Ma petite nouvelle à Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun :
la petite sœur du Sale Petit Prince
-août 2004-
L'Atoll de la Truie
Essai d’une identité.
Je. Sujet.
Je suis.
Je me suis réveillée ce matin, amnésique, ne sachant pas qui je suis.
Je me suis retrouvée, seule, sur un atoll,
dans un petit cabanon, assise à une table de bois, des vivres et de l’eau sur des étagères. Des boîtes de pâté Hénaf, du ‘corned beef’ de
Nouvelle-Zélande, cinq gros sacs de riz et sur la table de fortune, centrée au milieu de la pièce unique, un paquet de feuilles blanches, des stylos bic, une plume et cinq gros flacons d’encre. Au mur, il y a un miroir. Je passe à côté sans m’y regarder.
Mon. Possession.
Mon premier réflexe est de Sortir. Je suis debout sur le porche du cabanon. Un mur en
face. Un mur d’océan. Une barrière infranchissable. Je tourne à trois cent soixante degrés. Du sable, des cocotiers, un arbre à pain, un papayer.
Végétation passive.
Un mouvement. Une forme noire, longue, épaisse.
C’est un gros cochon, une truie.
L’atoll est petit.
Me voilà, seule, avec une truie, sur un atoll, au milieu de nulle part,
avec pour seule habitation, un petit cabanon.
Tabula rasa.
Je ne sais pas qui je suis, d’où je viens,
où j’étais hier, ce que je serai demain. Pas de mémoire ancestrale, de passé,
d’histoire, de culture, d’identité. Dans ma valise, bien rangées, bien pliées, il y a la mémoire sensorielle, confiante_ je dirais, presque
ARROGANTE_, accompagnée de la très furtive mémoire traumatique.
Je soupire: Voici donc un aspect de ma personnalité : Je suis fataliste. Je suis fiu de nature.
Fiu ?
D’où sort ce mot ?
Je rentre dans ce cabanon, je m’asseye à la table. Feuille blanche et bic noir. J’écris : FIU.
Le langage, la langue.
Au moment même où j’écris le mot, un des tiroirs de ma table s’ouvre.
D’autres mots, de couleur noire, bleue, rouge, verte, marron, rose, suivis de points d’interrogations en sortent, et flottent autour
de moi. Ils atterrissent sur ma page, ils s’imposent sur le territoire de ma page, ils colonisent ma
page, mon fiu, mais de façon si silencieuse et délicate, que je ne m’en offusque pas. Bien au contraire. Je les lis :
Nangadef ? Maïtaï ? On couche ensemble ? What’s up? Wie gehts? Come va?
Serais-je polyglotte?
‘Maïtaï ? On couche ensemble ? What’s up?’ sont pourtant familiers.
‘Fiu’ est définitivement familier. C’est un mot auquel j’appartiens.
J’écris.
Donc, je me définis premièrement par les mots.
Mots écrits, bien entendu, puisque je ne peux parler à personne, mis à part la truie.
Je sors du cabanon, et je cris :
_ Et toi là bas ! La truie !
Je me surprends à aimer le son de ma voix. La truie, elle, grogne dans son coin. Elle me regarde, elle est fiu. La truie, c'est l'autre. Et l'autre, c'est un peu moi. Je ris.
J’appartiens, pour l’instant, à ma langue d’écriture : nous allons la nommer la langue F.
‘F’ comme fiu. Puisque c’est
le premier mot qui m’est venu à l’esprit.
Quand j’aurai retrouvé mon identité, je nommerai ma langue à mon nom, à mon moi. Mon nom, c’est… ? Trouvons des synonymes de fiu.
Blasé. Usé par la vie. Paresse. Fatigue. Spleen…spleen ? Tiens, et pourquoi pas splin ?
Pour retrouver mon identité, il faut que je m’organise, ou je risque de me perdre.
Donc.
Je suis consciente, maintenant, que l’orthographe est arbitraire. Donc culturel… les mots sortent de la bouche du tiroir, ma foi, très bavard avec plein de buvards, pour une pièce de bois.
Article J-P Brica : Le nouveau-né plus considéré une vide !
De
n’est comme enveloppe
_ Je te demande plus d’explications ! Et puis cesse de zigzaguer comme un serpent. Aligne donc tes phrases, tiroir aux
mots !
La science cognitive : Le nouveau-né a déjà des
capacités linguistiques. Il peut reconnaître certains sons, comme les phonèmes. IL PEUT RECONNAÎTRE LES PHONÈMES DE TOUTES LES LANGUES HUMAINES.
Bon.
Je suis consciente, que mes phrases écrites s’orchestrent machinalement sur un ordre grammatical. Arbitraire ? J’attends une
réponse de mon tiroir aux mots.
Et
théorie de ?
La innéiste Chomsky
…
La complexité grammaticale est spontanée chez l’être humain. Nous sommes donc programmés,
dès la naissance, à structurer nos phrases. La grammaire n’est pas une invention arbitraire de l’homme, elle répond à une pré-programmation universelle et post-natale.
Mais, tiroir, tu divagues ! La langue Fiu est foncièrement différente de la langue Française, celle que tu utilises.
Voici donc l’amalgame entre langage et langue ! Qui sont
cousin-cousine.
Langage = universalité. Langue = spécificité.
La grammaire : Une différence superficielle dans
l’orchestration des mots. Toutes les langues humaines sont régies sur un même système de pensée, le langage.
Tiroir aux mots, tu me fatigues.
Je suis consciente que fiu duquel j’ai nommé ma langue, n’est pas comme les autres mots
que j’écris. De même que ‘spleen’.
Je suis donc seule, sur un atoll, avec une truie. Je parle la langue Fiu, dont les mots et les sons ne se correspondent pas tout à
fait, du moins diffèrent parfois. Il doit y avoir, sur d’autres atolls, d’autres individus qui parlent la langue Fiu, comme moi. Des individus, et non pas des truies. Bon. C’est un premier
pas.
D’où sortent ces mots ? Et la grammaire, mais pour elle prend se t- elle? Vouloir à loi la
aux mots faire ? Je veux dire ‘à vouloir faire la loi aux mots’.
Tiens : un autre aspect de ma personnalité. J’aime me rebiffer contre l’ordre. grammaire Juste taquiner la. Rebiffer, un peu. Je
suis donc un être fiu, qui aime un peu se rebiffer contre l’ordre. Sur un atoll, avec une truie.
Je regarde le tiroir ouvert. J’attends que quelque chose en sorte... Un serpent de mots. Une phrase qui zigzague, comme ça, autour de
ma tête. Elle me dit :
‘Je un et . Je dans
article J-P
Icikovics !’
Suis éthologue psychiatre parle un de
Je dis à voix haute :
_ Vas-y je t’écoute…je veux dire, je te lis !
Cette fois une rivière de mots surgit du tiroir. D’où sortent-ils donc ? C’est l’anarchie, certains s’envolent à l’extérieur pour
aller se déposer sur le sable et prendre le soleil, d’autres vont vers la truie, qui grogne. Elle est définitivement fiu. Les mots les plus rebelles
sont les onomatopées qui décident de se percher sur le papayer. Les virgules, points virgules, points de suspension…pris de ?, ! » panique, vont se planquer sous le sable et sous
le cabanon.
Alors, j’en attrape certains, je les plaque contre la page. Je lis :
Le langage, c’est la possibilité de se représenter une image lointaine. Les guillemets se ramènent.
‘L’identité peut très bien être préverbale’ Point Boris Cyrulnik Point
Je ferme les yeux. J’essai de me souvenir. Comment ai-je pu atterrir ici ? J’aurai donc une identité bien avant le mot. Oui. Je décide d’aller m’allonger sur un hamac, qui, j’avais oublié de
vous le préciser plus haut, un hamac qui était installé sur le porche.
Je m’endors. Je rêve. Je désire. ... Il me dit : Nangadef ? Il m’embrasse encore une fois. Il me dit : Damalanob. Joli mot!
Je me réveille en sursaut. Oui, j’étais l’amante d’un Sénégalais qui m’a dit ‘je t’aime’ Je m’en souviens très bien. Voilà d’où sort ‘Nangadef’, ‘ça
va ?’ C’était son mot à lui. Je m’en souviens très bien, puisque ses mots m’avaient profondément touchée. Mémoire émotionnelle.
Très bien. Je suis consciente, je me rappelle très bien maintenant : Il existe d’autres communautés humaines, avec
d’autres langues que la mienne. Ma mémoire émotionnelle fonctionne très bien. Bon. J’existe dans ma différence à l’autre,
notamment à la grosse et très jolie truie noire. Mais cela ne me dit toujours pas qui je suis et d’où je
viens.
Récapitulons. Je parle et j’écris la langue F, mais je connais d’autres mots qui appartiennent à d’autres langues, bien que je ne sois
pas capable de parler ces langues. J’aime les hommes- je passerai outre la description de la scène érotique du rêve- et surtout, je suis très différente des hommes. Mon identité se construit dans ma différence et dans mon désir de l’autre. J’aime me rebiffer. Je suis fiu de nature. Mon identité est préverbale (rappel hypnagogique). Donc, j’ai mal commencé ma recherche identitaire, puisque j’ai commencé par les mots.
J’aurais dû commencer par la sexualité ou le rêve. Je soupire.
D’autres mots sortent du tiroir :
Les mots, comme les hommes, ont besoin de temps
pour devenir adulte. Ainsi guillemets ‘Le mot ‘mort’ met donc sept à dix ans pour devenir adulte’ guillemets Boris Cyrulnik.
Il veut dire, le concept, bien sûr. L’orthographe, c’est autre chose. ‘Mort’ commence avec ‘BOUM’, quand le bébé casse un vase et qu’il fait ‘BOUM’.
‘BOUM’ comme l’essai nucléaire sous marin qui anéantit nos coraux et nos hommes =
‘mort’, c’est l’orthographe de maturité. On est d’accord.
À quel moment de ma vie le désir ou le dégoût de la mort a-t-il
atteint sa pleine maturité ? Car je me souviens très bien avoir désiré mourir, ou avoir aspiré à la vie éternelle à un moment de ma vie.
J’écris.
Combien de temps le mot ‘Indépendance’ met-il pour devenir adulte ? Je veux dire, le concept d’indépendance. À partir de quel
moment dans notre vie, le désir d’indépendance atteint sa pleine maturité ?
J’attends en fixant du coin de l’oeil le tiroir ouvert. Pas de réponse.
_ Et merde !
Je referme le tiroir bruyamment. bang!
Voilà pour aujourd’hui. Mon identité se définit :
1- Par le sexe, et la sexualité :
Je suis une femme et j’ai eu un ami sénégalais, Nangadef ?, un ami américain, What’s up?, un ami italien, Come va?un
ami tahitien, Maïtaï ?, un ami allemand, Wie gehts? et probablement aussi, à un moment de ma vie, un ami français,
On couche ensemble ?. Souvenirs de ma sexualité : intègres. Je n’ai pas le souvenir d’avoir couché avec d’autres femmes. Je suis probablement
hétérosexuelle, mais je n’en suis pas sûre. Faudrait voir.
2- Par le tempérament : Je suis
fiu de nature, comme la truie qui partage l’atoll avec moi. J’aime un peu me rebiffer contre l’ordre,
mais je suis très ordonnée chez moi : Rien ne traîne à terre, les boîtes de conserves sont rangées de la plus petite à la plus grande, les étiquettes bien en évidence. J’ai donc un léger
sens de l’esthétique. Je ne suis pas très patiente, puisque j’ai claqué le tiroir aux mots.
3- Par la langue F., comme Fiu: Je
suis consciente que mon identité est préverbale (le rêve érotique : J’étais une amante). Pour l’instant, je parle et j’appartiens à la langue F., en
opposition aux autres communautés humaines citées dans 1. Je suis consciente qu’il existe d’autres communautés. Je suis consciente que mes amants ou amis savent d’où ils viennent, leurs
langues, leurs identités. Mais cela ne me dit pas grand-chose sur moi. Je sais que je ne suis pas entièrement Française, à cause du mot FIU.
4- Par l’endroit où je vis : Chez
moi, dans mon cabanon, c’est plutôt propre. La plage n’est pas polluée, l’eau est claire, la truie a son espace personnel. L’atoll est plat, la barrière océanique, plutôt décourageante. Donc
étant donné que je m’identifie à l’endroit où je vis, je suis sans doute un être solitaire, transparent, découragé…et plat ? Faudrait
voir.
Le physique
Décidément, je n’arrive pas à comprendre, pourquoi c’est si important, pour moi, de savoir qui je suis. Enfin, pourquoi vouloir établir une identité quelconque, quand je pourrais me satisfaire de mon habitat et de mon atoll. Après tout, je n’ai pas de
manques substantiels.
Je ne sais pas qui je suis, mais en ce moment, je sais que je ne voudrais pas être moi, puisque je ne ressemble à personne, et que
je ne me retrouve en personne. Ça ne m’arrange pas. Ma mémoire refuse de me donner plus d’images que celle que je perçois dans le miroir.
Une truie noire et une rousse blanche, sur un atoll.
Peut-être que mon corps me donnera plus de détails :
Oui, j’ai la plante des pieds assez dure, donc, je dois souvent marcher pieds nus. …hum…tiens, j’ai de grands lobes. Tiens, une
cicatrice sur... Oui, je me souviens bien, c’est une brûlure de soleil. Je le sais. C’est comme ça. Je sais des choses que je n’explique pas. Mais je ne sais pas qui je suis, c’est tout.
Donc.
...
Le physique n’apporte rien à ma quête identitaire. Je décide d’aller tenir compagnie à la truie.
Alors que j’atteins le seuil de mon cabanon, j’entends un tiroir s’ouvrir, quelque chose a été propulsé dans mon dos.
Je me retourne d’un coup sec. Prête à affronter. Peut-être de nouveaux mots.
Mais non.
Je vois, par terre, un petit calepin couleur bordeaux. Je le ramasse. C’est écrit
‘ Union européenne
République française
Passeport’
Que veut dire ‘987’ ?
Mon identité prend forme :
-
la préférence sexuelle : hétéro, qui n’a pas, dans ses souvenirs, été confrontée à l’homosexualité.
-
le tempérament : impatiente et fiu.
-
la langue : le Français de Tahiti, en Europe.
-
l’endroit où je vis : l’atoll de la truie.
-
le physique : blanche et rousse.
-
le pays où je suis née : Pirae, Tahiti, Mayenne, France, République française, Europe, Union européenne.
-
mon prénom et mon nom : Teioa..., prénom/ Dupont, nom.
Tout est clair. À partir d’aujourd’hui, je sais qui je suis. Grâce au calepin couleur bordeaux.
Je peux donc commencer à vivre.
L’arbre à pain
Ce soir-là, j’ai pensé que, peut-être, il fallait ‘baptiser’ (je ne sais pas d’où sort ce mot) la truie, car après tout, j’avais
conscience que malgré nos différences physiques, physiologiques, linguistiques etc. la truie était l’organisme génétiquement le plus proche du mien sur cet atoll. C’était donc lui faire honneur
que de lui donner un nom. Son humeur changeante, surtout, la rendait très attachante. Je lui parlais, elle me répondait en grognant, sa truffe VOLUMINEUSE et suintante bougeait coquettement. En
attendant de lui trouver un prénom, je préférais nouer des liens avec elle : Si possible, l’identité nominale doit correspondre au caractère de l’objet identifié.
Ainsi mon prénom : T..., était, je pense, inadapté. Il signifie en Tahitien, patois français européen, il signifie... peu
importe, il ne reflète pas ce que j'ai vu en me miroitant l’autre jour. ‘Dupont’, sans doute mes aïeux habitaient sur un pont.
La truie m’agace parfois. Elle me vole mes noix de cocos et grignote impunément le tronc du papayer. À plusieurs reprises, j’ai voulu
l’égorger. Le pâté hénaf commence sérieusement à m’écoeurer. Ce matin, j’ai pris le plus gros couteau de cuisine, et je suis sortie. La truie se dorait au soleil, elle et tous ses tétons. Je me
suis approchée d’elle tout doucement, elle a levé la gueule, et ses deux prunelles noires rapprochées, deux billes scintillantes, m’ont fixé pendant quelques secondes.
Je suis donc retournée dans mon cabanon.
J’ai réessayé les jours suivant, sans succès. Maintenant, elle prend ses aises, et parfois entre dans mon cabanon, ou s’assoit à l’entrée. Elle doit se demander ce qu’elle fait sur cet atoll,
elle aussi.
J’ai décidé de l’appeler ‘Madame Marianne’. Pourquoi ? Et bien, c’est tout simple : avec le ‘Madame’ je me sentirai moins
seule.
_ Madame, non mais, Madame, ne mangez pas toutes les pulpes de mes cocos !
_ Comment allez-vous Madame Marianne, aujourd’hui ?
_ Hein ? Bon, euh, oui, je veux dire…tiens, ce matin, je vais passer voir Madame.
Et ‘Marianne’ à cause du ‘M’, sa sonorité. Et sa forme écrite : un V, comme Vénus, être féminin, dans ce cas aux six tétons et à
l’humeur changeante, et deux I I qui l’entourent. MM : femelle sur quatre pattes. Madame Marianne.
Il y a sur cet atoll un arbre à pain. Je ne sais pas pourquoi j’y suis profondément
attachée. Je le défends, revêche, contre toute attaque de Madame Marianne. Il m’arrive parfois d’étreindre ce tronc, et de regarder d’en bas, ses fruits, les fruits de l’arbre à pain, qui sont
délicieux. ... Et puis, j’aime m’adosser à son tronc et observer l’océan. J’aime cet arbre, je crois, bien plus que je n’aime Madame Marianne.
MM, observatrice de mes étreintes avec l’arbre, jusque là passive, a pris son élan, et à la manière des taureaux coléreux, a foncé
tête baissée contre le tronc. J’ai évité la percussion de justesse en me lançant sur le côté, atterrissant dans un nuage de sable blanc. Madame la truie doit peser au moins deux cents kilos, si
ce n’est plus. MM a reculé et elle a pris son élan tête baissée, contre le tronc, la cochonne. Les quelques fruits sont tombés du ciel. Le tronc,
impassible, impuissant mais digne, se penchait de plus en plus, diagonal. MM est une énorme truie. Très puissante. J’aurais dû l’égorger pendant son sommeil.
Je suis allée aussitôt ramasser les noix de cocos, et je l’ai visée à plusieurs reprises. Comme je ne suis pas très douée, les noix
atteignaient rarement la grosse truie. Je ne me décourageais pas pour autant.
Madame Marianne en est venue à bout, de mon arbre à pain, et l’a déraciné.
Et j’ai pleuré, j’ai pleuré à chaudes larmes, comme si on m’avait amputé un membre. Mon arbre était déraciné.
Madame Marianne, elle, s’était calmée et était allée se coucher près du cabanon. Elle me regardait. J’aurais dû la rôtir. L’arbre allongé, les racines en l’air, était là, impassible mais digne.
Mon seul arbre. Depuis mon séjour incompréhensible sur cet îlot de nulle part, c’était la première fois que je souffrais autant.
Je me suis approchée du trou d’où sortaient les volumineuses racines de mon arbre. Les yeux rougis. J’ai regardé et j’ai vu…comme un
paquet, quelque chose emmailloté dans un tissu à fleurs rouge et blanc. J’ai creusé un peu plus pour le toucher. Madame Marianne, intriguée, a relevé la truffe, s’est assise sur son
arrière-train. J’ai sorti le paquet. Dessus une enveloppe. J’ouvre.
Un Mot : ‘Toi qui ne sais pas qui tu es, saches que tu appartiens à cet atoll, cet arbre est ta vie.’
Je suis tombée des nues...
Je me retourne vers
l’océan, peut-être qu’il me répondra.
Au loin, je vois une forme longue et sombre, qui se dirige vers mon atoll.