"Touche pas au grillon! le grillon c'est l'arrière grand-père qui rend visite!" Dorita.
(cliquez)
toile de Gisèle Ledoux, disponible sur http://www.borabora-art.com/
Ariirau...
"Touche pas au grillon! le grillon c'est l'arrière grand-père qui rend visite!" Dorita.
(cliquez)
toile de Gisèle Ledoux, disponible sur http://www.borabora-art.com/
Une route goudronnée creuse son sillon, dans la vallée de AHONU.
Et tout du long, le transport est lent, mouvementé par des dos d’âne qui se fondent dans le ciment et que seuls les riverains connaissent à l’usure.
Et pendant que je t’accompagne dans ce chemin, la vallée de AHONU offre à mon regard aimant les enfants de tous âges, groupés ou solitaires, pieds nus ou en savate, les petits en culotte, rouge ou bleue, et les plus grands, en shorts et tee shirts. Ils jouent au bord de la route, insouciants des véhicules. Et notre passage interrompt leurs paroles, ils nous observent et tournent la tête.
Dans la vallée de AHONU, résident tous ces habitants, qui ont construit, pour certains, leurs maisons de leur propre main. Ils côtoient la rivière, et tout le long du chemin est serti de vert, les chiens parfois s’endorment sur la route, parfois copulent bêtement ou meurent la faim, des plaies ouvertes à leurs destins.
Le transport est lent, et j’aperçois à ma gauche, une maison sans prétention. Il la construit petit à petit, elle se forme et s’agrandit. A droite, on a creusé et nivelé sans goût le terrain, pour construire des logements sociaux. C’est une laideur à la racine et rien ne présage que ce sera beau. Des gens qui décident pour les autres, n’ont toujours pas compris que la dignité d’un homme se construit dans l’épreuve, et qu’il en est ainsi de sa demeure. Car un homme qui n’a rien mais qui a la terre, peut construire sa maison de ses mains et en être fier. Construis ta maison sur du roc et non sur du sable, ne confonds pas la matière et la manière.
Les gens de mon pays ne sont pas faits pour vivre dans des cages à poules, et parfois le contreplaquer cache l’échec
mais semble plus digne que ces logements ternes où des enfants s’ennuient sur les marches de leur immeuble, et n’ont rien d’autre à penser qu’à l’envie de casser tous ces meubles. Ce qu’on te
donne aujourd’hui, on te réclamera demain.
J’aime la vallée de AHONU, voir que les hommes, les femmes et les enfants y vivent, au centre du vert, face à la mer, à
côté d’une rivière.
Et à chaque fois que tu m’emmènes dans ce chemin, je découvre encore plus, encore tant. Tant de fleurs, de fougères, de plantes sans venins, et les
âmes traversent, se crient dessus ou s’effleurent. On y respire le parfum de Dieu et pourtant quoi de plus banal en ce lieu ? Parfois des orchestres, des gens buvant de la bière, on joue à
la pétanque, on écoute de la musique.
Le transport est lent, le long du chemin, tu m’emmènes jusqu’au loin dans la vallée de AHONU ; jusqu’à ce lieu creusé par le lit d’une rivière. C’est ici que se retrouvaient les enfants. Tu sautais, alors, dans une rivière glacée, vive et puissante, et les rires de l’insouciance frémissaient dans les feuillages. Ainsi est-elle si belle la vallée de AHONU, qu’elle conserve en elle tant de souvenirs et qu’elle t’a vu grandir.
Et pourtant.
Encore ces gens qui décident pour les autres, ont-ils décidé de lui nuire.
En projetant d’y mettre un barrage, d’y faire des travaux qui feront ombrages.
Ombrage par leurs bruits, leurs pollutions, leurs passages, ombrages aux enfants qui jouent le long du chemin, ombrages aux silences qui muraient leurs jardins.
Et tu me
montres du doigt ces abeilles, qui s’affairent à leurs desseins. Seront-elles encore présentes quand ton fils naîtra en ce lieu demi-saint ?
Est-il possible de ravir à la vallée de AHONU, sa flore, sa faune, tout ce qui nourrit notre mémoire, nos existences?
Dis-moi mon ami, qu’adviendra-t-il de la vallée de AHONU lorsqu’ils l’auront malmenée et qu’ils s’en iront ?
Penses- tu, un jour, traverser les deux mondes, être emprisonnée au milieu d'eux. Entre le mouvement et l'immobilité,
penses-tu trouver un jour, la liberté?
Observe bien ton pays, écoute le quand il te parle. Ton pays n'est pas une carte postale, il n'est pas une couleur de peau, ni une simple langue qui se mâche sous un drapeau.
Ton pays, c'est plus que ça. Deux mondes se touchent et deux temps s'y pressent.
Dans les silences, quand tout s'efface et que tu es seule au centre de lui, observe bien ton pays, écoute le quand il te parle, et tu sentiras les parfums de leurs vies.
Tout est si clos, les murs de vert pourraient même te faire croire qu'ici, il n'y a jamais rien à faire. Pourtant deux mondes se touchent et deux temps se
pressent.
Et le peu'e prend forme entre tes mains,
pour accueillir
ton avenir, celui de tes enfants, celui de leur terre.
Entre les deux mondes, il y a ces zones d'obscurité, que nous devons traverser pendant les grandes détresses. Mais il suffit parfois tout simplement de croire en ces vies qui nous quittent, afin
d'éprouver leur plus belle tendresse.
Le vert de notre pays se décline en colères, en amitiés et en amours éphémères, emprisonnées entre les deux mondes.
Observe ton île, écoute-la lorsqu'elle te parle. Et ses voix, qui s'accrochent à la pointe de ton coeur, te guideront au centre des deux mondes.
As a child, I once swallowed the soft colours of my
island.
My grand mother was seated on the sofa, and sewing pieces of cloths altogether.
The Polynesian patchwork was telling me the story of a Legend, there was a shark, a coconut tree, a dancing woman and the shadow of my island.
As a child, I once swallowed the soft colours of my Fenua. Fenua is such a magnet-land that attracts all the Natives who go away. You can NEVER leave you native land, once you swallowed its soft colours. They dissolve slowly into your blood, they flow along your heart, they touch you until you can smell the perfume of gardenia flowers.
Blessed are all the people of my island, who once swallowed its soft colours. Colours so soft that they caress your eyes and let you hope. The rain is a shower curtain blurring a little those soft colours, but not for too long though. My grand mother was seated there, and she was sewing pieces of cloths altogether, letting me know that I was one colour matching others. Polynesian artworks mixes different colours, absorbs what makes our life joyful: breadfruit tree, pineapple, plants and leaves drawing all over, sewed in soft colours.
As an adult, if you are bound to leave my native land, those soft colours come back to you, when you close your eyes. If you remember the perfume of the gardenia flower, you can remember also your grandmother, and survive all way through, walking on the path of the unknown.
Blessed are all the people of my island, who once swallowed its soft colours.