le goût du jour

Lundi 20 octobre 2008 1 20 /10 /Oct /2008 03:10

Chaque fois que je vais dans le fare de Taurere, je crains pour mes savates.


Les savates supportent les hommes, les femmes et les enfants.

Made in China, elles valent ce qu'elles valent, et quand il en manque une, c'est toujours embêtant. 


Mais quand on entre dans le foyer, il faut les retirer.


Taurere a construit sa maison de ses propres mains au fil des années, en dépit de la pluie, en dépit de ces moments de la vie qui font trop souvent ombrage aux senteurs du bonheur. Au tout début, ils vivaient à neuf, dans une maison faite en pinex, au fond de la vallée, sur un pan de montagne, outrageusement verte, rocheuse et humide. Les enfants grimpaient agilement dans l'avocatier.

Puis un jour, Taurere, qui construisait les fare des autres, décida de construire pour les siens, une plus grande demeure.

Et il bâtit. De jour en jour, les mains dans le sable et le ciment, les fils à ses côtés.

Et il bâtit des murs et à l'intérieur de ces murs, une chapelle aux parois de roche et dans laquelle, il se réfugie quotidiennement pour prier dans la fraîcheur. Parce qu'il croit en Dieu, malgré cette rupture d'anevrysme qui lui paralysera tout le côté droit du corps et qui écourtera sa carrière d'entrepreneur.

Et parfois même, ne pouvant pas creuser la roche, il a laissé la montagne entrer dans la demeure familiale. C'est ainsi, qu'à côté de son lit, qu'il a lui même confectionné, un gros rocher repeint en blanc, est là, pour lui rappeler qu'il n'est qu'un homme et que c'est la montagne qui fait sa couche.

Derrière la maison du patriarche,
la rivière parle en sons humides, elle glousse parfois, elle nous berce sans menacer. Elle me rassure, moi qui crains le feu et la brûlure. Taurere, lui ne craint pas la brûlure. 

Il est passé par Moruroa et il est revenu, sans sourcils. Quand il en parle, il rit de la bêtise des hommes. Et lorsqu'un reportage sur l'atoll des secrets mal gardés passe à la télé, il me parle en tahitien et moi je ne comprends que ha'a'avare, parce que Taurere ne me parle qu'en tahitien, en espérant que je me réapproprie ce que je n'ai jamais eu.

Mais l'incandescence est là, dans la maison de Taurere, parfois, le dimanche, lorsque nous nous retrouvons tous ensemble. Les enfants courent, leurs cris assourdissant claquent sur les images d'une télévision allumée pour rien.

Et chaque fois que je viens dans le fare de Taurere, je crains pour mes savates, que Bull et Cookie emportent, ou que les enfants piétinent dans leurs fureurs inépuisables.

On en retrouve une parfois près du portail, ou à côté du tas de sable. Les savates ne valent que ce qu'elles valent et bien vaillant celui qui se ramène avec des Crocs à 4000 balles, au fare de Taurere.

Tous les samedis, ou presque tous, nous les passons à Mahina. Et je me souviens, lorsque j'y avais encore une chambre pour dormir, je me souviens du doux bruit de la rivière, si bon à mon repos.

Nous laissons les savates à l'entrée, pour ne pas salir l'intérieur, mais c'est peine perdue. Sur le carrelage l'incandescence se ravise. Les petits pieds brûlants qui courent se rafraîchissent à peine.

La savate bleue a perdue sa moitié, et avant de partir, il nous faudra la retrouver.

Par Ariirau - Publié dans : le goût du jour
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Vendredi 17 octobre 2008 5 17 /10 /Oct /2008 03:23
Par Ariirau - Publié dans : le goût du jour
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Lundi 6 octobre 2008 1 06 /10 /Oct /2008 02:29



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VISION

TERRE NOUVELLE,
SOUFFLE NOUVEAU,
NOUVELLE CIVILISATION,
EPOQUE NOUVELLE.
UNE VIE NOUVELLE.

ME VOICI AVEC DE NOUVEAUX YEUX,
REMPLIS DE CONVOITISE, PLEIN DE REVES
EBLOUIS DE L'ECLAT DE L'ARGENT.
J'AI QUITTE MON PAYS,
J'AI QUITTE MES PARENTS.

PARCE QUE TU AS BRILLE A MES YEUX,
O TAHITI LA GRANDE,
ALORS IL Y EUT DES ECLAIRS DANS MON AME
A CAUSE DE TA BRILLANCE.

J'AI PENSE QUE TU DETENAIS
LE SECRET DE LA VIE.


MOEMOEA

FENUA API, MATAI API
MARAMARAMA API, TAU API
ORARAA API.
VAU TEIE I TE MATA API,
I TE MATA NOUNOU,
I FAAHEITAOTOA
I TE ANAPA O TE MONI.
UA FAARUE AU U TAU FENUA,
UA FAARUE AU I TAU NA METUA.

O OE I ANAPA UIRA AE
HOAHOA ATU TAU VARUA
I TE PURA NO OE E TAHITI NUI,
I FAATORO AI TE MANAO E:
"TEI IA OE RA TE PARAU NO TE ORA"

HENRI HIRO

Par Ariirau - Publié dans : le goût du jour
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Samedi 13 septembre 2008 6 13 /09 /Sep /2008 01:47

Et peut-on rire de tout ? Le rire, c'est un attribut de la démocratie. Je ne dirais pas que le rire est le propre de l'homme. Beaucoup de choses sont propres à l'homme, mais l'homme n'a pas le monopole du rire. D'ailleurs, le rire lui fait peur, alors il en fait un peu n'importe quoi. Il le censure même, dès fois.

Dans toutes les dictatures connues et inconnues, le rire est prohibé, dangereux. Une société qui ne rit pas d'elle même, est un enfer concentrationnel, où l'on épie la moindre moquerie, le moindre faux pas. Dans 1984, dans The Last King of Scotland, le rire est soit l'emprunte de l'horreur, soit le membre amputé.
Bio de Charb

Il y a le rire pour faire mal aux autres, ça ne fait jamais vraiment rire, ça sert plutôt de catharsis; il y a rire pour nuire, le rire dérision pour se protéger. Après le 11 septembre, les comédiens de Saturday Night live ont été mis à l'épreuve: l'objet du rire, des barbus à turbans ou des Français baguette... rien de bien méchant, mais ça pouvait faire du bien là où ça faisait mal. Il vaut mieux rire des choses, de la bêtise des personnes que rire de la personne: le rire appelle la compassion. Anthony Kavanagh nous fait rire du racisme, comme Dieudonné veut nous faire rire dans son interprétation d'un personnage Juif. Pourtant son rabbi Jacob ne ressemble pas à celui de Louis de Funès. C'est un rire, qui veut nous dire quelque chose. Comment rit-on dans les cultures postcoloniales?
  Tropical boy sur Sans trucages                              
Il y a le rire sain, et le rire malsain. Les politiques, aujourd'hui, partout sur la planète, sont ceux qui font le plus rire: de Bush à Sarkozy, et localement, nous n'avons rien à envier au reste du monde. On se prend d'affection pour ses personnages, ce qu'ils représentent. La personne publique est une image, avant d'être une personne, dans l'esprit des gens. Lorsqu'on cotoie une personne publique, qu'on la connaît, c'est toujours difficile d'admettre le saccage du rire. Pourquoi "Les guignols de l'info" version fenua, auraient du mal à passer? ...

Chez nous, qui nous fait rire?
Il y a chaque jour dans Les Nouvelles de Tahiti, un petit dessin comique- ou satirique mais jamais méchant, juste à côté de l'édito: Mieux vaut en rire, signé Munoz. L'actu vue par P'tit Louis, dans la Dépêche de Tahiti est aussi passage instinctif de notre lecture du quotidien.

Avez vous eu la chance de voir la pièce Te Manu Tane, de John Mairai? à un moment bien précis, le personnage central décrit le comportement volage des politiques et la salle étouffe de rire, et tout le monde se marre: Pourquoi?
Parce que ce qu'il dit, ce qu'il décrit et la façon dont il le décrit, est tellement vrai, qu'il vaut mieux en rire.


Mais rire/ faire rire pour exprimer une vérité qui est si grave qu'on ne trouve plus les mots, oui... Le Ma'ohi né sur l'atoll de la truie rit de tout et de rien. Son rire injustifié est puissant, il tonne et résonne en écho; il me rappelle un peu notre frère aîné, tumu tane dans toute sa splendeur et sa force, qui répondait souvent aux insultes par un rire, qui agaçait et vexait encore plus ses interlocuteurs. Je l'ai même vu rire, un jour où sa copine lui avait flanqué une baffe bien claquante devant tout le monde, sur la plage à la pointe Vénus (ça fait longtemps j'étais gamine). Recevoir une claque, et rire, rire de bon coeur, rire profondément de soi, prendre du recul sur soi. Mais qui pouvait faire ça, autre que notre grand frère?

Le rire est un rempart, mais c'est aussi le souffle sur la braise. Rien de tel que le rire pour faire un pied de nez aux aigris. Mais qui, dans la vie, peut nous apprendre à rire de nos propres bêtises? Sinon, les autres.

Dans notre réalité contemporaine, j'admire les journalistes et les écrivains hara-kiri des journaux satiriques. Utiliser le style pamphlétaire peut avoir des conséquences très douloureuses sur nos vies. 

le sale petit prince ! 

... vit dans un cachot. Il se fout de tout le monde, des syndicalistes, des féministes, des indépendantistes, des autonomistes, il se fout de Dieu, il se fout de lui même: il saque les écrivains, comme moi, comme d'autres, qui écrivent et travaillent pour des politiques.(cliquez sur le lien ci dessus, "Pour une Poignée de Nègres") Il saque aussi les journalistes. Et c'est bien fait pour tout le monde, parce que nous sommes quoi, au fait, au-delà de notre univers?

Mercredi dernier, le 10 septembre, le dessinateur Sine, ex de Charlie hebdo, a sorti son hebdo, sinehebdo  Peu nous importe vraiment les raisons pour lesquelles Siné s'est fait licencié de Charlie: nous, en tant que lecteurs, nous aurons droit à deux fois plus de plaisir, désormais.

Après "avoir étudié profondément" le fondamentalisme islamiste, Charlie Hebdo se consacre encore une fois à Dieu, en la personne du Pape. L'humour sur ET dans la religion, ça fait encore mal aujourd'hui et l'excellent film "Le nom de la Rose" du roman d'Umberto Eco (à l'inoubliable scène érotique en clair obscur), nous interpelle sur la peur des hommes, face au rire transgressif. Charlie Hebdo, sur son site officiel, nous sort son tableau de chasse: la liste de tous les procès perdus et gagnés à l'encontre de l'hebdomadaire. Une spirale infinie se dessine, qui entraîne dans son sillon la justice et les hommes.

Peut-on rire de nous? Tout ce que je sais, c'est qu'on ne peut pas empêcher l'autre de se ficher de soi- sauf si l'on est dictateur émérite- et qu'il n'y a qu'une seule chose qui peut faire taire le rire: c'est le point final de la vie. Et encore, rien ne garantit que le rire s'arrête après ça...

Par Ariirau - Publié dans : le goût du jour
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Mardi 9 septembre 2008 2 09 /09 /Sep /2008 00:02

La littérature ne permet-elle pas tous les devenirs ?... dès lors aucun passé même immémorial, ne peut, dans une certaine mesure, se perdre, pas plus qu’aucune « bonne parole ne peut être close »' affirmait le poète Henri Hiro, en pensant à l’enfant du livre des IMMEMORIAUX.






( photo du poète tahitien Henri Hiro, cliquez sur MANOA )


Jean SCELMA soumet ici une lecture critique des Immémoriaux de Victor Segalen. L'ouvrage est paru aux Editions Haere Po.

Il est bien difficile de parler de Segalen, pour certains d'entre nous, sans sombrer dans la plaie de l'histoire coloniale. Pourtant Segalen était un écrivain à part, un anti-Loti.

Observateur passionné de l'autre, il avait couvé pendant plus de quatre années, une voix qui n'était pas la sienne dans le texte des Immemoriaux.

Peu m'importe, à moi qui suis une blanc-cassée, que Victor SEGALEN fut un être imprégné de culture coloniale; car rien, dans son texte, ne transpire la condescendance raciale ou le chauvinisme. Il est le seul écrivain métropolitain du 19ème siècle, qui ait introduit le verbe polynésien, sans volontairement le tronquer ou l'amputer. Il a fait l'effort de l'autre en ouvrant sa porte sur un monde souffrant le stéréotype et son roman est une antithèse entière, puisque les Immémoriaux ont fait de notre peuple ancestral, des inoubliables.

Le stéréotype, nous le retrouvons dans nos propres romans: à force de vouloir expulser le stéréotype, de prétendre dénigrer l'exotisme, certains d'entre nous n'ont fait que retourner la couverture. Dire que notre Pays est noir équivaut à dire qu'il est blanc. En analysant l'exotisme, Segalen nous aide à mieux le comprendre, à mieux comprendre l'homme, tout simplement.

Ce roman des IMMEMORIAUX a été financé par la famille de Segalen et édité à compte d’auteur au Mercure de France, signé Max Anely à 1700 exemplaires. Le livre naît dans l’indifférence. « Nous avons de meilleurs romans à conseiller à nos lectrices » sort le Mois littéraire. L’œuvre apparaît trop hybride. « Afin d’écrire sur les nègres, il a voulu, je suppose, se faire une âme, une intelligence de nègre. Je crains qu’il n’ait finalement réussi. » (Journal « Roman et Vie » janvier 1908). Comme quoi le monde de la production littéraire n'a pas beaucoup changé, on est seulement passé du noir au blanc et l'effet de mode supplante la matière.


L’occident est devenu entropique, transformant toutes les cultures à son passage.

Segalen fait le procès du colonialisme avant que celui-ci ne commence.



« les moyens d’usure de l’exotisme à la surface du globe : ce qu’on appelle le progrès »


Segalen a condamné les révolutions russe et chinoises parce qu’elles « ont détruit à ses yeux d’admirables fictions du monde »


Segalen était un exote total : il voulait « aimer son époque comme une patrie »


Incipit issu des IMMEMORIAUX :


« … voici la terre Tahiti. Mais où sont les hommes qui la peuplent ? Ceux-ci… ceux-là… des hommes Maori ? Je ne les connais plus : ils ont changé de peau. »


XIXème siècle: la confrontation inégale


Au moment où débute le récit, règnent instabilité politique, grandes rivalités entre chefs depuis les escales régulières des européens.


Première partie de l'ouvrage de Jean SCELMA: présentation du récit
 


 
Le véritable « exote » est celui qui « dans les Mondes aux diversités merveilleuses, sent toute la saveur du divers », « seuls goûteront pleinement l’admirable sensation, ceux qui sentiront ce qu’ils sont et ce qu’ils ne sont pas » (Essai sur l’Exotisme, Esthétique du Divers)

L’imaginaire de Segalen trouve sa source dans le réel et l’exactitude. Il a enquêté durant son séjour, expérimenté une « ivresse » du séjour, qui donne un éclat euphorique à son œuvre.

 

 (quelques)  personnages: fictifs et réels, mélangés dans la fiction

PAOFAI : 40-60 ans. Grand prêtre du Marae de Papara à la jambe tatouée, un des 12 chefs arioi.  

-         1er personnage qui se soit imposé à l’auteur. Réf : note manuscrite du 17 mars 1903 sur la résistance d’un vieil Haere Po…


TERII : né à Papara en 1773 ; a 24 ans au début du livre. Il est le pivot autour duquel s’organise le récit. A travers lui, l’évolution de la société tahitienne. « Il y a chez lui une manière de héros. On craint pour lui, on espère pour lui » (critique Maurice Savin, Les cahiers du Sud, 1948) Terii change de noms au cours du récit.

TUPUA : pretre de Raiatea qui s’endormira sous l’effet du Kava.

POMARE : le roi usurpateur. Portrait peu flatteur. Né en 1774, mort en 1821 à 47 ans.

HAAMANIHI : grand prêtre d’Uturoa, ami de Wilson, capitaine du DUFF ; favorable aux missionnaires ; exprime l’ambition politique des pretres traditionnels.

TEAO : fondateur de la secte Mamaia (mama i-a/ils sont fous)

NOTE (Nott) : figure missionnaire qui restera à Tahiti 50 ans et y mourra.



Roman d’une Nation, roman d’une Parole


« A travers les visages pénétraient jusqu’au fond des poitrines, les formes familières des monts, le grand arc de corail, la couleur de la mer, et la limpidité des favorables firmaments. » 83, Les Immémoriaux.



1-    

L’ancienne société et sa culture



les ARIOI : culte à Oro, Dieu du plaisir ; théâtre, musique, danse, poésie. Recrutaient hommes et femmes dans toutes les classes sociales même chez les arii. Le seul critère d’admission était d’être beau. 

Les Arioi auraient pu remettre en question la hiérarchie de la société (ridiculisaient également prêtres etc dans des bouffonneries) mais les arioi étaient parfaitement intégrés dans le système ; « la fête prouve que tout va bien dans la communauté et que chacun reste à sa place ».

-         Mamaia, sont-ils fous ?

Jean Scelma analyse ce mouvement syncrétique, alliant des éléments chrétiens à l’ancienne religion. La meilleure façon de célébrer la Vierge était d’organiser des orgies en son honneur. Teao, fondateur de la secte, se dit habité par le Christ.

MAMAIA :1er
essai d’assimilation d’une culture étrangère. Christianisme revivifié par l’âme tahitienne.

Paofai voit en eux des « sages » et non pas des fous. Cependant Paofai dit « gardez vous dans vos discours de mélanger les Dieux » « quand on les convie ensemble les Dieux se battent et les hommes en pâtissent. Laissez Maria dans sa lune. Elle ne parle pas notre langage, comment nous entendrait-elle ? » (21)

Segalen fait donc ici œuvre de justice[ …] L’immense désastre qu’il impute aux missionnaires protestants rejaillit assurément sur tout le christianisme et sur sa propre foi.

( Ce qui interpelle ici, c'est l'exploitation de la folie, lorsqu'une personne ou un groupe de personnes, se démarquent de la norme et refusent le diktat d'une religion, en la travestissant.)


L'Usurpation écrite dans notre histoire 

Jean Scelma se réfère à Jean François Baré (Le Malentendu Pacifique) : dans le contexte politique tahitien comprenant plusieurs centres, la notion d’usurpation ne fait aucun sens, sinon celui, implicite, de poser une monarchie là où elle n’existe pas encore (si tant est qu’elle n’existera jamais), pour pouvoir y introduire des usurpateurs.’

Après la promulgation du code Pomare 1819, le roi n’est plus qu’un pantin manipulé, le code qui porte son nom est la loi des missionnaires.Le code Pomare : consécration d’un nouvel ordre, l’écriture gouverne par la loi. Pendant la bataille de FEI PI, les plombs de l’imprimerie eux-mêmes peuvent être transformés en balle et tuer.

Teao et MAMAIA sont condamnés par le tribunal, ils ne s’en étaient pas pris au Roi mais aux missionnaires : « s’en prendre aux missionnaires c’est s’en prendre au Roi, c’est mépriser la loi qu’il vient de donner à son peuple » (Noté)

 www.ica.pf

 

 Henri Hiro joue dans "Les Immémoriaux": lui qui est le précurseur de notre écriture, qui est aussi la référence de la première génération d'écrivains polynésiens, n'a pas rejeté Segalen "parce qu'il appartenait au siècle colonial". Il s'est ressourcé à partir du texte et l'a interprété, de la même façon que Jean Scelma s'en est imprégné.

Le (bref) aperçu de l'étude de Jean Scelma demande aujourd'hui une continuité de la réflexion, plutôt que le rejet de l'écriture de l'autre.

Parce que la littérature est une parole qui n'a pas de fin, parce qu'une bonne parole ne peut être close, comme disait le poète, nous devons avoir l'intelligence de notre culture en acceptant la mémoire partagée. Tout roman est la projection d'un fantasme, même si sa volonté est de dépeindre la réalité.

 



 

Par Ariirau - Publié dans : le goût du jour
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