Mardi 23 septembre 2008 2 23 /09 /Sep /2008 01:58

l' AFAREP, c'est l'association Formation Action Recherche en Polynésie française. Le thème de réflexion de cette rencontre est "Accompagner le travail de Deuil". Il ne s'agit pas de réflexions littéraires mais sociales et culturelles, essentiellement.

Le Deuil est un thème que l'on retrouve dans nos ouvrages (Pollen, ou Matamimi sont des fécondations du deuil), mais le deuil peut aussi être un deuil de culture (Je reviendrai à Tahiti), un deuil de la langue (Mutismes), un deuil de l'identité (Les cris d'une Tahitienne).

Ci-dessous le programme et les invités de ce colloque, tels qu'ils nous ont été communiqués


ACCOMPAGNER
LE TRAVAIL DE DEUIL 

approche interculturelle et transdisciplinaire

JEUDI 23 Octobre et VENDREDI 24 Octobre 2008

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HEURES : 8H à 11H30  -  13H à 16H30

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LIEU : Mairie de Pirae

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ENTREE GRATUITE

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Comité d’organisation de l’AFAREP: Elisa Yao Tham Sao, Edmée Hopuu, Nadine Collorig, Gérard Garnier, Maryline Teuira, Ernest Sin Chan, Albert Hugues 

- Argumentaire

 

         Dans la société moderne où l’on prône la jeunesse, la beauté, le dynamisme, la rentabilité, la mort est de plus en plus reléguée au rayon des sujets tabou. On évite de la parler, de la montrer, les rituels se perdent, les familles se disséminent, la société minimise son rôle d’accompagnement, les croyances s’étiolent. En Polynésie, nombreux sont les praticiens de tout horizon qui côtoient, accompagnent, aident, soignent, des personnes en fin de vie et leurs familles. Qu’ils soient généralistes, spécialistes, religieux, soignants ou simples parents, leur fonction est de pouvoir prévenir la survenue de phénomènes dépressifs ou de malaises profonds, chez les personnes endeuillées dans des circonstances diversifiées (accidents, maladies graves, suicides…).

 

Les pratiques d’accompagnement des familles des défunts sont complexes et variées selon les coutumes, les traditions, les cultures, les théories ou les religions. Tous sont concernés autant par ceux qui sont partis et qui, quelquefois, reviennent sous une forme ou sous une autre, discrets ou encombrants, bénéfiques ou maléfiques, que par ceux qui restent, ceux qui sont dans le chagrin, dans le traumatisme de la perte et de la séparation…

 

La mort ou plutôt les morts nous convoquent, ils nous rappellent notre humanité limitée, (permanence, perpétuation, pérennité de l’être de la lignée du groupe, invisible, questions existentielles, mystère, recherche ou quête de sens à la vie et à la mort...)  et notre lien au sacré.

 

Ce thème de rencontre autour du travail de deuil, en quelque temps qu’il se passe, de quelque lieu qu’il se place, interpelle chacun de nous à un niveau profane, à un niveau professionnel, à un niveau social, culturel ou religieux…

 

 

- Objectifs :

 

-         Initier une expression et une circulation plus libre de la parole, sur les préoccupations, questions et pratiques autour des morts et des ancêtres et de l’accompagnement des familles au niveau des usagers et des professionnels dans des champs d’intervention pluridisciplinaire.

 

-          Lever les processus d’évitement et de déni autour du vécu douloureux, angoissant et quasiment tabou de la mort, (désacralisation) dans un objectif de traitement et de prévention

 

-         Prévenir les risques d’effondrement et la dépression des personnes en contact avec la mort (patients mourants, proches et parents, professionnels d’aide …)

 

-         Alimenter et nourrir les professionnels ou les non professionnels qui  sont en contact avec la mort et le travail de deuil, afin d’enrichir leurs connaissances, et leur permettre d’accéder à d’autres outils ou d’autres compréhensions – modélisations du travail de deuil dans un contexte de prévention et de transdisciplinarité

 

 

- Population cible :

 

Ouvert au public et aux professionnels de tout champ d’intervention (santé, social, éducation…) interpellés par la question de la mort et du travail de deuil.

 

 

- Date et lieu :

 

-          Le jeudi 23 Octobre 2008 et le vendredi 24 Octobre de 8H à 11H30 et de 13H à 16H30

-   Mairie de Pirae

 

-  Animateur : Manolita LY

 

- Modérateur dans les échanges avec le public : M. Alain ROQUEJOFFRE, Docteur en Sociologie, enseignant à l’IRFE, chercheur au Laboratoire de sociologie de l’Université  de Limoges, responsable du journal « Forum » dans le champ social


JEUDI 23 Octobre

8H - Présentation- Discours d’introduction

 

8H15 - Daniel Margueron (docteur en lettres) : « La rencontre des peuples comme une mort annoncée ».

8H45 - Chantal Spitz (écrivain) :  Vivre après la mort de son fils.

9H15 - Edgar Tetahiotupa (docteur en anthropologie: « ..., o ai òe nei ? »

 

10H - PAUSE (15mn)

 

10H15 - Astrid Drollet : (enseignante de Reo Maohi, secrétaire de l’Association Rohutu Rohutu Noànoà) :Les lieux d’envol des âmes dans la société traditionnelle polynésienne.

10H45 - Père Auguste Carlson (prêtre-théologien: La mort vue par la doctrine catholique.

11H 30 – PAUSE-DEJEÛNER

13H- Raufea Tetoe Taero (pasteur protestant: La mort vue par l’église protestante maohi.

 

13H30 - Sunny Walker (président de l’association Te hivarereata) :  Culte des ancêtres, place et rôle du mort dans la société polynésienne ancestrale, survivance du concept malgré la christianisation du peuple ma'ohi.

14H - Tamatoa Bambridge (docteur en sociologie: La mort dans la tradition maohi contemporaine ou la renaissance d'une   logique ancienne.

14H30 - PAUSE (15mn)

 

14H45 - Jean Claude Alger ? ( ou autre pasteur adventiste) : La mort vue par l’église adventiste.

15H15 - Docteur Gérard Garnier (médecin-chercheur) : Traumatophilie ou conduites ordaliques : deux   concepts de la clinique psycho-sociale de l'adolescence.



VENDREDI 24 Octobre

8H- Simone Grand (docteur en anthropologie et en biologie) :
« Penser la mort, c’est penser la vie » 

8H30 - Nadine Collorig (psychologue clinicienne) : De la dernière demeure des migrants au dernier repère migratoire.

 

9H  - Ernest Sin Chan (docteur en psychologie clinique) : Métissage des morts et des ancêtres  hakkas  de Polynésie et construction identitaire de leurs descendants.

 

9H30 - PAUSE (15mn)

 

  9H45 - Didier Haffner  (psychologue clinicien) :L’art-thérapie avec les     enfants endeuillés, lorsque la parole est difficile, voire impossible.

10H15 - Docteur Michel Dewez (psychiatre, psychanalyste) :« Infiniment lentement ».

10H45 - Aldo Tirao  (directeur de la SIP: Mort psychique et mort sociale chez les détenus.

 

 11H 30 PAUSE-DEJEÛNER

13H- Docteur Lam Nguyen (médecin,Institut Mallardé):Mort et VIH.

13H30 - Sylvie Couraud  (psychologue clinicienne: L'accompagnement psychologique des patients cancéreux, touchés par une maladie qui menace la vie.

14H - Docteur Stéphane Amadéo (médecin-psychiatre): Accompagnement des suicidaires, des suicidants et de l’entourage des suicidés par l’association SOS Suicide et à travers le programme SUPRE/START de l’OMS en Polynésie française.

 

14H30   PAUSE (15mn)

 

14H45 – Manolita LY(psychologue clinicienne) : Crise d’urgence, trauma et accompagnement médico-psychologique

15H15 - Pédagogue ou psychologue  ou Ernest et Didier ou Nadine ? : La mort parlée  à l’école, faut-il parler à l’école de la mort aux enfants "

 

Mon approche du sujet 
La mort est une frontière, non pas une fin en soi. Chez nous, lorsqu'un proche s'en va, nous disons qu'il a 40 jours pour rendre visite à la famille avant l'ultime départ.
Adolescente, lorsque j'ai dormi chez mam' à Punaauia, chaque bruit dans la maison me rappelait sa présence. Aussi, ma mère décroche systématiquement le combiné, pour m'appeler moi, mes frères ou sa sœur, lorsque la veille, papi ou mamie sont apparus dans son rêve: personne n'en rit, puisqu'à chaque visite onirique, le mal ou la maladie est arrivée. Je ne sais pas si c'est de la simple superstition et je n'ai pas envie d'émettre un jugement de valeur sur nos attitudes, mais je pense qu'on a sans doute développé une mémoire de l'instinct représentée par l'image de nos aïeux.  Nos aieux les plus proches, jusqu'à trois générations au dessus de moi, sont très vivants: on leur confère une véritable existence dans l'autre monde- dans nos consciences, ils ne sont pas morts, ils sont messagers ( Poroi).
 


Pour ce qui est de MATAMIMI, une seule chose a pu me faire sortir du "deuil": l'écriture. C'est ainsi que lorsqu'on me parle de Matamimi, de son caractère, de sa relation à sa mère, c'est la joie dans mon coeur. J'ai réussi à contrer la mort en lui rendant la vie. Je me fais mourir dans Matamimi. Jean-Marc Tera'ituatini se fait mourir dans Le Bambou Noir. Ecrire c'est aussi prédire sa mort, et après sa mort, la continuité. Le Livre Brisé de Doubrovsky rencontre la mort sur le chemin de l'écriture.

I was not born to be a human being, I was born to be a spirit – soit “Je ne suis pas né homme, je suis née âme”, est un poème qui fait de l’esprit une entité aussi vivante que la matière.  

L'oubli c'est la mort, et nos mémoires conservent nos morts qui sont donc toujours vivants, toujours là, en messagers.

Il est des êtres qui ne mourront jamais pour ce qu’ils contribuent à sauvegarder notre mémoire, notre culture, notre histoire. Chez nous, l’esprit a son emprunte dans la pensée.

La mort n'est pas à craindre, au contraire de la violence et de la haine : morts, nous ne le sommes que lorsque nous sommes vides d'intelligence, d’émotion, de compassion, vides de « vie ».
( phrase absurde... en fait pour comprendre la mort, il faudrait pouvoir définir la vie)

 

Par Ariirau - Publié dans : culture 2008
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