Lundi 29 août 2011 1 29 /08 /Août /2011 17:25

Dans nos blancs toutes les couleurs se fondent, mais jamais elles ne se renient. Je ne renierai pas ces racines, pour plaire aux ethnicistes, à ceux qui n'aiment pas les mélanges, à ceux pour qui le taioro sera toujours blanc, même s'il peut avoir le goût du coco, et qu'il a pu être préparé avec des mains brunes.

J'ai rêvé de mon pays quand j'étais loin. Des racines sortaient de mes gencives, écartaient mes dents. J'entendais le grincement de ces dents poussées par la force des racines. Au centre de mon front, la chair s'écartait en une fente au centre de laquelle des brins d'herbe verte poussaient à vitesse égale. Mon corps était pris par la terre. Alors je suis revenue ici. Je leur ai dit mon nom, ils ne m'ont pas crue.

J'ai rêvé de mon pays quand j'étais loin. J'étais une âme qui volait au dessus de plaines arides et couleurs ocres et brunes, le vent soufflait et berçait mon périple. Jusqu'au Pô où j'ai forcé la main et plongé jusqu'à essayer de sortir mon aîeule du Noir. Elle m'a appelée, alors je suis revenue ici. Je leur ai dit mon nom. Ils m'ont appelée par un autre prénom.

J'ai rêvé de mon pays. J'étais seule au milieu des Tupuna. Ils étaient une centaine assis en cercle autour de moi. J'ai cru apercevoir le visage d'une vieille femme et je me souviens encore d'elle. Ils étaient tous vêtus d'habits couleur terre, ils étaient tous vieux, aux cheveux gris, silencieux, assis, ils m'observaient. Le ciel était surpeuplé d'étoiles, venues nous observer. J'entendais une voix d'homme chanter, il chantait dans une langue incomprise mais ressentie, reconnue parmis des milliers d'autres. J'ai entendu le mot.

 

Ils ne disaient rien mais ils connaissaient mon nom.

 

Pour la première fois, j'étais en paix, chez moi. Sur ma terre.

 

Qui pourra m'arrêter en chemin? Sinon les ancêtres, eux seuls, qui ont tressé jusqu'à mon prénom et qui me laissent le choix d'écrire ma propre vie et celle des autres, aussi. Usée par la réalité du vivre, je ne rêve plus, mais il m'arrive de m'accrocher à ces rêves étranges qui ont fait l'effort certain de venir jusqu'à moi.

Par Ariirau - Publié dans : le goût du jour
Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés