Partager l'article ! Le souffle de Benjamin (II): Alors n’ayant plus de mots à échanger puisque nous étions tous les deux déterminés, moi à rester dans cette ...
Ariirau...
Alors n’ayant plus de mots à échanger puisque nous étions tous les deux déterminés, moi à rester dans cette maison et lui
à m'en faire partir, quelque chose d’étrange se passa entre nous. J’ai plongé mon regard dans le sien, ces yeux couleur noisette étaient bien à lui. Je l’ai fixé pour tenter de sonder ses
intentions.
Défié, son visage s’est transformé. Les lignes de son front, ses cheveux gris blancs, ses oreilles s'effacèrent, le faciès devint une sorte de masque ondulant, le rocking-chair, la
cuisine, tout ce qui nous entourait disparut. Nous étions dans un ailleurs que je n'arriverai pas à décrire.
Une bouche ouverte et disproportionnée faisait sortir un souffle terrible, plein de rage, un vent très fort.
Je décidais de combattre cet esprit, je me mis à souffler contre lui et entre nous un combat puissant de vents s’engloutissaient dans nos corps, j’eu beau souffler toute ma colère en lui, je ne
parvenais pas à empêcher son souffle d’entrer dans ma gorge. J'eus ce sentiment de non retour, comme lorsqu'on est en train de faire une erreur en toute conscience de cause et qu'on continue
malgré tout. Mon esprit persistait au combat: je ne devais plus avoir peur, ne plus craindre ces visites impromptues dans mon existence parallèle.
Et je sentais que ce souffle venait du mal, de la maladie, que cette entité me transmettait un mal. Et je persistais, en colère, à combattre l'autre par le souffle. Je dis "l'autre" car il était impensable que mon oncle me veuille du mal.
C'était une masse difforme, sorte de faciès aux lignes sinueuses, qui soufflait en moi.
Je me suis réveillée, en colère. Colère de ne pas avoir compris son message, colère de ces ordres qu’il m’a donnés, colère de cette maladie insufflée.
La semaine qui suivit, advint ce qui arriva : un autre enfant perdu. Mais pire encore. Mon époux, grand fumeur, me dit un matin, il faut que j’arrête
de fumer, j’ai fait un rêve idiot cette nuit, plutôt un cauchemar, j’avais le cancer.
Il était torse nu, en le regardant, je croyais revoir mon oncle qui se frappait la poitrine en disant « je suis malade, je suis malade »
J'ai répondu sur le ton de la boutade: Arrête de fumer alors !... et
moi j'arrêterai définitivement le chocolat...
En retour, il me dit, en souriant : Tu sais bien que c’est impossible... autant pour moi que pour toi. Il roulait son tabac Bison, comme un
rite. Et lorsqu'il expira, après une bouffée de soulagement, une fumée épaisse, vaporeuse, un velour gris blanc impalpable, raviva encore plus à ma mémoire le premier souffle de
Benjamin.