Jeudi 8 octobre 2009 4 08 /10 /Oct /2009 01:00


Dialogue entre deux entités, perturbées par l'endormissement du peuple: 
Chiche Vaiete Babouche & Céleste Rainui Dupoix

- Alors, dîtes-moi Céleste, où se trouve la frontière entre la grande manif, expression corporelle des citoyens, catapultée dans nos moeurs par les soixante-huitards tous devenus bourgeois (parce que tous les révoltés qui se médiatisent finissent bourgeois: On finit toujours par devenir ce que l'on combat ) mais qui a tout de même l'arrogance de vouloir changer les choses...
et la Révolution qui, dans un degré de violence supérieure, pousse les gens dans la rue et les oblige à changer, et les idées et les hommes au pouvoir?

-
A mon avis chère Chiche Babouche, cette frontière à géométrie variable se mesure au degré de la faim dans le ventre des manifestants ou des Révolutionnaires, si tu préfères:
Lorsque la faim les menace, ils manifestent;
lorsque la faim les assaille, ils font la révolution
.

- (N'oubliez pas mon middle-name, j'y tiens!) Ne sont-ce pas les sentiments d'injustice qui font la Révolution chère Dupoix?

- Non, les sentiments d'injustice ou d'abus de pouvoir ne sont que le sel, que le poivre, que dis-je, le "goût" comme on dit chez nous ! Ils ne sont que l'assaisonnement de la faim.

- Donc si nous vivons dans une société dont la civilisation d'histoire coloniale, n'a véritablement vécu de révolution que par procuration, c'est à dire dans les livres d'histoire de la civilisation occidentale, si nous vivons dans une société dans laquelle les barres de chocolat sont en vente à tous les coins de rue,  nous n'aurons que des manifestations et jamais de vraie révolution? Car il serait malsain de dire qu'on a faim dans une société qui affiche une surabondance alimentaire?

- En fait, avez vous des penseurs?

- Oui, nous en avons.

- Et que pensent-ils?

- Ils sont asservis par leurs idéologismes politiques, ils sont dépendants, en quelque sorte. Ils ne peuvent pas vraiment s'exprimer sans risquer d'être labellisés. Afin d'éviter l'ostracisme, ils se concentrent sur l'art et la culture qui sont des zones de libertés absolues.

- Etonnant: toutes les civilisations, tous les peuples ont connu la Révolution. La Révolution est un arbre avec des racines en haut et des racines en bas: les penseurs la cogitent et le peuple lui donne vie. La grande Nation française s'est bâtie sur la Révolution, et c'est bien la faim qui a poussé le peuple dans la rue. La Révolution n'est pas souhaitable, car elle est douloureuse et profondément injuste: des innocents y passent. C'est un traumatisme collectif mais qui apporte une certaine maturité à la population.
Maintenant, imaginez ma chère que la civilisation est un être humain: cet être humain passe de l'âge enfant à l'âge adulte sans qu'il n'y ait d'âge transitoire et formateur, nous avons là un adulte sans aucune expérience véritablement douloureuse de la vie. Uhm ce que je veux dire, c'est: qu'il faut souffrir pour s'affirmer et s'affirmer pour exister
.

- Que dire alors de la tradition des manifestations?

- La manifestation est à la Révolution ce que le chat est au Lion. L'un est domestique, l'autre sauvage. L'un a des petites griffes et l'autre une dentition acérée.

- C'est très beau, d'où vient ce précepte?

- Inspiration soudaine.

- La Révolution ne sera jamais une inspiration soudaine.

- Non, jamais. La fin de l'esclavage ne s'est pas réalisée en un jour. Bien avant que Voltaire ne le dénonce dans son Candide en 1759, cinquante ans avant cela, un homme Noir en témoignait dans un journal: il faut du temps pour prendre conscience des choses et les dénoncer.

- Donc pour en finir avec la faim: Tant que la faim sera masquée par la surconsommation de masse, il n'y aura pas de Révolution.

- En réalité, j'en doute fort. Malgré la barbarie planétaire qui subsiste et la souffrance animale sous la domination humaine, les civilisations contemporaines sont des civilisations policées. Le syndicalisme farfouille au rayon politique, les penseurs sont imprégnés de leurs convictions politiques, et les citoyens se remplissent le ventre avec un peu de tout; donc la faim est en territoire miné.

- C'est tant mieux: je préfère mon pays dans la paix, même s'il souffre.

- Il faut compter sur la puissance de Dame Nature: le traumatisme naturel finit toujours par forcer les Hommes à s'entraider. Aussi méfions-nous de l'eau qui dort.

***

Par Ariirau - Publié dans : le goût du jour
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