Photographie de Jérôme GALLECIER sur http://flickr.com/photos/gallecier/
Pensez à la douceur dans le regard humide de cet être, à son silence qui veut
tant dire, aux battements de son cœur quand votre arrière grand père courait pieds nus sur la terre, et que sa mère se couvrait de ces immenses feuilles de Ape pour se protéger les jours de
grandes pluies.
Te-ara-tau & Te-ara-ui ont vécu, vivent et vivront encore peut-être, pour avoir vu courir nos aïeux et entendre crier nos enfants.
Je n'aime pas concevoir la souffrance de ces êtres,
qui
inspirent plus de respect qu'une seule âme de notre propre clan.
C'est au malheureux crépuscule d'un jour de mai de notre vilain siècle, que le pittbull ennuyé par autant de mépris, profita de l'oubli de ses maîtres pour pénétrer dans l'antre sacré de nos plus respectueux emblèmes
et ancêtres, Tearatau et Tearaui.
Deux cents années de vie consacrées et 80 sur notre île accordées.
En 1809, ces tortues seraient nées, elles devraient mourir ici, ainsi, sans être jamais couronnées ?
Elles languissaient du silence des étoiles peut-être conscientes de ce siècle bestial, quand à l'extérieur du jardin d'ombres et de collections végétales,
de jeunes danseuses répétaient leurs mouvements au son du to'ere et
que le
parking était animé de ces âmes insouciantes.
Le mâle Tearatau, de par sa morphologie, n'a-t-il pu se protéger qu'en cachant sa tête au creux de ses pattes, puisqu'il ne pouvait pas, comme la femelle, entrer sa
tête dans la carapace. Survivre, mettre ses deux pattes en avant, membres mordus et presque déchiquetés par une chose du soir encore bien vivante. Une de ces choses qui fait du mal, et qui
s'en va, intouchable, qui laisse derrière elle, avec satisfaction, le souvenir d'une douleur, d'une agression sans véritable raison.
Mais
si le diable passait par là, à cette heure du crépuscule où certains, mais trop peu, d’entre nous, languissent le silence des étoiles, il n'était que de passage, il a glissé jusqu'à l'eau,
jusqu'à Tearatau, qui devrait, dans nos regards, inspirer tant de respect, tant de compassion.
Voici notre roi Te ara tau, voici notre reine Te ara ui.
.... Que le goût de la papaye est sucré sur ta langue, que la carambole est bonne à manger. Tortues centenaires ne perdez pas le goût de la vie et puissiez-vous encore vous régaler de fruits et de ma’a pope.
(…"Il y a deux jours, on pensait devoir lui amputer une patte »…)
Deux jours après la malheureuse visite, la voix de Ahuura les a sorties de la boue, où elles s’étaient cachées, où elles avaient enfoui des restes de douleurs.
De la bouche de Ahuura soufflèrent des sons couleurs de paix, de tendresse et
d'affection, la mélodie du mantra de la Déité de la Compassion. Om Mani Madme
Hung, mélodie
de ces matins tendres, chantée par une femme qui éprouve tant de compassion.
Les notes ont sauté dans l’air et plongé dans l’épaisseur d’une boue, pour rassurer les tortues bi centenaires,
pour les faire revenir jusqu’à vous.
Trois semaines que Ahuura n’a pas dormi, en pensant chaque jour à Te ara tau & Te ara ui.
Pensez à la douceur dans le regard humide de cet être, à son silence qui veut tant dire, aux battements de son cœur quand votre arrière grand père courait pieds nus sur la terre, et que sa mère se couvrait de ces immenses feuilles de « Ape »pour se protéger les jours de grandes pluies.
Te-ara-tau & Te-ara-ui ont vécu, vivent et vivront encore peut-être, pour avoir vu courir nos aïeux et entendre crier nos enfants.
Je n'aime pas concevoir la souffrance de ces êtres,
qui inspirent plus de respect qu'une seule âme de notre propre clan. C'est au son d'une mélodie que Te Ara Tau & Te Ara Ui ont oublié, un instant, toutes leurs douleurs.
Pour se réfugier dans la voix de Ahuura et en ressentir tant de compassion...









