Partager l'article ! Du pain à ceux qui n'en ont pas (III): Alani conduit pru-da-ment et ne dépasse pas la limite de vitesse : elle respecte tout, les gens ...
Ariirau...
Alani conduit pru-da-ment et ne dépasse pas la limite de vitesse : elle respecte tout, les gens, les lois, Dieu et les enfants. Elle s’attend à ce que les autres en fassent de même pour sa propre tribu. Son époux est différent : il décèle tout de suite l’erreur chez les autres, son expérience de la vie fait qu’il est un de ces hommes qui parlent quand ils savent et qui se taisent quand ils ne savent pas. On ne pourra jamais supplanter nos pères.
Taurere aime lire la Dépêche, il semblerait qu’il ait transmis ce goût comme un gène à ses fils, dont la lecture se borne à la page 51, à droite de l’horoscope, au-dessus des résultats du Keno.
Dans la vallée il y a plein de dos d’ânes et de chiens au ventre creux, couverts de galle. La nuit ils dorment sur le bord de la route, ou traînent à la recherche de ce qu’ils n’auront jamais dans leur existence pathétique : du confort et du réconfort.
Alani et Taurere arrivent enfin chez eux, pour retrouver le réconfort de la table. Pendant que Taurere va se changer, Alani va dans la cuisine : la table était mise avant qu’ils ne partent. Elle allume la gazinière pour réchauffer quelques minutes le repas savoureux, bienvenu dans la fraîcheur du soir. Taurere allume le poste de télévision, s’assoit en bout de table, ouvre la boite en plastique, et prend ses petites pilules pour ci et pour ça, pour rendre le corps moins douloureux.
Sa femme arrive avec la cocotte chaude, avec l’assurance de ses jours.
Elle rejoint son époux, s’assoit ; ils font le signe de croix, prient, se signent à nouveau. C’est l’heure de manger :
On soulève le couvercle.
Dans le plat, il ne reste rien. Alani et Taurere se regardent et scrutent le fond de la cocotte. Alors elle se lève, saisit le téléphone et appelle ses enfants :
- Tu es venu à la maison quand on était à la messe ?
- Non mamie, pourquoi ?
- On a volé notre ma’a !
Le dialogue se répète avec le nombre d’appels. Alani vérifie que tout est bien à sa place dans chaque pièce et retourne dans la salle de séjour.
Alani et Taurere sont pensifs. Des gens se sont introduits dans la maison, ils n’ont rien pris, rien du tout. Ils sont allés dans la cuisine, ils ont mangé le ma’a, et ils sont partis, comme ça. Sur le coup, j’ai ri un peu nerveusement.
Et puis un peu comme on reçoit une claque, il faut quelques secondes pour comprendre ce qui arrive.