Mercredi 17 juin 2009 3 17 /06 /Juin /2009 00:54

Tout a commencé sur la terre du rock, en 1999, à Lawrence, KS. Et tout s'est terminé en 2005, à Coney Island, au sud de New York. La rockitude a fait balancer mes émotions, mes textes, mon écriture. Elle est survenue en plein sommeil, elle m'a réveillée d'une léthargie, d'une vie sans musique et pleine de spleen. J'ai commencé "Je reviendrai à Tahiti" (ex: Les Mouches pisseuses) avec dans la tête une mélodie de Radiohead. Et parfois j'écrivais avec du Cat Power. Je me souviens que pour la scène de l'avortement, Blonde Redhead et les cris déchirants de Kazu Makino, dans "Melody of certain Damaged Lemons", m'ont replongé dans des sentiments inexprimables, traduits par des paroles incompréhensibles, balancées sur une guitare folle et complètement sensuelle. La rockitude, c'est un peu ça, un mélange de folie et de sensualité, avec cette horreur de la marge, du cadre, du tout-blanc ou du tout-noir. D'ailleurs c'est comme ça dans le texte, ça va d'un extrême à l'autre, du style travaillé au style le plus fade, du mot recherché au gros mot mal placé. Dans "Je reviendrai à Tahiti" il y a des pamplemousses verts et des vibromasseurs roses, le personnage est une féministe qui s'épanouit dans le mariage et la maternité, et la rockitude est sous jacente, c'est l'embryon de mon écriture.


Mais ma rockitude n'aurait jamais explosé, si je n'avais pas croisé sur mon chemin, au Bottleneck, petit endroit sombre et fumant, sentant la bière et le bois usé, là où claquent les boules de billards blanches sur celles de couleurs, là aussi où les toilettes des femmes sont tellement gribouillées, qu'on peut y lire tout un roman. Si je n'avais pas croisé... mais non je me trompe, c'est dans un autre endroit, que j'ai vu pour la première fois Isaac Brock. Un petit homme qui ne paye pas de mine, mais qui lorsqu'il se met à gratter sa guitare en chantant "Cowboy Dan", et son ivresse de violence, telle une véritable délivrance, alors c'est toute la salle qui est en transe.

J'ai eu la chance de connaître ce groupe, alors qu'il était à peine connu, et de le voir monter, jusqu'au point où il n'est plus possible d'aller "backstage" pour aller discuter. Ryan Holmes, ami et batteur occasionnel du groupe Shins, était ma foi bien sympathique. J'ai pu ainsi parlouiller avec James Mercer, auteur compositeur chanteur guitariste, observer Marty, très sympa devenu fa'a'aoru quand la foule grimpait au rideau... La rockitude c'est aussi passer son chemin quand les autres oublient, les laisser grandir au cœur de leur art, de leurs envies.


Au fond des choses, des mélodies, l'Indie Rock, Industrial Rock ou Independant Rock dépeint une Amérique que j'aime, où l'on s'attarde sur les sentiments, sur un combat incessant qui attendrit sur les maux et dénude tout ce qui prétend être comme il faut. Bien loin des stars systèmes, du lavage de cerveau martelé par les grandes radios, l'Indie Rock nous trifouille à l'intérieur ce qu'on pensait éteint depuis longtemps.

Ce qui me manque c'est certainement la voix sucrée de Chan Marshall de Cat Power. Elle avait chanté au Bottleneck, timide elle cachait ses yeux sous une frange étonnement horizontale, horizontalement surprenante. Un remake de "I can't get no satisfaction" des Stones m'a bouleversée, tellement il était doux et inapproprié. Parce que personnellement aussi, I can't get no satisfaction.

Sans musique, il est difficile d'écrire parfois et c'est dans les couleurs, mais aussi les sons, que je trouve mes mots. La rockitude elle existe depuis bien longtemps: Diderot et ses "Bijoux Indiscrets", Voltaire et son "Candide", même Pambrun et son "Bambou Noir" ont trempé dans la rockitude. Diderot est très sexe: les "Bijoux Indiscrets" narrent l'histoire d'un homme qui, lorsqu'il tourne la bague qu'il a au doigt, fait parler les vagins des femmes (shocking); "Candide" de Voltaire trempe aussi dans la rockitude: découper les fesses de Cunégonde comme des steak pour nourrir des barbares, il n'y a pas plus Marilyn Manson que ça; quand au "Bambou Noir" de Pambrun: le Tahitien traverse les murs, le temps-- c'est space--, il a des vertiges de vie, c'est un anti-marge absolu, un rebelle parfait, un être absolument Rock.

Et mes bébés à moi?

Matamimi se met parfois à crier sur sa mère, qui elle-même lui balance des gros mots, sa chambre, n'en parlons pas, des pochettes de cd vides au sol à côté de ses petites culottes, (elle aime Cat Power, d'ailleurs, Matamimi): on ne peut pas faire plus trash que ça. Et Clara-Aroatua qui aime bien pisser en regardant la pleine lune, en rêvant d'y poser les pieds, ça c'est très rock: c'est être libre. C'est aussi ça, la rockitude: la liberté d'être soi, d'aimer n'importe qui n'importe comment, d'être différent, la liberté d'oser faire des choses en se fichant littéralement des autres. C'est tout ce qui concerne l'inapproprié dans mon écriture. Et dans ma vie.

Tout ça, en musique, bien sûr.

Par Ariirau - Publié dans : le goût du jour
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