est impossible, il est utopique de penser uniformiser la culture à l'humanité, puisque la culture naît de la diversité et que l'humanité est "une machine à produire de la différence"- fil de pensée de JP Warnier.

Quels sont les critères d'inscription au patrimoine culturel mondial de l'UNESCO? Peut-on y mettre les cerisiers en fleurs du Japon, peut-on y mettre le parfum de la fleur de Tiare, peut-on y mettre nos mères aux chapeaux blancs chantant dans la fraîcheur de nos églises? L'UNESCO peut-elle contenir sur une liste l'attache affective que chacun de nous porte à son pays, en ce qu'il est unique, beau, ancien et irremplaçable?

Doit-on forcément être reconnus des grandes instances de l'Humanité pour exister? Non. Que les îles Marquises ou que nos marae ne soient pas inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco, ne change rien à leur existence, à leur histoire, à l'attachement que nous leur portons.


Que faut-il pour faire un pays? Une équipe de football, un drapeau, un hymne, une rue à l'effigie d'une figure de résistance? Est-ce que cela suffira pour que les autres communautés humaines nous reconnaissent? Non, ça ne suffira pas.

Pour faire un pays, il faut des enfants, mais pas n'importe lesquels: des enfants qui aiment et se reconnaissent dans leur culture.
Whale Rider, l'enfant ne peut pas résister à l'appel de son destin. Elle défie, par instinct et conviction, l'apriori de son grand père, qui transmet la culture aux futurs hommes.

Ils se retrouvent tous deux dans un récit commun: la destinée de whale rider.

La transmission de la culture doit se faire sans apriori, sans préjugés (préjugés de peau, de sexe, de langue)





La culture est un mot utilisé à outrance dans le langage et le thème politiques (la "culture du résultat", la culture-identité pour les nationalismes...), mais c'est surtout le concept d'un mouvement perpétuel. La culture n'est pas faite pour être statique, elle n'est pas faite pour être jugée, la culture est faite pour être retransmise, partagée, interprétée, mutée. Voyons la culture comme quelque chose d'organique qui peut se dédoubler, se reproduire. C'est le produit d'une tradition, une tradition remaniée par les générations. La Culture est à la fois passée et présente, elle est à l'image de l'homme qui la pense.

La mondialisation de la culture désigne la "circulation de produits à l'échelle du globe" (déf. JP Warnier); cette mondialisation n'est réelle que par les actions d'achats-ventes des grandes sociétés industrielles qui ont donc industrialisé l'art (cinéma, musique) pour le commercialiser.

La mondialisation de la culture est la conséquence de l'industrialisation, qui dans un monde capitaliste, est sans cesse à la recherche du profit. Alors aujourd'hui, on fait du profit sur des grilles pains, de la même façon qu'on en fait sur certains livres. Et sans cesse, la culture industrielle appelle l'innovation. Rapidement, tout lasse, si rien n'est innové.


Notre communauté linguistique est identité: Sur environs 250 communautés ethniques, on identifie environs 6000 langues. La planète continue de tourner au même rythme, mais les langues disparaissent à la vitesse de la lumière.  Ma langue de pensée et d'écriture est le Français. Je suis le fruit parfait de la francisation linguistique et génétique imposée à mes ancêtres ma'ohi entre 1840 et 1984. Cette francisation linguistique a également touché mes ancêtres bretons, qui ont mis en place, depuis les années 80 des écoles maternelles d'immersion linguistique bretonne, & qui ont donné d'excellents résultats au point qu'il existe aujourd'hui des lycées de langue bretonne.

Le pire des maux qu'aura fait la colonisation du 19ème siècle, fut de faire croire aux nations vaincues, qu'elles n'étaient que des régions pratiquant des patois: la dévalorisation linguistique vise la transmission culturelle. Pour vaincre cette amputation linguistique, il nous faudra attendre trois ou quatre générations (le temps qu'il aura fallu pour la détruire); l'identification linguistique appropriée étant la maîtrise des deux langues latine et insulaire.

Notre culture ne se réduit pas à une langue, ni à un tatouage (aujourd'hui vulgarisé), mais aussi à nos habitudes alimentaires, à nos atavismes, à nos orientations ludiques, à nos mouvements, aussi, à nos regards, car nous parlons aussi avec les yeux.


Dans The Piano, Harvey Keitel joue le rôle de Baines, un Blanc métissé Maori. Le personnage se distingue dans ses relations aux Blancs qui sont purement commerciales, des relations d'intérêts; son jeu de séduction auprès d'Holly Hunter, est celui du regard. La jeune femme est muette: le dialogue ne peut se faire que par le piano. Ce film est émouvant: l'amour se véhicule par les regards, mais aussi par la gestuelle, dans, par exemple, le jeu des enfants (qui font l'amour aux arbres) jeu réprimandé pour son obscenité.

J'interprète le regard comme une parole, dans notre culture.







Je cite, j'approuve et j'aime l'écriture de Le Clézio: "Je n'ai pas de racines, j'ai des origines". Le sang des ancêtres peut être considéré comme un patrimoine intouchable, comme la racine génétique qui attache les âmes à une nation; cependant, dans certains pays, le sang est une marchandise, vendu à X dollars le millilitre, de la même façon qu'à New York, les étudiantes peuvent vendre leur ovule, dont le prix varie selon l'âge et l'intellect, selon le bagage génétique.

Croire que la modernisation et que la mondialisation ont leur source en Occident, c'est se méprendre. Les "sphères d'interaction" (terme employé par JP Warnier) se sont formées il y a 5500 ans au Proche Orient; les communautés humaines d'alors était clairsemées, elles bougeaient : ce n'est qu'à l'apparition de l'agriculture qu'elles se sont sédentarisées. Et bien avant l'industrialisation, la "culture monde" existait déjà.




Ci à gauche, le film Rapa Nui: la culture vouée à l'implosion, la culture du manque et du rêve, dans l'attente du grand nuage blanc.


















C'est l'industrialisation des sociétés, apparue au 19ème siècle, en occident, qui a abouti à une commercialisation à grande échelle de l'art. En ce qui concerne notre siècle, l'art spécifiquement musical ou cinématographique.













Once Were Warriors
est un film culte de la culture moderne Maori. Mais face à l'impact d'une violence, jusque là tue, la cinématographie maori s'est ravisée dans une douceur tout autant expressive d'émotions et tout aussi poignante. Avec Whale Rider et plus avant, The Piano, l'industrialisation du cinéma polynésien à échelle mondiale, a contribué d'une certaine façon à exposer une portion de la culture polynésienne. Mais la culture, dans son ensemble, ne peut être commercialisée.











Penser que notre culture est menacée par la mondialisation, c'est craindre l'inutile. Le monde est menacé par la fragmentation culturelle, puisqu'il existe sur terre des milliers de communautés linguistiques et ethniques qui se battent pour sauvegarder leur tradition tout en allant acheter leur coca-cola au supermarché du coin. De plus, l'hégémonie américaine est sur sa fin, et le centre de toutes les attentions se dirige vers l'Asie.
























Ci-dessus, une toile de Heather Davis, qui s'intitule Once were warriors. Ce film a marqué toute une génération et le thème du guerrier ressurgit dans notre littérature et dans la peinture.

Ce qui fait connaître notre culture, c'est peut-être l'industrie cinématographique.
Mais ce qui fait vivre notre culture, n'est pas, et ne sera jamais commercialisable.




Par Ariirau - Publié dans : culture 2008
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Lundi 20 octobre 2008 1 20 /10 /Oct /2008 03:10

Chaque fois que je vais dans le fare de Taurere, je crains pour mes savates.


Les savates supportent les hommes, les femmes et les enfants.

Made in China, elles valent ce qu'elles valent, et quand il en manque une, c'est toujours embêtant. 


Mais quand on entre dans le foyer, il faut les retirer.


Taurere a construit sa maison de ses propres mains au fil des années, en dépit de la pluie, en dépit de ces moments de la vie qui font trop souvent ombrage aux senteurs du bonheur. Au tout début, ils vivaient à neuf, dans une maison faite en pinex, au fond de la vallée, sur un pan de montagne, outrageusement verte, rocheuse et humide. Les enfants grimpaient agilement dans l'avocatier.

Puis un jour, Taurere, qui construisait les fare des autres, décida de construire pour les siens, une plus grande demeure.

Et il bâtit. De jour en jour, les mains dans le sable et le ciment, les fils à ses côtés.

Et il bâtit des murs et à l'intérieur de ces murs, une chapelle aux parois de roche et dans laquelle, il se réfugie quotidiennement pour prier dans la fraîcheur. Parce qu'il croit en Dieu, malgré cette rupture d'anevrysme qui lui paralysera tout le côté droit du corps et qui écourtera sa carrière d'entrepreneur.

Et parfois même, ne pouvant pas creuser la roche, il a laissé la montagne entrer dans la demeure familiale. C'est ainsi, qu'à côté de son lit, qu'il a lui même confectionné, un gros rocher repeint en blanc, est là, pour lui rappeler qu'il n'est qu'un homme et que c'est la montagne qui fait sa couche.

Derrière la maison du patriarche,
la rivière parle en sons humides, elle glousse parfois, elle nous berce sans menacer. Elle me rassure, moi qui crains le feu et la brûlure. Taurere, lui ne craint pas la brûlure. 

Il est passé par Moruroa et il est revenu, sans sourcils. Quand il en parle, il rit de la bêtise des hommes. Et lorsqu'un reportage sur l'atoll des secrets mal gardés passe à la télé, il me parle en tahitien et moi je ne comprends que ha'a'avare, parce que Taurere ne me parle qu'en tahitien, en espérant que je me réapproprie ce que je n'ai jamais eu.

Mais l'incandescence est là, dans la maison de Taurere, parfois, le dimanche, lorsque nous nous retrouvons tous ensemble. Les enfants courent, leurs cris assourdissant claquent sur les images d'une télévision allumée pour rien.

Et chaque fois que je viens dans le fare de Taurere, je crains pour mes savates, que Bull et Cookie emportent, ou que les enfants piétinent dans leurs fureurs inépuisables.

On en retrouve une parfois près du portail, ou à côté du tas de sable. Les savates ne valent que ce qu'elles valent et bien vaillant celui qui se ramène avec des Crocs à 4000 balles, au fare de Taurere.

Tous les samedis, ou presque tous, nous les passons à Mahina. Et je me souviens, lorsque j'y avais encore une chambre pour dormir, je me souviens du doux bruit de la rivière, si bon à mon repos.

Nous laissons les savates à l'entrée, pour ne pas salir l'intérieur, mais c'est peine perdue. Sur le carrelage l'incandescence se ravise. Les petits pieds brûlants qui courent se rafraîchissent à peine.

La savate bleue a perdue sa moitié, et avant de partir, il nous faudra la retrouver.

Par Ariirau - Publié dans : le goût du jour
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