articles impulsifs

Mercredi 10 décembre 2008 3 10 /12 /Déc /2008 00:08

Profites-en cOOkies chien-banane, profites-en,

tu as vu ta voisine, dans quel état elle est?

Elle traîne sous son ventre la galle, des enflures embusquées

sur toute sa peau maltraitée, la famine l'a minée.

Alors profites-en bien uri-banane, tu as vu les aut'chiens du quartier?

Ils boitent, ils clopinent, et ils pleurent, à longueur de journée.

 

Quand tu seras vieux, on ne fera même plus attention à toi.

Le sort de Yuki t'es même réservé.

Un coup de pelle, et ouste, planqué sous les graviers.

 

Et l'autre chien, tu l'as bien regardé, Cookie?

Dans un cube, à une chaîne attaché,

il crève de soif, et tellement déshydraté qu'il n'arrive même plus à aboyer.

Alors oui oui, profites en bien,

Cookie, chien-banane.

 

 

 

 

 

Par Ariirau - Publié dans : articles impulsifs
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Jeudi 20 novembre 2008 4 20 /11 /Nov /2008 23:40

 

Quand je paresse, je suis comme mon chat, je m'en fous des autres, mais pas du monde.


 

La paresse, c'est productif. The fiu attitude a été l'objet d'un siècle de production littéraire en Occident: le spleen.

 

 

 

Socrate en a parlé, Chateaubriand en a parlé, Baudelaire l'a disséqué, et mon chat l'a testé.

 

 

 

Quand je paresse, les turbines fonctionnent et le moteur roule, la terre continue de tourner sur le même axe oblique, en attendant la prophétie qui annonce 

qu'elle se déplacera de 35°,

que le monde s'engouffrera dans le noir et que les hommes crieront "au loup!",

 

mais je suis comme mon chat, mimi  named Dude, je m'en fous des autres, et un petit peu du monde..

La paresse, elle s'immobilise avec complaisance au centre du bruit de la terre,

de ses gargouillements de stratosphères, de lithosphères, jusqu'à l'enfer.

Les fourmis travaillent et les hippocampes vaporisent leurs œufs,

 

mais je suis comme mon chat, mimi tout blanc named Dude, je m'en fous des autres, et un petit peu du monde.

La paresse, elle s'exprime comme une rebelle dévoilée, elle fait sa fête à Zorro et à tous ceux qui sont masqués, parce qu'elle ne porte pas de masque,

juste un manque de volonté,

mais moi je suis comme mon chat, Brooklyn mimi named Dude, je m'en fous des autres et un tout petit peu du monde.

La paresse est là, elle se fait désirer, et nous trimons pour pouvoir manger, quand lui n'a qu'à miauler to get his croquettes. Quand vient l'heure du repos, tout en fin de journée, la paresse nous flanque sa bouille fatiguée.

La paresse, ce n'est pas un vice, elle est productive de tout plein de réflexions qui tournent en rond autour des orteils, bien écarquillés. Quand le monde agresse, que la violence me brise, que la tristesse m'attise. Je m'allonge comme lui, en face de rien, jusqu'à ce que tout aille bien.

Quand je paresse, je suis comme mon American mimi named Dude, je m'en fous des autres, un petit peu du monde.

 

Jamais pour très longtemps, pourtant.



Par Ariirau - Publié dans : articles impulsifs
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Vendredi 12 septembre 2008 5 12 /09 /Sep /2008 01:25

Il était près de neuf heures moins le quart, je ne sais plus très bien. C'était un mercredi matin, ça je m'en souviens.

J'avais un cours sur le cinéma, donné par le professeur Affron. Je venais à peine de débarquer à New York, nous venions d'emménager dans un appartement de Bayridge, tout au sud de Brooklyn. Je ne m'étais pas encore habitué au bruit de New York, de son métro, de ses bus, de ses taxis.

Je n'étais pas encore habituée à ces longues heures de transports, ces changements de train, du R au N, au M, du L au 3... je n'étais pas encore habituée aux odeurs de la rue.

J'avais l'impression de passer mon temps à sortir et rentrer, sortir de chez moi, entrer dans le métro, sortir du métro, entrer dans l'immeuble, sortir de l'immeuble, entrer dans la bibliothèque, sortir de la bibliothèque, pour entrer dans le métro, sortir du métro, pour rentrer chez moi.

Et le temps passait vite. Jusqu'à ce mercredi matin.

J'étais en retard, et je marchais rapidement, jusqu'à la 75ème rue. A l'entrée de la bouche de métro, deux ou trois personnes, ou quatre, étaient là, les regards plongés dans le bitume, leurs vinis sur les oreilles. Mais je n'ai pas fait attention, j'ai descendu les marches quatre à quatre. Et là il y avait un homme en uniforme. Mais je n'ai pas fait attention, non plus, et lorsque le passage était bloqué, je me suis retournée vers la guichetière.

"- Ma'am, what's wrong?
- I don't know what's wrong! they bombed us! they bombed us!
- What? Who?"

Et comme elle répétait la même chose, sans vraiment m'entendre, l'homme en uniforme, le visage défait m'a répondu:
"- You can't go anywhere, all the subways stations are closed, just go back home."

J'ai remonté les escaliers et dehors, l'air était frais. C'était un air de septembre, quand l'automne pointe son nez, que les arbres portent encore leurs feuilles, que la fraîcheur nous caresse le visage et qu'on garde nos mains bien au chaud dans les poches.

La rue était vide. Les immeubles autour de moi étaient si hauts et le ciel était si clair, il n'y avait personne dans la rue. J'ai tourné à gauche et comme à mon habitude, tout en marchant je regardais par terre. Et puis là, soudainement, des groupes de gens, au vini sur l'oreille, la tête en l'air, une femme criait que non, non, ce n'était pas vrai. Elle disait que non, ce n'était pas vrai.

J'ai pris mon téléphone, j'ai essayé de joindre Jim, pas de ligne. Aucun contact. Et puis j'ai levé la tête. Un énorme nuage de poussière se gonflait dans le bleu. J'ai suivi sa trace, il venait de l'autre côté, il venait de Manhattan. Alors j'ai accéléré le pas, jusqu'à l'appartement. Nous vivions au dessus d'un magasin ACE, tenu par des frères juifs, et juste à côté, au coin, une petite épicerie, tenue par des Arabes musulmans.

Dès que je suis entrée, j'ai allumé la télévision. Et j'ai vu.
Jim est arrivé peu de temps après moi. Et nous avons regardé, ensemble, le deuxième avion...

Je ne pense jamais à ces images,  qu'on nous a repassées, pendant des semaines et des mois. Non, je pense au reste. Je pense à ce qui serait arrivé, si pour une fois, je n'avais pas été en retard. Je pense à ce qui serait arrivé à Stéphane, mon ami, s'il avait accepté son entretien à cet endroit même. Je pense à ce qui serait arrivé, si j'avais décidé d'aller flâner dans le sud de Manhattan avant ce cours. Je pense à tout ce qui est arrivé, après.

Et comme si je n'avais pas réalisé ce qui s'était vraiment passé, j'ai envoyé un courriel au professeur, pour m'excuser de mon absence. Jim et moi, nous voulions partir au Canada et puis, nous avions pensé que les routes seraient encombrées et qu'il valait mieux rester.

Après ce jour là, il m'a semblé que toute la masse humaine, ces près de sept millions de personnes dont je faisais partie, ne faisait qu'un seul être. Une âme meurtrie, souffrante, endeuillée et rancunière. Je me souviens que lorsque je suis allée chez l'Arabe du coin, l'épicerie était vide de gens, et il me regardait comme pour me dire merci d'être venue, nous nous sommes compris dans un regard.

Lui, ça faisait bien plus longtemps que moi qu'il vivait à Bayridge. Mais le veto sur son épicerie n'a pas duré longtemps. Il y avait des rubans jaunes sur les arbres, tout le long des rues. Des drapeaux en bernes, dans chaque allée.

Le matin, lorsque je courais jusqu'au Verrazano bridge, et lorsque je remontais vers la 59ème rue, un, deux, trois, des milliers de rubans jaunes défilaient sur mon passage. Et des drapeaux en bernes, dans chaque allée.

Sept ans plus tard, je n'aime toujours pas regarder ces images, je n'aime pas y penser, je parle de ces autres images, celles du mercredi matin, le 11 septembre.

Thousands of yellow ribbons in my neighborhood, Bayridge, Brooklyn. Et le souvenir de ces gens de mon quartier. Assia Djebar a dit simplement, que les chiens et les chats peuvent s'entendre, s'ils ont été élevés ensemble. Une souffrance commune et incomprise peut-elle souder deux cultures, et la mort soudaine et lente à la fois, de milliers de personnes, ne devrait-elle pas exiger de l'intelligence humaine de savoir vivre ensemble.

Et le souvenir des gens de mon quartier, des rubans jaunes, de cet air de septembre un mercredi matin. Je ne l'oublierai pas.


Par Ariirau - Publié dans : articles impulsifs
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Mardi 26 août 2008 2 26 /08 /Août /2008 03:46

Article du 24 avril 2008, publié dans les Nouvelles de Tahiti. Réaction aux propos anti-chinois de quelques personnalités locales et au vandalisme de la Statue du temple chinois, Kanti. En 2007, une représentante du parti indépendantiste avait dit, en pleine séance à l'assemblée, "Je ne suis pas raciste, mais les Chinois, il faut s'en méfier, ils s'incrustent partout."


Personne n'a réagi, comme si ce qu'elle venait de dire, était dans la norme.


Plusieurs épisodes sont intervenus, attaquant vivement la communauté chinoise de Tahiti, qui trop souvent, répond par des silences.


Suite aux propos de syndicalistes qui avaient exprimé leur inquiétude d'avoir un Chinois (qui est aussi polynésien qu'eux) à la tête de notre pays, la statue de Kanti avait été retrouvée souillée de peinture noire, un dimanche matin.


L'écoeurement était général, la honte, aussi.


Le plus difficile à supporter, c'est le dénigrement de l'existence du racisme, au nom du facteur historique. Lorsqu'un mal n'est pas reconnu, on ne peut pas en guérir. Surtout lorsqu'il avance masqué.


Dans ce texte, ce n'est pas mon intention de manquer de respect au symbole de la statue Kanti. 


L'écrivain fera parler une statue de Socrate à celle de Charles de Gaulle, le dialogue se détache de / et observe la condition humaine, son égo. Un sentiment de profonde injustice envers une communauté qui a tant fait pour la Polynésie et qui fait partie de ce pays, qui parle sa langue et qui vit sa culture, c'est ce sentiment qui m'a donnée envie d'écrire.

Et puis, malheureux le peuple qui fait de ses enfants des étrangers parce qu'ils n'ont pas la même couleur de peau que les ancêtres.


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De Kanti à Pouvanaa, de la Beauté à la Liberté, le chemin est court lorsque les hommes sont endormis, mais si long quand ils sont éveillés.

Lorsque je suis passée hier à côté de la statue de Kanti souillée au visage, sur la cuisse, j'ai eu la nausée de ces ivresses racistes.


Je ne veux pas que mon pays couve en son sein de cette bêtise dangereuse dénigrée dans un premier temps et justifiée uniquement lorsqu'elle est prise au pied du mur. Le racisme.


J'avais dénoncé il y a 2 ans un racisme dont j'avais fait les frais, on m'a répondu que le racisme n'existait pas, on l'a même théorisé, intellectualisé.
On a donné au racisme une définition à géométrie variable en affirmant que c'est parce que nos ancêtres ma'ohi avaient subi le traumatisme de la colonisation que certains de mes contemporains rejetaient ma faranitude aujourd'hui.


Nous nous faisons du mal à nous mêmes, pourquoi?

Que peut-on gagner à en vouloir à une catégorie de personnes qui font ou sont trop popa'a, trop chinois, nées ici ou pas?


Pourquoi le communiqué de monsieur T accuse les blessés du racisme de "ne pas se sentir polynésiens" quand c'est justement le contraire qu'on voulait lui faire comprendre, que c'est parce qu'on est Polynésien qu'on réagit à de tels inepties; pourquoi légitimer le racisme par un "racisme social" tout droit importé de la galaxie Banlieue de planète Marx?



Pourquoi nous balancer de la douleur du Tibet pour justifier des propos imbéciles?


Et ce sentiment de tristesse est si lourd à porter, car nos plaintes n’ont pas d’écho, nous sommes sans défense quand on nous dit que c'est culturel, mais ce n'est pas dans la culture de mon éducation de remettre en cause l'appartenance de qui que ce soit à nos îles. Est-ce dans la vôtre ?


Nos ancêtres seraient-ils heureux de constater quel traitement l'on fait à sa descendance

 métisse, au nom d'une philosophie politique de revalorisation ethnique.


Nous sommes tous pris dans ce filet de pêche du monde: Nous sommes tous

Polynésiens et le monde nous ressemble.


Le racisme avance toujours masqué, affirme Emmanuelle Saada.
 ...


il prospère avec son bouclier anonyme, sur des blogs, sur des répondeurs radios et sur la statue de Kanti, le jour du Seigneur.
Il est si difficile de lui donner un visage, à ce racisme anonyme, quand il nous reproche d'avoir le nôtre.


A quelques jours du départ de Césaire, l’Histoire nous joue des tours jusqu’à l’absurde :
si les statues ne peuvent pas se défendre, les hommes, eux, le peuvent. Finalement, ces vandales sont des impuissants et rien d’autre. Dans leur bêtise, je lis une certaine détresse.


J’imagine, avec un cœur d’enfant, la statue de Kanti, symbole de Beauté, se levant de

son socle en pleine nuit et descendant les rues de Papeete, jusqu’à celle de Pouvanaa a


Oopa :


« -   Non mais t’as vu ce qu’ils m’ont fait ? J’étais bien tranquille dans mon coin, je n’embêtais personne, moi.

-         Que veux-tu y faire Kanti ? Ils sont ingrats, moi, je n’ai droit aux fleurs qu’une fois l’an. Ils exploitent et interprètent mon combat comme ça leur plaît.

-         Si les hommes s’en prennent aux statues, tu penses qu’ils finiront par s’en prendre aux hommes.

-         Je suis sûr d’une chose : s’ils s’en prennent à moi, ils s’en prendront aux hommes.

-         Et moi donc, alors ?

-         Toi, Kanti, tu es divin, ce n’est pas pareil.

-         Je suis plus que divin. Depuis qu’ils m’ont souillé, je suis aussi devenu humain. J’ai continué à sourire, j’ai siégé en méditant, pendant qu’ils pensaient vivre un grand moment de leur existence. La presse leur a donné raison.

-         Si tu es resté de marbre pendant l’évènement Kanti, c’est parce que tu n’es qu’une statue, retourne sur ton socle. Et garde sur toi la souillure, pour leur rappeler leur honte.

-         Parole sage pour un Metua : De la Beauté à la Liberté, le chemin est court quand les hommes sont endormis.

-         Parole sage pour un symbole divin : Quand ils sont éveillés, la bêtise n’est qu’à un pas de leur lit. »


Lorsque je suis passée à côté de la statue de Kanti, qui siégeait sereine, malgré son visage souillé, j'ai pensé à la statue de Pouvanaa a Oopa et je me suis dit

"Et si c'était cette statue qu'on avait souillée?" que se passerait-il, aujourd'hui?



Il faut arrêter, là, tout de suite, avant que la plaie ne s'infecte. Il est temps de se réunir pour une bonne cause : l’acceptation de ce que nous sommes au 21ème siècle,

un peuple métis
.

Par Ariirau - Publié dans : articles impulsifs
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Jeudi 31 juillet 2008 4 31 /07 /Juil /2008 22:59

à 7h35, Odille Courage, fonctionnaire du Trésor Public habitant dans un appartement du 28 rue Jean Poulain du village de la Chapelle Rainssouint, faisait exactement la même chose de Fanta Sow, Sénégalaise d'1 m 81, femme de Mamadou Lamine Sow, homme de loi, vivant sur l'avenue Cheikh Anta Diop,

Ce jour bien précis, Zineb Cheiri, enfant de Casablanca, déchaussait ses babouches en soie jaune, pour pénétrer dans le grand habitacle carrelé d'usage hygiénique, à 9h24, et Mlle Xio fhu de sa lointaine contrée chinoise faisait couler à flot l'eau chaude expulsée en jets massants sur sa petite nuque tourmentée par l'immobilisme prolongé de sa tête sensiblement penchée sur les plaquettes de verre, dans son laboratoire pharmaceutique.

La jolie Coralie, après avoir été compressée comme une sardine, dans le wagon du métro 7, montait les marches 4 à 4, qui menaient à son appartement décent du quartier nord de Brooklyn, avec une seule envie pressante: prendre une bonne douche bien chaude et jouir du nouveau jet multifonctionnel acheté la veille à
Bed Bath and Beyond.

Il arriva à un moment bien précis ce qui arriva bien précisémment.


Une chose tridimensionnelle d'aspect nacré, ostentatoirement baptisée Palmolive - prénom Tahiti - nom de famille, expulsa sans décence et sous la pression d'un pouce, à la vue d'une matière humaine culturellement divisée mais organiquement similaire, un gel blanc crémeux émettant un parfum de synthèse exquisitement délicieux.

Elles fermèrent toutes les yeux.

Au contact de la pluie et au massage circulaire, le gel s'émoussa avec la légèreté d'un blanc d'oeuf et la douceur d'un fil de soie. Ou le contraire.

Le plaisir fut bref mais efficace. Onze minute pour la Métropolitaine française, treize pour la Sénégalaise, vingt et vingt-cinq minutes pour la Chinoise et la New Yorkaise, qui firent de la mousse visqueuse, un savon de rasage hydratant.

La sensualité du devoir de propreté hygiénique et de l'odorat qui ne fleurit pas derrière des murs en brique, représentent-ils des douceurs catégoriques de ma civilisation ancestrale?

Comment se fait-il que les plus grandes célébrations du nom de cette île, nous glissent entre les doigts comme des savons mesquins qui sautent quand on en a besoin?

C'est vrai que la propreté, c'est important pour le Polynésien. Mais au point d'en faire une légende hygiénique, ne serait-ce pas un peu zinzin?

Surtout que ces gels douches, ils n'ont jamais vu le jour sur l'île.

Tout ce qui est lucratif nous glisse entre les mains comme des morceaux de savons.

Je n'ai rien contre les gels douche TAHITI; bien au contraire. Ma tendre enfance, recouverte de grisaille mayennaise, recevait plein de ces raclées soyeuses de TAHITI DOUCHE. Ma mère, désespéremment languissante de son pays, les achetait à gogo, nous avons eu toute la collection et selon l'humeur variait la couleur du petit cube en plastique. A chaque douche, le mot TAHITI était sous mes yeux, susurrant crémeusement:

"- Prend ta douche avec moi petite fille et sois fière de ton Fenua, regarde un peu: y a-t-il un gel douche au nom de "Fort de France"? Non!, un gel douche au nom de "Dakar"? Non!, un gel douche au nom de "Vichy"? Non! Qui peut se vanter, d'avoir un pays dont le nom est universellement attitré à la matière visqueuse ultra protectrice et hydratante, qui conservera et abreuvera la couleur de ta peau caca mouche? Toi. Bonne raison pour se laver, n'est-ce pas?"

Le parfum sucré ou fleurit s'échappait en vapeur, lorsque j'ouvrais la porte de la salle de bain et les pieds nus sur le carrelage, dans mon pijama de coton, je filais m'assoir sur le rocking-chair et les jambes relevées sur la poutre de la cheminée; je cherchais la chaleur de mon pays sous les crépitements des brindilles.

Dans la grande surface, il y avait tous ces savons liquides, rigides au garde à vous, étalés sans dépasser d'un poil. Tout un rayon multicolore TAHITI DOUCHE amande, jasmin, pour hommes, à la rose, au santal, à la pomme, fraîcheur des mers du sud.

Et puis, "bummer" comme qui dirait ma copine. Tout au bout il y avait Ushuaia!

Ushuaia, Ushuaia, qui connaît Ushuaia? à part Nicolas Hulot et Diego, mon ami italien.

C'est vrai qu'Ushuaia, c'est beau à la télé. Immense et frais, m'a dit Diego. Le bout du monde et pas d'humains, c'est là le charme. Ecosystème idyllique, pureté de l'eau, chlorophylle et baleine; c'est top.

Je n'irai pas jusqu'à faire la révolution parce que des mots comme "TAHITI" ou "Maohi" sont devenus lucratifs et labels de savons, de téléphones, d'ice cream, de magasins zin de meubles divers.

Mon pays dans un gel douche, ça fait partie de la culture des choses. On ne va pas refaire l'histoire pour un savon, de toute façon.








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