Partager l'article ! Du pain à ceux qui n'en ont pas. (I): Taurere et Alani sont mariés depuis assez longtemps, pour avoir vu grandir leurs enfants et regarder ...
Ariirau...
Taurere et Alani sont
mariés depuis assez longtemps, pour avoir vu grandir leurs enfants et regarder grandir leurs petits enfants. Nés dans un
archipel éloigné, ils ont migré jusqu'à Tahiti, ils n'ont
jamais manqué de l'essentiel, sans jamais rêver de superflu.
Elle sait tout accommoder, et chez elle, la vie palpite au son des voix des mo'otua[1].
Sur les murs sont accrochés des portraits imprimés de Marie et de Jésus. Au fond de la maison, il a construit une petite chapelle où lui et sa femme vont méditer, chacun à leur rythme. Une ferveur religieuse qui n'en fait pas des intolérants.
Devant parfois, les crises de colères et de larmes, les mots blessants, la voix douce d'Alani émet un précepte à la paix: transforme ta colère en amour, ne dis pas des choses que tu pourrais regretter. Quand ton cœur trempe dans la rancune et les "c'est injuste!", elle soulage ta plaie avec un baume qui se
prénomme "ce n'est plus à toi de juger, laisse Dieu faire, cette personne aura des comptes à régler devant le Seigneur, ce n'est plus ton affaire, ne laisse pas les mauvaises pensées te submerger" C'est un pansement qui marche, qui adoucit un peu la cicatrice.
Ces deux là passent leur temps à l'Eglise. A des heures bien précises. Mais la qualité reconnue de cette mère, mamie, et belle maman, c'est bien ses sauces et ses plats succulents. Quand elle les prépare, même si tu n'as pas faim tu vas quand même manger, et même te resservir encore. Nous retournons en enfance devant nos assiettes,
avec la conscience adulte que nous ne pourrons jamais supplanter nos mères.
Et pas besoin de grand luxe dans la préparation du ma'a[2].
Pas besoin de ci ou de ça, d'arômes qui viennent de là-bas, d'épicerie fine, pas besoin de la bling bling bouffe. Non, du "goût", comme on appelle ce sucre de betterave, et d'autres choses bien dosées, mais toujours, dans la cuisine d'Alani, des choses d'ici. Parce qu'aussi, son âme sœur aime manger le poisson le matin, et tous ces trucs miam miam avec la pâte de coco, le cœur du coco, et j'en passe.
Je revois bien Alani debout devant la gazinière, elle soulève le couvercle et une vapeur parfumée sort du plat, ce parfum de viande en ragoût vient jusqu'à nous, et nos sens olfactifs nous animent soudainement.
Alors on va chercher les couverts, on met les assiettes et le pain. Et toujours, c'est les enfants qui mangent avant nous: alors j'observe mon neveu, qui traîne la cuiller et discute: ha'a'aviti[3]! Mange enfin! On joue pas avec la nourriture!
De l’autre côté de la table, c’est le journal de RFO en langue tahitienne présenté par Heiata Buluc ; sans doute que ce soir, quand le repas des adultes s’ouvrira sur la prière, la voix de Natacha Szilagyi se mêlera au bénissez Seigneur notre repas et donnez…