Mardi 14 octobre 2008 2 14 /10 /Oct /2008 19:37

C'est à ce moment bien précis qu'il tient, entre les mains, sa destinée. C'est l'heure de l'examen de sa conscience. Une conscience rouge et lisse, tel un ballon de cirque, qui flottera, à nouveau, encore, au moment où il s'y attendra le moins.

D'une main d'abord, puis des deux, il appuiera sur ce ballon rouge, pour le faire couler, mais la chose remontera, gonflée de ces choix qu'il a pu faire dans le passé, lorsqu'il était debout, traqué dans l'impasse.

Elle est à ce moment de la vie où elle ne peut plus rien affronter, qu'un mur. Deux alternatives s'offrent à elle: soit elle retourne sur ses pas et replonge dans le passé, elle retrouve l'enfer des autres, elle revit, au ralenti, des gestes qu'elle n'a pas pu, ni su dominer. Soit elle marche tout droit, jusqu'à se coller le nez contre le crépi d'un mur, si haut qu'il plonge dans le ciel, et que l'échelle ridiculement apposée ne surmonte pas. Elle a fui la haine à gauche, elle a fui la médisance à droite, contrainte  d'emprunter le troisième chemin, celui de la démence, celui qui menait à l'impasse.

Ils doivent à ce moment précis faire un choix. Le sentiment d'anxiété s'incruste au creux des omoplates, telle une matière visqueuse ou moite, telle de la guimauve qu'on vend dans les cirques et qui s'enroule autour de l'oesophage. Cette anxiété grimpe, jusqu'à cette partie du cerveau, cristallisée, qui n'arrive plus à réfléchir, membre de la réflexion pris dans l'impasse.

L'impasse, c'est un paysage sans porte. Un retour sur soi-même, forcé, où l'homme doit remarcher sur ses pas, remâcher son passé, et regarder ce qu'il a fait, à ce moment précis de sa vie.

Et il n'y a rien qu'il puisse faire, que s'enfermer dans le dénigrement, que d'accepter la fausseté de son existence. Lorsqu'il se voit en sujet, sujet du viol, sujet du meurtre, sujet de la guerre, sujet de la corruption, il s'interprète alors comme un pantin, pantin des évènements, marionnette du contexte, contexte culturel, historique ou politique.

Lorsqu'elle se voit en objet, objet de la calomnie, objet de la persécution, objet du défoulement, elle s'interprète en pièce d'échiquier, faisant partie de la foule, faisant partie du jeu, une chose irresponsable, soulevée par le clan, poussée par la tribu, à faire ce qu'elle ne voulait pas vraiment faire.

Ils s'interprètent pour mieux se comprendre et pour justifier leurs actes. C'est ainsi qu'ils transpercent le mur de l'impasse, en réinterprétant le passé, en se déculpabilisant face à l'acte.

Impassible vient du mot "souffrir"; il ressemble à l'impasse, pourtant rien ne les lie dans l'histoire sémantique.


Combien d'entre nous, n'ont pas, à un moment précis de leur existence, été pris dans l'impasse. Le mur de la ruelle, le paysage sans porte, n'est que le jugement des autres, n'est que le ballon rouge du cirque, n'est que la conscience de soi.


C'est alors que sa raison compressée par un étau, celui des choix, elle saisit l'échelle ridiculement apposée contre un mur qui plonge haut dans le ciel. Et d'une force décuplée, elle frappe l'objet inutile contre le mur de la ruelle.


Impassible, elle ne l'est pas.

L'examen de leur conscience ne survivra que dans l'interprétation qu'ils voudront bien en faire. Avec le recul pris sur leur passé, ils jugeront que les circonstances hasardeuses, hors de leurs portées, leur ont fait prendre des décisions qui les ont menées à l'impasse.



Et sans aiguille pour percer le ballon rouge, ils attendent patiemment que le vent des TUAMOTU, qui plie les êtres et les arbres, l'entraîne au large et que les bribes d'une conscience meurtrie se noient définitivement dans le bleu de l'oubli.

Par Ariirau - Publié dans : Que me veut le mo'o?
Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés