critique littéraire

Vendredi 15 octobre 2010 5 15 /10 /Oct /2010 18:32

Call for Papers

The University of Pittsburgh French and Italian Graduate Student Association is proud to announce its second annual conference,

RELATIONSHIP STATUS:

IT’S COMPLICATED

February 24-25, 2011

Pittsburgh, Pennsylvania

Keynote Speaker: TBA

This two-day conference aims to center its discussion around the role of various contacts in a multitude of relationships within French and Italian studies. Participants are invited to consider the instances and implications of conflict, aggression, collaboration, pleasure, and desire within these voluntary or forced groupings, ranging from literature to cultural studies and beyond. Relevant themes and topics may include, but are not limited to the following relationships:


Colonizer/Colonized

Author/Reader

Citizen/Government

Real/Virtual

Teacher/Student

Parent/Child/Siblings  

 Love/Hate

Friend/Foe

Nation/Region

Human/Natural World

Queer/Normative

Subject/Monarch


We welcome abstracts from graduate and undergraduate students in all humanities and social science disciplines as well as all time periods. Presentations in English will be limited to a reading time of 20 minutes (8-10 pages). MLA-style abstracts of no more than 250 words should include a cover letter indicating the title, author’s name, affiliation, address, telephone number, and e-mail address.

Deadline for submission:  November 15, 2010.

 Please send your abstract via email to:

Maeva Mateos and Lauren Emerick, Department of French and Italian              

 University of Pittsburgh; Cathedral of Learning 1328

E-mail: pitt.frit.conference@gmail.com

 

Par Ariirau - Publié dans : critique littéraire
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Vendredi 16 janvier 2009 5 16 /01 /Jan /2009 01:43

JMG Le Clézio, avec « Ritournelle de la Faim », a obtenu le prix Nobel de la Littérature 2008, mais ce n’est pas ce prix qui m’a guidée à sa page.

C’est sa voix que j’ai entendue lors d’un reportage. Une voix douce et masculine à la fois, et qui a dit, tout simplement :

« Je n’ai pas de racines, j’ai des origines » (cliquez sur le lien)

 

Cette phrase a été pour moi, une clef qui a ouvert une porte jusqu’à présent fermée ; elle est encore mystérieuse et j’ai besoin d’y songer ; alors qu’en ce pays îlien francophone qui comporte en lui tous les gênes d’une histoire banalement coloniale et mondiale, le thème de la racine est si puissant, qu’on pourrait penser que nos arbres poussent à l’envers.

 

La faim/fin des écrivains ne provient-elle pas du fait, qu’en réalité, un écrivain n’a jamais de racines, que des origines ? Puisque le monde qu’il se créé et qu’il invente sur la page, peut être né tel quel, peu importe où l’écrivain se trouve. Pambrun, Ariirau, Brotherson ou Peu, n’étions-nous pas en dehors de nos frontières, loin de nos racines, à un moment de notre écriture, de la maturation de cette écriture ? Cette faim, ce manque qui creuse la réalité se construit en fictions, en images. Le manque de l’extérieur se comble et noircit la page.

 

Le thème de la faim est certes présent dans « Ritournelle de la faim » mais cette faim n'est pas identique à celle que l'on retrouve dans "Calcutta" de Duras; la faim s'éprouvre dans la description du quotidien: quand on a faim seul le quotidien, le temps présent a de la valeur, le reste ne compte pas; quand on a le ventre plein, on peut songer au passé, à l'avenir, s'évader. Ritournelle de la faim, et non pas « ritournelle de la fin » qui signifierait « refrain de la fin » erreur de mot qui n’en est pas une.

 

La voix de l'auteur, lors d’un simple reportage, m’a donnée envie de le lire. J’aime lire ce que les autres ne lisent pas. Je me suis donc résolue à acheter un roman qui faisait la vitrine, ce que je ne fais jamais d’habitude. Ritournelle de la Faim « se lit bien », comme dirait l’autre. L’histoire en elle-même vaut peut-être toutes les histoires. Non, l’intrigue en elle-même, ce n’est pas là le parfum d’encre de Le Clézio.

 

Ce roman commence par une image et s’achève sur le toucher d’une matière.

 

L’image que je peux vous décrire, c’est celle-ci : un grand-père ou grand-oncle, se tient debout dans le coin d’une rue de Paris, il donne la main à une petite fille qui ne dépasse pas sa jambe. Le Clézio décrit d’une façon très détaillée les lieux géographiques dans ses histoires, sa mémoire est à la fois urbaine et rurale. D’un seul coup semble-t-il, notre regard se soulève au dessus de ces deux personnages, la pluie se met à goutter sur Paris et les parapluies noirs de la foule se déploient presque simultanément, comme des fleurs qui s’ouvrent à l’aube.

C’est le jour de l’exposition coloniale, ce zoo qui exposait de façon inhumaine des zestes de peuples océaniens et africains dans des reconstitutions de huttes ou de fare.

 

 

Le toucher de la matière, c’est celui de la veste de Laurent Feld, lorsqu’il descend du train ; c’est une veste rêche, épaisse, de couleur neutre. Sa matière rude sur la peau fine de la joue d’Ethel ne m’a pas laissée insensible. Elle m’a transportée dans un monde où le tabac se fume à la pipe, où les trottoirs sont gris et l’air frais vivifie le sang des joues des enfants.

 

La faim. C’est celle qu’aura sans doute connue Le Clézio dans son enfance, comme celle qu’a connue mon père. C’est du thé préparé avec des épluchures de pommes. C’est du lard aussi dur qu’une semelle.

 

Comprenez pourquoi une intrigue, un roman ne doit pas se contenter d’être une simple histoire : mais des sensations, des émotions réelles, palpables, des images. Le roman doit nous procurer des souvenirs qu’on n’a pas, qui nous manquent, qu’on pensait avoir, ou qu’on a oubliés. Le roman doit donner de l'âme aux mots. J’aime plus que la voix de Le Clézio, cette façon qu’il a de faire de l’histoire individuelle une histoire qui dépasse l’histoire de l’humanité, et rappelons nous, que nous n’avons pas de racines, mais des origines- ma’ohi, celtes, romaines, lointaines ou proches...

L’existence des anonymes flotte au-delà de l’Histoire tout-court ; elle s’ouvre, comme une myriade de parapluies noirs, qui noircissent la page d’une réalité plus puissante que les manuels scolaires ou les articles scientifiques. C’est la beauté de Ritournelle de la faim, éternelle répétition de la fin sur la planète des écrivains sans racines, mais qui ont des origines.

Par Ariirau - Publié dans : critique littéraire
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Jeudi 2 octobre 2008 4 02 /10 /Oct /2008 00:42

La place du corps est prédominante dans l'expression artistique locale. Dans la danse, certes, mais autant dans les tableaux de Sarahina, Bousquet, Gotz (et encore...) que dans notre littérature plus récente. Je me souviens d'une scène qui m'avait fait sourire dans le roman HUTU PAINU où le personnage principal joue la séduction devant un miroir. Le corps peint, tatoué ou écrit, est avant tout un corps sensible, mais aussi un corps érotique (tableaux de Sarahina) et un corps en mouvement (Bousquet) ou en-corps, un corps qui transperce l'espace-temps (Gotz). Le corps mâle trouve sa place dans un monde de corps femmes, mais il ne domine pas, pour l'instant: le Tahitien est un narcisse aveugle (jusqu'à l'épisode de la couverture bleue qui recouvre le corps malade d'un enfant)

ci dessous un article paru dans Litterama'ohi 13 intitulé "Corps humain, corps social", & quelques tableaux d'artistes locaux.























(Wind song,
Jean-Luc BOUSQUET: immersion du corps dans le vent, fusion de la matière, sentiment de fluidité corporelle)

à gauche, tableau de Sarahina "Liberté de penser": toujours et souvent des corps nus de femmes, le corps enveloppe de l'esprit. Une beauté souvent androgyne du corps dans ses tableaux. Les corps sont aussi en mouvement, élastiques, et avec toujours la présence animale: on retrouve le poisson, la colombe, le chat. Placements des corps humains avec les corps astrals, mais aussi éléments naturels tels que l'eau... le nom du peintre Sarah/ Hina (femme juive, femme polynésienne) double le thème féminin. La transgression du corps nu est d'autant plus grande pour l'artiste qui évolue dans un monde politique et social très croyant.



Ton corps c’est ton pays
(1) est une phrase que l’on retrouve à plusieurs reprises dans Matamimi et dans Je reviendrai à Tahiti (2). Elle signifie que l’être n’a d’autre identité que Soi, elle signifie que l’universalisme est la seule valeur nationale qui vaut la peine d’être combattue. Elle est à la fois la volonté profonde d’être libre des autres, de n’appartenir à personne et de délimiter son ‘territoire’ à la seule valeur sûre : celle du corps. Le corps n’appartient pas ‘au pays’, puisqu’il est un pays à lui seul. Il s’agit de déconstruire les hyper nationalismes sous-jacents, identitaires et sectaires qui pourraient finir par scléroser la littérature post-coloniale insulaire. Mais aussi Ton corps c’est ton pays, ton pays c’est ton corps c’est une volonté de décomplexer le personnage femme insulaire, c’est un message de liberté.



La découverte du corps se fait par la sexualité, le contact à l’autre. « La sexualité est la façon la plus abrupte de parvenir à une prise de conscience » (3) La découverte de l’amour est une expérience douce et tendre pour le personnage de Mutismes (4), la description de la scène du cunnilingus est remarquablement pudique : « J’ignorais tout de mon corps »… « J’ignorais tout de mon sexe et il y est entré le premier avec une tendresse que je ne pourrais plus oublier. » (5) Rien à voir avec le personnage de Clara dans Je reviendrai à Tahiti, qui revendique le vulgaire, une sexualité presque sadienne où le corps de soi est un objet, une machine à jouir : « Il y a quelques annonces bien cochonnes, ça distrait (...) Elle se met nue sur son lit. Le vibromasseur est trop bruyant, quand se décideront-ils à en confectionner de silencieux » (6) ou encore, la narratrice n’hésite pas à chavirer dans le burlesque sexuel, pour ridiculiser l’homme, l’émasculer psychologiquement, pour lui montrer que la jouissance est quelque chose qui se déclenche et que les sentiments n’y sont pour rien. Elle souhaite renverser ce sentimentalisme qui colle aux femmes dans une société superficiellement phallocrate. C’est presque une autodestruction où le corps est réduit à un simple objet, méprisé.

Elle se fait à soi, ce que les hommes lui ont fait (7). On se retrouve quasiment dans le même schéma d’aliénation de soi dénoncé par Frantz Fanon dans Masques Blancs, Peaux Noires, sauf que dans ce cas précis, il s’agit du corps-pute et non pas de la couleur de la peau. Le corps-pute dans Mutismes, lui, n’a pas le droit de jouir parce que la jouissance est réservé à l’amour : « Si seulement Lola pouvait simuler… par mensonge. Oui, je désirais qu’elle n’y trouve là, aucune jouissance. » (8) Mais le personnage central de Mutismes, comme Clara de Je reviendrai à Tahiti, n’échappe pas non plus à cette volonté de se désengager de l’amant : « Ecarter les jambes. Je supportais de moins en moins cette humidité, entre les cuisses. Parfois, je remuais les hanches pour que ça aille plus vite, et je savais que ces petits râles aidaient Rori à en finir. Je le trouvais pitoyable (...) j’éprouvais plus de plaisir lorsque je laissais l’eau (...) m’envahir » (9). Le nom même de l’amant ‘Rori’ (10) désacralise la puissance du Phallus, en incarnant le concombre de mer, trop mou pour être puissant.

Ci-dessus, un tableau de GOTZ, intitulé "Eve, douce tentation": l'aspect biblique est incontournable (la pomme), une nudité à peine dévoilée et pudique. On devine un serpent-anguille, tendrement enlacé dans les bras de la femme. La difficulté de l'artiste polynésien est qu'il évolue dans une société hautement religieuse et que le sujet/ l'interprétationdu corps peut être facilement transgressif...


Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la sexualité dans la fiction littéraire polynésienne n’est pas récente, en tant que thème : La retranscription des légendes de Maui est ponctuée de nombreuses scènes érotiques relevant parfois du fantasme du narrateur (11). Ce qui a évolué, par contre, c’est la politisation du corps féminin dans Mutismes, Matamimi, je reviendrai à Tahiti. Un phénomène de féminisation du corps social dans une narration omnisciente où l’on ne sait pas ce que pense l’homme, mais on sait tout de la femme, ou presque.

Ci dessous, "Odyssée" de Jean-Luc Bousquet: Ici le corps de femme combat l'élément eau; la gestuelle qui relève à la fois de la nage et de la danse, est gracieuse. Presque sirène. Le corps émet des ondes dorées, il est en suspension. Mais toujours actif, toujours en mouvement. Jamais passif.

Le corps, c’est le Corpus, l’ossature de notre littérature contemporaine. Autrefois, le corps était le support de l’histoire de l’Homme polynésien, le tatouage ancré dans la peau symbolisait l’entre deux mondes : Ni à l’intérieur du corps, ni à l’extérieur de la peau, le tatouage était la transcendance de la frontière. Le nouveau corps emprunt d’encres est celui de notre littérature. Le corps articule un ‘langage dans la littérature (12). Dans le cas de Je reviendrai à Tahiti, il s’agit du langage de l’entre deux mondes, interprété par le thème de l’homosexualité : « Les homosexuels sont partout (...) il y a des clubs homos, des cinémas homos, des magazines homos, plein plein de trucs, juste pour les homos. Je me demande, si moi-même, je ne suis pas un peu lesbienne sur les bords, tu sais. Je t’avoue, je ne sais plus qui je suis. Je passe plus de temps à regarder les femmes que les hommes. » (13) Le personnage hétérosexuel identifie l’homosexualité à un monde de « l’entre-deux », bien démarqué et communautaire à New York. Subconsciemment, elle fait l’amalgame entre son manque d’appartenance à quelque pays que ce soit, l’entre-deux mondes américain dans lequel elle vit, entre la France et la Polynésie, jusqu’à confondre sa propre identité sexuelle avec son identité tout court. L’homosexualité en tant que communauté est une ‘découverte’ puisque dans son pays natal l’homosexualité demeure de l’implicite, de l’intimité. Elle ne se sent même plus désirable au regard des hommes : « Il y a des critères, je n’y correspond pas. Je n’aime pas me maquiller et j’ai horreur des talons et des jupes » (14).


[Ci-dessous "Patia Poro" de Sarahina: exemple du corps mixte-androgyne, avec une relation (humoristique?) avec le billard, la queue de billard et les boules de billards. En arrière plan, des tâches "d'encre", pour un corps qui fait tâche. Toujours la colombe, symbole de la liberté (de penser: elle est posée sur la tête). Corps élastique qui ne semble pas avoir d'articulations, tout est rondeur.]



Le personnage éprouve ce sentiment du corps hors norme : pas la bonne couleur de peau dans son pays, et toujours pas le critère de beauté dans celui des autres. Le corps hors-norme dans la littérature polynésienne est le corps de la femme. Ce qui touche le plus dans Mutismes et Je reviendrai à Tahiti, c’est le délaissement du corps « beau » pour le corps « sensible ». Cette absence du culte de la beauté du corps féminin dans la littérature insulaire contemporaine et femme, est le contrecoup de l’overdose du culte Miss, célébré à outrance, véritable sport national insulaire. Ce qui prime dans Mutismes, c’est le sensible : « Un homme pleurait et je n’avais jamais vu cela… j’observai, sans m’en rendre vraiment compte, ce corps ferme si mâle et désespérément attirant. Et j’ai eu envie de lui. Peut-être par pitié… J’ai ressenti des frissons, une intense chaleur au niveau du sexe. Le besoin angoissant de remplir ce dernier d’une vie et d’un amour qui m’avait manqué, sans que je le sache réellement » (15)

L’homosexualité est également abordée dans la littérature populaire, sous forme de voyeurisme, par exemple, dans L’arbre à Pain : « Il y a Lily qui est couchée toute nue sur un tapis et il y a une femme (toute nue aussi) qui est sur elle et elles se tortillent toutes les deux dans la position du 69 (...) c’est pas grave Lily doit être fiu de ces hommes jaloux qui lui font toujours des ennuis » (16), mais également sous le thème de la prostitution.

Si Jean-Marc Teraituatini Pambrun n’a pas abordé l’homosexualité, c’est sans doute parce qu’il n’a pas encore croisé de personnages homosexuel. Mais le corps, chez l’écrivain homme, a également une place centrale dans notre littérature : Dans Le Bambou Noir, il s’agit du corps-éponge. Le corps du personnage principal, le Tahitien, est imbibé des douleurs de son peuple : « Il passait ainsi des heures de martyre dont son corps n’aurait pourtant jamais porté de quelconque stigmate » (17). Le corps-éponge illustre l’explosion atomique infligée au paysage. En effet, le corps du personnage semble se décomposer et se recomposer sans cesse, formé de particules déchirées et douloureuses. Le narrateur a-t-il subconsciemment ou volontairement fait du corps humain un corps social ? Mais comment est-il possible de ne pas voir nos essais nucléaires dans le corps douloureux du Tahitien ? « Au matin, il sentait à nouveau tous ses atomes reconstitués et parfaitement remis à leur place » (Le Bambou Noir 201), le Tahitien pousse un cri rauque « pour expulser toutes les particules négatives que ses sombres pensées avait diffusées dans son corps » (BN 207) , «Il avait l’impression que son corps était brisé en mille morceaux de désespoir » (BN 228), « il souffrait autant que s’il se dépeçait vivant, pour ensuite débiter sa chair et se démembrer » (BN 248)



Le corps de l'esquisse est prisonnier dans un filet. C'est un corps-entité, dans une pose foetus. La plume, avide de liberté, sort du filet, les tâches sur la toile peuvent être apparentées au sperme du Tahitien, mais ce n'est pas le cas. Le visage et le corps sont séparés: le masque a les yeux fermés, il indique le visage du mort. On retrouve, partout, ce désir de liberté exprimé par le corps, dans la littérature, la peinture, l'esquisse.
A considérer que si ce qui fertilise la création artistique est la liberté de penser, la liberté d'être, les artistes polynésiens expriment un message: le sentiment d'être libre est constamment menacé d'intolérance.



Plus loin encore, dans cette analyse du corps chez Jean-Marc Pambrun, qui transgresse des frontières : le personnage va jusqu’à féconder l’esquisse, seul et unique élément féminin auquel il restera fidèle toute sa vie. L’esquisse est ce miroir absent du texte, qui n’en est pas moins un miroir de son subconscient. En conséquence, lorsque le Tahitien éjacule sur son esquisse, c’est sur lui-même. Il s’agit là de narcissisme. L’homosexualité est souvent perçue comme un narcissisme du corps. Mais l’esquisse représente le Soi-femme du Tahitien. C’est une elle-aile qui lui permet de s’envoler dans tous les sens du terme (jouissance physique et psychologique) Enfin graduellement le rapprochement entre corps humain et corps social se fait. « La société est obèse » Le narrateur du Bambou Noir inverse la tendance, c’est la société qui se transforme en un ‘corps’ comme un chassé-croisé de la matière humaine et de la matière sociale. Le Tahitien « a concédé qu’il avait l’impression de muter en une nouvelle espèce locale qui tenait à la fois du travailleur immigré et de l’exilé dans son propre pays. » (18) Ce que le Tahitien ne voit pas, c’est que sa mutation du corps est un miroir social de son pays natal. Son corps mutilé et humain est celui de la société qu’il décrit. Le corps du personnage de Mutismes abandonné et plein de désirs, ce corps humain est celui de la société qu’elle décrit. Le corps de Clara dans Je reviendrai à Tahiti, un corps errant, égoïste, autoritaire, et amputé, est le corps humain, ce corps de la société dans laquelle elle vit. La société qu’elle décrit. Sans jugements que le sensible. Titaua Peu et Ariirau sont les deux seules écrivains qui abordent le thème de la masturbation féminine et ce rejet implicite de la force phallique fortement présente dans la violence sociale de leur pays (19). Il semblerait qu’un autre mouvement littéraire s’engrange dans le post-colonialisme (20) de Devatine et Spitz et qu’il le dépasse. Il n’est pas féministe, ni uniquement sexuel. Mais il traite du corps comme matière sensible, complexée, complexe et pensante, au-delà d’une idéologie quelconque, si ce n’est peut-être, la Dissémi-Nation du corps humain dans le corps social, forme de corps-éponge qui absorbe le noir et blanc de son environnement social et qui devient un pays en soi. Non pas comme l’entend Homi Bhabha à l’échelle identitaire (21), mais comme l’expriment les métatextes de Jean-Marc Pambrun, Titaua Peu et Ariirau :

 le corps humain se fond dans la société et la société se fond en lui, par amour ou par souffrance. Le corps humain migre, avec lui migre le pays : tous leurs corps partent pour la France et reviennent.

Que nous rapportent-ils de leurs voyages?



(1) Ariirau, Matamimi. Papeete : Au-vent-des-îles, 2006.
(2) Ariirau, Je reviendrai à Tahiti. Paris : L’Harmattan, 2005.
(3) Le Magazine littéraire, septembre 2006.
(4) Titaua Peu, Mutismes. Papeete: Haere Po, 2003
(5) Mutismes, 64.
(6) Je reviendrai à Tahiti, 113.
(7)« Elle veut son plaisir tout de suite (...) :- Mais enfin mon vieux, c’est comme ça que tu baises ! (...) Je peux me faire jouir toute seule, je n’ai pas besoin d’un vieux Chinois comme toi ! (...) Il se retrouve face à elle qui (...) prend son plaisir à deux mains (...) : - Je suis occupée. J’ai besoin de concentration, laisse-moi tranquille ! ordonne-t-elle »
(8) Mutismes, 125
(9) Mutismes, 125-126
(10) un concombre de mer : noir, mou, phallique, visqueux.
(11) Teuira Henry, Mythes tahitiens. Paris : Gallimard, 1993
(12) Punday, Daniel ‘Foucault’s Body Tropes’ New Literary History, 2000, 31: 509-528.
(13) Je reviendrai à Tahiti, 107-108.
(14) Je reviendrai à Tahiti, 108.
(15) Mutismes, 63.
(16) Célestine Hitiura Vaïté, L’arbre à pain Papeete : Au vent des îles, 2003 (122-123)
(17) Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun, Le Bambou Noir. Papeete : Editions le Motu, 2005 (200)
(18)Le Bambou Noir, 265.
(19) Statistiques sur les viols de femmes et femmes battues en Polynésie qui battent les records métropolitains de loin.
(20) Attention le “post-colonialisme” en littérature n’a rien à voir avec la politique: il s’agit d’un mouvement littéraire qui se définit comme « un espace de négociation », C’est un ‘concept littéraire dans la mesure où le rapport entre minorité et langage, pouvoir et langue est au cœur de sa généalogie’, François Cusset dans French Theory 153-154
(21) Homi Bhabah, Nation and Narration et The Location of Culture New York: Routledge, 1990 et 1994 (p.291 & p. 139 respectivement)

 

 

Par Ariirau - Publié dans : critique littéraire
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Dimanche 28 septembre 2008 7 28 /09 /Sep /2008 06:53

Philippe DRAPERI (15 Oct 1952- 22 Fév 1992) finissait, en février 1989, O Taiti ou la nef des fous, actuellement chez HAERE PO.

Le petit ouvrage combinant les extrêmes d'un monde clos, celui de l'île, avait été à la fois détesté et approuvé, passé de main en main, mais il n'en révélait pas moins des réalités de notre univers insulaire, où l'homme étouffé dans le clanisme, subis (sait) une profonde solitude.

La Nef des Fous, tout d'abord, c'est l'histoire démente de Sébastien Brant, sortie un jour de carnaval. Le carnaval, c'est quoi? C'est ce jour particulier, où les pauvres peuvent se ficher des nantis, où les aristocrates et les religieux sont la risée du peuple, un jour où pour soulager son impuissance, on fait semblant d'être l'autre: on se déguise en moine grossier, on fait le fou, une journée de folie inscrite dans la normalité, pendant quelques heures. Ce texte est né pendant le moyen-âge en 1494, il décrit les vices psychologiques de l'être humain: des "gens biens", plutôt que la lie de la société, sont embarqués sur la Nef des fous. Sept milles vers pour un miroir de la folie, qui se cache là où on ne la voit pas toujours.


Pourquoi Draperi a-t-il intitulé son ouvrage "La Nef des fous"?



Le rapport au moyen-âge
: Il constate que La pensée religieuse est la seule pensée intégrée par les insulaires. Ainsi, ce peuple ne connaît de l'Occident que le Moyen-âge de sa pensée (17)


Le rapport au monde clos de la Nef
: L'éloignement, l'insularité est un monde clos;


Le rapport à la folie
: il identifie dans chaque communauté des troubles psychiques; ainsi, Philippe DRAPERI écrit:


- Il y a chez le Polynésien une propension à la schizophrénie. Un homme (ou une femme) habité par deux ombres chez lequel le passé, parce qu'inconnu, pèse d'un poids trop lourd sur un vernis culturel nouveau, essentiellement forgé par la religion. (17)
Philippe DRAPERI donne ainsi l'exemple de la relation du Polynésien à l'homme Blanc, le capitaine Cook: "un jour attaqué, mangé et puis pleuré"


- Les Chinois connaissent des troubles psychiques inévitables. On constate l'oubli progressif des us et coutumes asiates et cela est symbolisé par une perte sévère de la langue chez les jeunes (19-22)

- Le demi fonctionne sur un mode paranoiaque: excroissance du "je", sentiment de persécution, volonté de puissance (23)
D'après DRAPERI, c'est bien le Demi qui considère l'Occidental comme un usurpateur, et non pas le Ma'ohi.Ce "Demi", d'ailleurs, revendique un discours politique traditionaliste: il instaure en "supposées 'valeurs polynésiennes'", artisanat, traditions orales et danses. Soit point d'économie traditionnelle, point de rivalités ancestrales entre vallées et grandes familles. L'histoire est réécrite, les coutumes faussement reconstituées au seul profit d'une bourgeoisie urbaine.

- Les immigrants/ papâ'a, une fois installés, le tour de l'île accompli, (subissent) un lent travail de dégradation psychologique: pas ou peu de famille, des amis volages, une lourde solitude les envahit et l'on se surprend avec quelqu'un d'inconnu: soi-même.(11-12)

Tout ce beau monde vit dans la promiscuité sur "la Nef des fous"/ l'île. La mémoire collective subit le temps figé: l'oubli est interprété comme une perte d'être, il en découle une fertilité artistique, parfois, une "véritable inflation picturale" (14) due, sans doute, à la perte des mots.

Mais, "On ne peut oublier que ce qui a été appris, les Polynésiens ne sont pas amnésiques à propement parler, ils sont ignorants de leur propre culture. Leur STABILITE future dépend ainsi plutôt d'une réelle volonté de savoir que d'un effort de mémoire."

L'étude de l'espace temps révèle l'existence de mondes parallèles: ainsi Parfois des connaissances disparaissent, on les croit parties, mortes, évaporées. Eh bien non! Elles n'ont cessé de vivre à côté de nous dans des coteries ou des communautés parallèles. Et tout ce monde se croise, s'oublie, s'ignore et complote, pour surtout passer le temps. (12)

 Philippe DRAPERI constate aussi que la "Polynésie est porteuse du thème de la mort": la littérature en est imprégnée (relatif, la mort est un thème littéraire, général)

Ce qui remonte de ce texte, ce sont les paradoxes:  Selon DRAPERI, c'est pour mieux franciser la population que l'on a intégré le reo tahiti à l'école; également, c'est pour mieux contrôler la Polynésie française, que le gouvernement central a cédé quelques pouvoirs décisionnels aux demis.

Explication.

Après 200 ans de colonisation, la langue française est si mal parlée ici à la différence d'autres territoires. Dans la cervelle MA'OHI, rien n'accroche (notre) culture, non forcément, comme certains le crient par manque de volonté ou d'effort, mais parce qu'il glisse sur une absence, celle de la civilisation polynésienne elle-même. Les mots nouveaux ne sont pas assimilés par ce que les mots anciens font défaut... cette manière de dire non à la langue française est le seul acte de résistance d'un peuple qui ne se révolta presque pas (21)

en intégrant l'idiome polynésien en classe, on oeuvre pour une intégration plus profonde encore de la population autochtone à la culture occidentale. (22)

En ce qui concerne le "pouvoir", l'essentiel est, selon Philippe DRAPERI, "de présenter la Polynésie prise en charge par les siens alors qu'elle est guidée par d'autres. Ce qui se comprend quand on sait que l'Etat moderne, plus macchiavélique que jamais, ne cède en rien son pouvoir mais peut accorder quelques attributs et titres de consolation à ceux là mêmes plus susceptibles d'entraver son autorité et sa perennité."

Le dernier volet de la Nef des Fous de DRAPERI se consacre à la sexualité, pierre angulaire du mythe. Le club Med a été conceptualisé dès Bougainville: "Des Polynésiennes demi nues aux sourire avenants... des petits cochons rôtis..."
L'auteur délimite les frontières entre Mahu, raerae, petea. Il aborde la question de l'inceste, qui ne peut être cerné par Levi Strauss et sa théorie de la prohibition de l'inceste comme passage nécessaire de l'état de nature à celui de culture.

Enfin,  et je m'arrêterai là dessus, même si, sans doute, il y a encore plus à dire: DRAPERI aborde le schéma du "collectif" contre l'individu: sur la Nef des Fous, l'individualisme n'est pas compris. Tout est collectif: le viol, le harcèlement, la pensée. Celui ou celle qui est en marge et qui ne correspond pas aux autres, sera forcément ciblé (e) par les autres. Le Polynésien, conclut Philippe DRAPERI, s'accroche à toutes les formes associatives, culturelle, sportive, politique, pour (sur)vivre dans le groupe.

On retrouve là l'esprit du groupe, le pupu, disserté par Jean-Marc Tera'ituatini Pambrun, article que l'on peut trouver soit sur son blog (lien colonne de droite: l'écriturien), soit dans le bulletin des Sociétés Océaniennes.

O Taiti ou la Nef des Fous, par Philippe DRAPERI, chez Haere Po.

 


Par Ariirau - Publié dans : critique littéraire
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Mercredi 20 août 2008 3 20 /08 /Août /2008 04:12
Et pourtant, elle prolifère, la littérature de masse. Plus que jamais vulgarisée et pratiquée par tout un chacun, un peu partout, à tout moment de la journée, la langue écrite se transforme et se travestit selon les humeurs de l'être humain qui la pense.

Simultanément, persiste le sentiment que rien ne s'innove vraiment, un peu sans doute par la technologie et encore, y-a-t-il un dépassement possible de tout ce qui a déjà été dit et écrit?

Relire "Candide" et songer que Quentin Tarantino aurait pu en faire une superproduction gore n'est pas chose burlesque, quand on y lit que la pauvre Cunégonde se fait couper une fesse pour nourrir des ingrats qui craignent la faim.

Quand Diderot donne la parole aux vagins des femmes dans "Les Bijoux indiscrets", ils s'avèrent très bavards- et très francs sur le monde, sur la vie, sur les hommes.

Que penser du Roman de la Rose, surgissant d'un moyen âge bien barbare, où l'image du vagin de la femme apparaît denté et croqueur, où le pet représente l'âme, où la vieille défend et légitime l'acte de prostitution, où le bouton de rose met en émoi les lecteurs du 21ème lorsqu'il s'agit de penser, qu'il ne serait, peut-être, sans doute, au bout du compte, qu'un petit anus portant le nom d'une fleur qui sent bon ? La métaphore existe pour tuer l'ennui et la certitude.

Pauvre républicain de Sade, qui expire son dernier souffle de vie dans une immondice poussiéreuse de pauvreté, alors que Houellebecq gentiment, et Mme K ou H, décrivent un érotisme voisin et réaliste, celui de la pénétration légalement interdite aux Etats Unis et dans quelques autres nations de quelques autres continents.

Nous vivons à deux ou mille siècles d'eux, quand ils sont bien loin devant nous: Certaines sociétés diverses usant de technologies contemporaines seraient incapables d'intégrer la langue brute de quelques génies du passé; tellement ils transgressent. Mais ils ne font que transgresser une réalité de nos vies de barbares, étouffées dans les moeurs et la pudeur, dans le rejet de ce qui pourrait exister. Le sentiment de honte les affligeait-il parfois?

Diderot prenait à la fois de la distance (émotive) et scrutait indéfiniment le genre, la chose, la vie. Sans jugement de valeur.

Parce que c'est le jugement de valeur qui tue: la force de l'être blessé, meurtri, est de pouvoir juger la production d'autrui en dépassant le mal qu'il a pu lui faire. C'est une force qui n'est pas donné à tout le monde. Ceux qui s'en servent, sont des guerriers.

En parlant de guerrier, que penser de cette scène abordée par personne, dans le Bambou Noir, qui m'a pourtant intriguée, elle était transgressive: le Tahitien qui n'éjacule pas dans sa femme mais sur son esquisse. Une esquisse organique, hors du monde, plus vivante que le monde, aussi vivante que ne l'est Matamimi.

Ecrivains parfois incompris, ils ont dépassé les jugements de valeurs des hommes, de la société qui les encadrait, qui les étouffait, et ils ont accouchés d'oeuvres sans âges, par leur langue brute. Langues brutes trempées dans les encres de la honte du genre humain, où la page n'est rien d'autre qu'un simple miroir perçant du liseur.

La littérature est beaucoup plus perverse qu'une simple image: doit-on cacher ces quelques livres qui cotoient le collège et la cathédrale de Papeete? De la même façon qu'on aura demandé d'ôter l'affiche publicitaire d'une jeune femme, ventant dans une position sensuelle, des sous vêtements en dentelle?

La littérature est-elle devenue une langue morte que personne ne veut penser parce qu'elle est trop brute ? L'écrivain vit dans la marge et le contact social peut lui être une douleur. Je ne parle pas de ces écrivains aux prix Pulitzer, de ceux là qui volent sur les ailes de l'indépendance en s'imaginant une rue portant un jour leur nom, dans l'horizon lointain de l'avenir de mon pays. Je ne pense pas aux écrivains qui n'ont jamais de besoins. Je pense à l'écrivain qui a toujours des besoins. Celui qui vit dans le manque. Celui qui est malheureux. Celui qui souffre, qui n'est pas satisfait. Et loin de moi, l'envie de comparer qui à quoi. Nous vivons tous l'expérience de la souffrance et de l'humiliation. Et je plains ceux qui n'ont jamais connu le sentiment de l'échec et de la frustration. Car c'est sans doute le terreau fertile de nombreux romans.

Matamimi sera mon roman à part. C'est une boîte que je n'ouvre pas, car je sais que si je l'ouvre, les sentiments font faire boule au fond de ma gorge, comme des pelottes de laine. Ma fille est certainement plus vivante que tous les cons qui peuplent mon monde et le vôtre, sans doute. Langue de brutes, sans doute, mais ma fille à moi, elle est éternelle, et surtout. Je l'aime. Et ses frères et soeurs l'aimeront aussi.

De Matamimi on parlera de tout, sauf de l'avortement, sauf de la scène où l'excessive mère décrit l'index comme le rédempteur de toute une génération de féministes, voyant en l'apologie de la masturbation, la liberté.

On ne se pose pas non plus la question de savoir que fait la scène du requin mutilé et amputé de ses ailerons, puis rejeté à la mer, à l'ouverture de Je reviendrai à Tahiti.

On est incapable de se remettre en question à la lecture d'Implosion. Bien au contraire, on en rajoute une couche de calomnies et d'ostracisme, comportement îlien servant de catharsis aux égos pervers. Mais si je n'avais pas souffert, les entités ne seraient jamais nées. Et il me plait de relire cette petite scène de théâtre et de visualiser la petite entité sur la scène, et les autres aussi, en train de la huer.

Pambrun accouche l'écriture dans la douleur. Moi, c'est la douleur qui me fait accoucher de l'écriture. Avec ce drôle de sentiment, que ce que mon subconscient me dicte, est chose qui se réalise avec le temps. L'irrationnel nous donne le droit d'avoir tort.

Il faut tout mettre en brut, la fainéantise de penser l'image ou la scène, comme étant un langage autre, submerge parfois le lecteur contemporain qui lit sans lire. Tout doit être brut, pour être compris. Pourtant l'épluchure de l'orange ne vaut pas grand chose sans l'éclatement de ses pores amers.

Idem pour le texte.

C'est quand on est sûr de soi, quand on est dépassé par son "soi", qu'on ne produit rien de bon: la langue morte est une langue de la certitude, une langue qui n'évolue pas, qui se refuse à toute mutation orthographique et stylistique. Tous les styles sont permis en littérature et tout a déjà été écrit.

Confondue, la malheureuse, avec des ouvrages sociologiques, biographiques, anthropologiques, elle ne devient plus rien d'autre, que l'expression egocentrique de quelques narcisses pervers, et on est bien loin, alors, de l'acte de générosité de JP Sartre.

Pourtant, tout me/nous pousse à la page. Un attachement fécond à ce monde virtuel qui peut former un être, non pas dans une éprouvette ou un ovule, mais à partir de la matière sensible et réfléchie.

Du vécu, de son bonheur ou de sa souffrance: faire naître et revivre, compenser.

Et prévoir ou faire éclabousser l'injuste, gravé sans équivoques. Chaque nid d'infection est un noeud de création. L'écrivain est une éponge d'encre, il "absorbe", comme la soeur et le frère de Si près de la vague. Ainsi la vie se moule, et se renforce-t-elle comme la cicatrice qui durcit et gonfle la peau en croûtes.

Il n'y a rien de pessimiste dans tout cela, qu'une langue brute, une langue de brutes.

Et comme un sabreur qui lutte, un écrivain poursuit son parcours en dépit des coups qu'il reçoit, en dépit de la menace qui pèse sur tout un genre, parce que très peu pèsent ce que les mots  déclenchent. Jusqu'au jour où de simples mots, parfois injustement bruts, les blessent avec la force du marteau.

Par Ariirau - Publié dans : critique littéraire
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