Dimanche 4 octobre 2009 7 04 /10 /Oct /2009 01:00

Un samedi soir, ni les mo’otua ni les enfants n’étaient à la maison. Alani et Taurere partageaient une de ces soirées silencieuses que connaissent les couples qui s’aiment, marquées par les mêmes tâches de l’un et de l’autre. Alani préparait le repas et dans cette maison où toutes les portes sont ouvertes, l’odeur du petit salé lentilles, qui ne sortait pas d’une boîte, narguait tous les recoins de chaque pièce. Le bruit du couvercle sur la casserole, l’odeur du riz cuit, le bruit de la cuiller en bois sur la tasse en porcelaine, tous ces bruits qui se suivaient comme les notes d’une partition musicale, concordaient avec les mouvements de Taurere, qui de son côté, se préparait à aller à la messe de 18 heures.

Taurere et Alani fins prêts pour la messe de 18 heures, quittèrent la maison en laissant derrière eux la promesse d’un bon repas.

Le sermon du père Joël fut bu délicatement par les paroissiens, la prière de confession soulagea quelques culpabilités qui ont probablement fait sourire Dieu, et la chorale était encore dynamique et touchante, tant les voix remplissaient la demeure, alors que ce samedi soir à 18 heures laissait traditionnellement des bancs vides.

Avant le Khô Lanta de 19h 30 et ces Blancs de l’Hexagone qui passent à côté de pousses de taro sans les reconnaître, la messe du samedi soir à 18 heures est une messe bien douce que l’on préfère à celle du dimanche matin.

Il fait plus frais le samedi soir, le dimanche matin, la foule est colorée mais la chaleur fait coller nos jupes aux cuisses et ailleurs; s’asseoir et se relever, s’asseoir et se relever, et devoir décoller le coton de ma peau toute moite, est un exercice qui m’empêche de me concentrer sur l’essentiel : la méditation collective. Un dimanche matin, après avoir communié, je me suis agenouillée pour prier : j’avais tellement chaud, il faisait si lourd, que ma prière s’est faite tout de travers, elle a commencé par s’adresser à Dieu, et puis après je m’adressais à Sainte Rita, et puis ensuite à Jésus. Un trois en un bordélique, tellement pas possible qu’il est fort probable que les ouïes du Très Haut n’aient rien compris à mon charabia.

Ce samedi soir, tout s’est bien passé pour Taurere et Alani. Ils sont retournés à la maison, dans la nuit. A la sortie de l’église, un homme assigné à faire passer les voitures des paroissiens en priorité sur la route, agitait ses bras en haut, puis à gauche, puis montrait sa main. Enfin toute une agitation bien rituelle et locale, une sorte d'épilogue du 19 heures, un samedi soir, dans une commune de Tahiti...

Par Ariirau - Publié dans : les gens de mon pays
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