le goût du jour

Mardi 23 février 2010 2 23 /02 /2010 23:58

L'univers est en expansion constante, et dans notre réalité, la vue s'arrête à l'horizon, le monde est cadré, limité. L'écriture, simple bout de papier gribouillé, à première vue, est certainement plus q'un but, qu'un objectif.

C'est une vie parallèle, une autre réalité, une autre dimension à l'antipode de toutes les certitudes. Un peu de volonté, un peu d'effort, et nous sommes transportés, devenons autre chose, nous voyons autrement qu'avec les yeux.

Nous rejoignons nos ancêtres, notre descendance s'agrippe à nos jupes, nous enlassons des étrangers, nous luttons contre nous mêmes. La matière plastique et fade d'un simple clavier devient tout simplement vectrice d'une énergie indéfinie qui monte un mur tout autour de moi, comme une carapace et rien ne peut m'affecter, ni les sons ni la matière. M'empêcher d'écrire, c'est me détruire à feu doux, me lier les poings, c'est brûler mes rêves, c'est faner ma vie. Le scandale, c'est que je n'écris pas pour être lue, je suis une égoiste, mais pas tant que ça, parce que je lis les autres. J'écris pour fuir.

Tout ça pour ça.

Par Ariirau - Publié dans : le goût du jour
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Jeudi 7 janvier 2010 4 07 /01 /2010 01:20
writing the PacificJen WEBB & Kavita Nandan, from the University of South Pacific, edited "A celebration of Voices: Writing the Pacific today", in 2007.

The book gathers translated extracts of South Pacific writers' novels, & among them French Polynesians female writers. 

The anthology starts with an excellent translation of the 1st chapter of my 2nd novel "Matamimi", this concerns "Pépé Hascoet" or "Pappy Hascoet".

I found the translation faithful to the original text, and also realized it was time for me to start writing in English and why not, translating "One Pissing fly" ("Je reviendrai à Tahiti")?

I recommand the work of Jen Webb and Kavita Nandan that you can probably get through an inter library loan, or buy, by contacting the University of South Pacific.

"Writing the Pacific" was published in Fiji by the Pacific Writing Forum & got the support of the Association of Commonwealth Literature and Languages Studies (ACLALS).

Par Ariirau - Publié dans : le goût du jour
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Vendredi 20 novembre 2009 5 20 /11 /2009 06:46

Petite entité couleur marron-blanc cassé s’était réveillée de bon matin pour aller moudre les grains de café, cueillir de bonnes petites bananes bien sucrées et bien jaunes, mais alors que le soleil baillait à peine, emmitouflé par la ouate de son nuage, les entités Bang Boum ont accouru dans son jardin :


-         
Petite entité rejoins-nous vite au théâtre de la Liberté ! Nos chefs Bling Bling ont leur mot à dire, important, vite, à vitesse, ha’aviti !

 

Au théâtre de la Liberté, les Chefs Bling Bling étaient debout sur l’estrade, derrière laquelle une voiture à vingt briques était parquée. Chef Bling Bling numéro 1 prit la parole, reprise par numbers 2, 3 et 4, et 5 :

 

-          Chères entités de notre pays que nous aimons si fort, notre pays le plus beau de tout l’univers, qui brille si bellement sous la voie lactée…


-         
L’heure est grave : Nous devons renverser le Chef Bling Bling tout puissant, il prend des vessies pour les lanternes, et bientôt nous n’aurons plus de grains de café à moudre, parce qu’il les met tous dans sa poche !


-         
Bientôt nous n’aurons plus de bananes bien sucrées et bien jaunes à manger parce qu’il n’en laisse aucune au petit peuple !



Toutes les entités Bang Boum, agitées devant tant d’injustice, crièrent au scandale :

-          Quoi ! qu’est-ce donc ! plus de grains de café ?! plus de bananes !

-          Ah non ! il ne peut plus être Chef tout puissant !

-          Renversons-le !

-          Taui ! taui roa !

-          Ah bas le profiteur !

 

Les chefs Bling Bling se regardèrent avec des yeux tout ronds comme la terre, ils quittèrent l’estrade sous les applaudissements de la foule.

La semaine suivante, la petite entité marron-blanc cassé se leva de bon matin pour aller moudre les grains de café, cueillir de bonnes petites bananes bien sucrées et bien jaunes, mais alors que le soleil baillait à peine, emmitouflé par la ouate de son nuage, les entités Bang Boum ont accouru dans son jardin :


-         
Petite entité rejoins-nous vite au théâtre de la Liberté ! Nos chefs Bling Bling ont leur mot à dire, important, vite, à vitesse, ha’aviti !

 

Au théâtre de la Liberté, les Chefs Bling Bling étaient debout sur l’estrade, derrière laquelle une voiture à vingt briques était parquée. Chef Bling Bling numéro 1,2 prit la parole, reprise par numbers 2, 3 et 4, et 5 :

 

-          Chères entités de notre si beau pays que nous aimons si fort, notre pays le plus beau de tout l’univers dont vous êtes les habitants les plus aimés de Dieu, notre pays qui brille si bellement sous la voie lactée. L’heure est grave : Nous devons renverser le Chef Bling Bling numéro 1 tout puissant, il n’a rien compris parce qu’il met tous les grains de café dans sa poche ! Bientôt VOUS n’aurez plus de bananes bien sucrées et bien jaunes à manger parce qu’il n’en laisse aucune au petit peuple !


-         
Quoi ! Scandaleux !

-          Et la Justice, qu’est-ce qu’elle fait ?

-          Elle enquête, elle enquête mes frères !

-          Honteux !

-          Oui chef Bling Bling numéro 1,2, nous te suivons, nous avons confiance en toi, tu prendras soin de nous.


Petite entité marron-blanc cassé rejoint son fare, outrée par l’abus de confiance du Chef Bling Bling numéro 1.


La semaine qui suivit, alors que petite entité n’avait plus de grains de café à moudre, et qu’elle courrait après sa poule Nugget dans la ferme intention de la plumer, les entités Bang Boum ont accouru dans son jardin :

 

-          Petite entité rejoins-nous vite au théâtre de la Liberté ! Nos chefs Bling Bling ont leur mot à dire, important, vite, à vitesse, ha’aviti !


Au théâtre de la Liberté, les Chefs Bling Bling étaient debout sur l’estrade, derrière laquelle une voiture à vingt briques était parquée. Chef Bling Bling numéro 2 prit la parole, reprise par numbers 1, 3 et 4, et 5 :


-         
Chères entités de mon pays, issues du sang le plus pur et du cœur le plus noble qui palpite sur nos îles, mon pays le plus beau du monde sous la voie lactée de tout l’univers, amen ainsi-soit-il Dieu nous aime, les Tupuna sont avec nous. RIEN NE VA PLUS ! Le Chef BLING BLING numéro 2 ne NOUS écoute plus !

-          Si nous laissons faire, VOUS n’aurez plus de poule à plumer pour vos déjeuners !

-          Notre pays a besoin de compétence et de technocrates, tout plein de technocrates qui connaissent bien les lois pour nous indemniser et payer l’essence de la voiture à 20 briques que vous voyez parquée derrière le théâtre de la Liberté. L’heure est grave : le Chef Bling Bling numéro 1,2 se fiche de vos têtes, il ne respecte pas la voix du peuple !

-          En plus il est in-com-pé-tant !


Et tout le monde fit, avec les yeux tout ronds comme la terre :

-          Ooohhhh !


Petite entité marron-blanc cassé chuchota dans l’oreille d’entité rose fuchsia, qui leva le doigt :

-          Monsieur Chef Bling Bling, voulez vous dire numéro 2 ou 1,2 ?


Mais une voix cria dans la foule :


-         
Peu importe c’est dégueulasse ! Faut virer le Chef Bling Bling et le remplacer par un autre ! vite avant qu’on meurt de faim !

-          Oui ! à bas le vilain chef Bling Bling ! Vive les technocrates ! Vive la Justice la plus juste sous la voie lactée de tout l’univers blah blah blah !

-          Vive-nous !


Les chefs Bling Bling se regardèrent avec des yeux tout petits comme l’anus
d’une poule, en l’occurrence qui s’appelle Nugget, ils quittèrent l’estrade sous les applaudissements de la foule.


Et chaque semaine, neuf semaines de suite, les Chefs Bling Bling convoquèrent la foule BANG BOUM pour remettre un nouveau Chef Bling Bling qui ferait tout mieux que les autres chefs Bling Bling. Petite entité marron blanc-cassé avait le moral au plus bas : elle perdait confiance, pourquoi tant d’erreurs de jugement ? Etait-elle devenue zinzin, sénile, creuse, et toutes les autres entités Boum Bang avec elle ? Plus personne n’allait plus au théâtre de la Liberté et les Chefs BLING BLING parlaient tout seuls, enfin presque : il y avait toujours deux ou trois entités reporters qui enregistraient et prenaient des photos.


La dixième semaine, alors que la petite entité marron-blanc-cassé  était en train de sniffer éperdument le tronc du bananier, en rêvant à une petite banane jaune et bien sucrée, trois entités BOUM BANG vinrent dans sa cour, en traînant des pieds.


-         
Eh, petite entité marron blanc cassé, tu veux pas venir avec nous au théâtre de la Liberté ? Le Chef BLING BLING numéro 4 a quelque chose de très important à nous dire.

-          J’ai faim les amis.

-          Le Chef BLING BLING numéro 4 dit que si on a faim, c’est à cause du chef BLING BLING numéro 1, c’est lui qui a tout commencé.

-          Maintenant il peut faire que les trois quarts du plein de sa voiture parquée derrière le théâtre de la Liberté.


Petite entité les a suivis en pensant qu’elle oublierait sa faim. Elles furent rejointes par entité fuchsia, entité bouclettes grises, entité mollet tatoué, entité larme à l’œil, entité femme sage, entité chevrettes, et entité de l’esprit du poète.


Les entités se retrouvèrent face à l’estrade du théâtre de la Liberté. Ainsi, le Chef BLING BLING expliqua :


-         
Chères entités, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ! Si vous n’avez plus rien c’est à cause du Chef BLING BLING numéro 3, qui ne nous écoute pas et qui vous vole vos bananes.


C'est alors que la petite entité marron blanc cassé décida de faire couronner le nouveau chef BLING BLING, comme ça, il serait différent des autres. Les quelques entités BOUM BANG se rapprochèrent, chuchotèrent, entité bouclettes grises s'en alla d'un pas pressé et revint avec une drôle de couronne:

- Cher, très cher Chef BLING BLING, tu incarnes le renouvellement des chefs BLING BLING; sans aucune ride et tout jeune, tu promets à notre pays un avenir radieux. L'esprit de l'entité du poète en esprit te protègera le temps de ton mandat. Nous te couronnons, au nom de la communauté des entités BOUM BANG qui ne savent faire rien d'autre qu'écrire.


Et il joint le geste à la parole.


Et le Chef Bling Bling n°6, avec les yeux tout ronds et brillants comme la graine qui sort de la papaye, quitta l’estrade, couronné d'un entonnoir sur la tête, il se retourna avant de descendre la marche et s’adressa aux entités reporters qui faisaient flash flash avec leurs appareils :

-          C’est bien beau tout ça, mais moi, je dois aller gouverner, les gens ont faim, ils comptent sur moi.

 

 

 
Portrait du Chef BLING BLING n°6, de la énième dynastie des entités insulaires, grand amateur d'Art et Humaniste profondément touché de la misère de son peuple.

Par Ariirau - Publié dans : le goût du jour
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Jeudi 15 octobre 2009 4 15 /10 /2009 18:52

 

Vous entrez dans un monde aux parois diaphanes,l'air frais et doux pénètre les pores de votre peau, il glisse dans vos veines et longe votre corps, de l'intérieur.
Vous flottez.

Vous êtes dans un monde où les parfums se succèdent et vous enveloppent avec la même volupté qu'un drap de soie. La menthe et le miri, le jasmin et le tiare, la vanille et le coco. Vous baignez dans un bain de senteurs qui n'alourdissent pas vos sens, mais qui les apaisent, et vous oubliez tout ce qui vous entoure.
Vous flottez.

Vous entrez dans un monde sans matière où votre corps se fond dans le vide en douceur et absorbe le silence, c'est une plénitude, une osmose.
Vous flottez.

Dans ce monde, vous existez, ce que vous rêvez vous l'avez, dans le plus grand des conforts, sans écueils et sans contrariété. Tout ce qui vous entoure est à votre écoute, votre compréhension, vous ne manquez de rien, personne n'ose vous envier, vous êtes admiré, un monde sans vexation où la justice est limpide et juste, un monde où personne ne peut vous blesser: Vous êtes en sécurité.
Vous flottez.

Vous êtes dans un monde où vous pouvez tout entendre du chant de la pluie, des soupirs du vent, des roulements de vagues, vous pouvez tout entendre sans être vu. Vous êtes dans un monde où les fluides de l'existence chantent un hymne à la bulle qui vous protège.
Vous flottez.

Par Ariirau - Publié dans : le goût du jour
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Jeudi 8 octobre 2009 4 08 /10 /2009 01:00


Dialogue entre deux entités, perturbées par l'endormissement du peuple: 
Chiche Vaiete Babouche & Céleste Rainui Dupoix

- Alors, dîtes-moi Céleste, où se trouve la frontière entre la grande manif, expression corporelle des citoyens, catapultée dans nos moeurs par les soixante-huitards tous devenus bourgeois (parce que tous les révoltés qui se médiatisent finissent bourgeois: On finit toujours par devenir ce que l'on combat ) mais qui a tout de même l'arrogance de vouloir changer les choses...
et la Révolution qui, dans un degré de violence supérieure, pousse les gens dans la rue et les oblige à changer, et les idées et les hommes au pouvoir?

-
A mon avis chère Chiche Babouche, cette frontière à géométrie variable se mesure au degré de la faim dans le ventre des manifestants ou des Révolutionnaires, si tu préfères:
Lorsque la faim les menace, ils manifestent;
lorsque la faim les assaille, ils font la révolution
.

- (N'oubliez pas mon middle-name, j'y tiens!) Ne sont-ce pas les sentiments d'injustice qui font la Révolution chère Dupoix?

- Non, les sentiments d'injustice ou d'abus de pouvoir ne sont que le sel, que le poivre, que dis-je, le "goût" comme on dit chez nous ! Ils ne sont que l'assaisonnement de la faim.

- Donc si nous vivons dans une société dont la civilisation d'histoire coloniale, n'a véritablement vécu de révolution que par procuration, c'est à dire dans les livres d'histoire de la civilisation occidentale, si nous vivons dans une société dans laquelle les barres de chocolat sont en vente à tous les coins de rue,  nous n'aurons que des manifestations et jamais de vraie révolution? Car il serait malsain de dire qu'on a faim dans une société qui affiche une surabondance alimentaire?

- En fait, avez vous des penseurs?

- Oui, nous en avons.

- Et que pensent-ils?

- Ils sont asservis par leurs idéologismes politiques, ils sont dépendants, en quelque sorte. Ils ne peuvent pas vraiment s'exprimer sans risquer d'être labellisés. Afin d'éviter l'ostracisme, ils se concentrent sur l'art et la culture qui sont des zones de libertés absolues.

- Etonnant: toutes les civilisations, tous les peuples ont connu la Révolution. La Révolution est un arbre avec des racines en haut et des racines en bas: les penseurs la cogitent et le peuple lui donne vie. La grande Nation française s'est bâtie sur la Révolution, et c'est bien la faim qui a poussé le peuple dans la rue. La Révolution n'est pas souhaitable, car elle est douloureuse et profondément injuste: des innocents y passent. C'est un traumatisme collectif mais qui apporte une certaine maturité à la population.
Maintenant, imaginez ma chère que la civilisation est un être humain: cet être humain passe de l'âge enfant à l'âge adulte sans qu'il n'y ait d'âge transitoire et formateur, nous avons là un adulte sans aucune expérience véritablement douloureuse de la vie. Uhm ce que je veux dire, c'est: qu'il faut souffrir pour s'affirmer et s'affirmer pour exister
.

- Que dire alors de la tradition des manifestations?

- La manifestation est à la Révolution ce que le chat est au Lion. L'un est domestique, l'autre sauvage. L'un a des petites griffes et l'autre une dentition acérée.

- C'est très beau, d'où vient ce précepte?

- Inspiration soudaine.

- La Révolution ne sera jamais une inspiration soudaine.

- Non, jamais. La fin de l'esclavage ne s'est pas réalisée en un jour. Bien avant que Voltaire ne le dénonce dans son Candide en 1759, cinquante ans avant cela, un homme Noir en témoignait dans un journal: il faut du temps pour prendre conscience des choses et les dénoncer.

- Donc pour en finir avec la faim: Tant que la faim sera masquée par la surconsommation de masse, il n'y aura pas de Révolution.

- En réalité, j'en doute fort. Malgré la barbarie planétaire qui subsiste et la souffrance animale sous la domination humaine, les civilisations contemporaines sont des civilisations policées. Le syndicalisme farfouille au rayon politique, les penseurs sont imprégnés de leurs convictions politiques, et les citoyens se remplissent le ventre avec un peu de tout; donc la faim est en territoire miné.

- C'est tant mieux: je préfère mon pays dans la paix, même s'il souffre.

- Il faut compter sur la puissance de Dame Nature: le traumatisme naturel finit toujours par forcer les Hommes à s'entraider. Aussi méfions-nous de l'eau qui dort.

***

Par Ariirau - Publié dans : le goût du jour
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