articles impulsifs

Vendredi 2 septembre 2011 5 02 /09 /Sep /2011 01:02

Drôle d'Etat: Si vous avez pris du Médiator, vous serez indemnisé. Si vous avez servi à Moruroa, vous ne le serez pas.

 

Et dire que je pensais que l'Etat tirait sur la corde: Un fonds d'indemnisation immédiate aux formalités simples a été mis en place pour les "victimes du Médiator"; de l'autre côté, 127 dossiers d'indemnisation du nucléaire sur 129 ont été refusés par le Ministère de la Défense.

 

Que penser de cet Etat, qui s'émeut médiatiquement de ces personnes victimes d'un coupe-faim nuisible, pris pour perdre du poids, et qui ventile un profond mépris pour ces travailleurs polynésiens de Moruroa? Ils doivent mordre leur peine dans des procédures coûteuses et usantes, prouver qu'ils étaient à une période précise sur l'atoll de Moruroa, or, les archives de l'Etat sont bloquées et confidentielles.

 

Quelle immense déception que cette loi Morin. On préfère indemniser ces personnes qui étaient concernées par leur poids, aux autres qui ont participé à la construction d'une puissance mondiale dans les années 60. De l'écoeurement et une immense déception face à ce non sens, ce mépris.

 

Mon pays natal demeure cette maîtresse qu'on néglige mais qu'on n'a pas le courage de larguer.

 

Entre le radicalisme d'une Indépendance en laquelle je n'ai pas confiance, et l'autonomie carpette et passive, je cherche le juste milieu: ce qui provoquerait, au gouvernement central, un mouvement de conscience, qu'il existe bien chez les Polynésiens une mémoire et une émotion collective, et qu'il faut cesser de la mépriser avant qu'elle n'éclate comme l'a fait Aldebaran en 1966.

Par Ariirau - Publié dans : articles impulsifs
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Mercredi 6 avril 2011 3 06 /04 /Avr /2011 03:21

L’exotisme ou comment réduire ce qui existe à une simple image, à un fantasme personnel. L’exotisme ou comment être con en 2011, l’exotisme ou comment prendre une hache et frapper dans le tronc d’un arbre millénaire, qui a toute une histoire en lui et des milliers d’âmes qui rient et qui pleurent.

  

 

Sans-titre-copie-1.jpgL’exotisme. Ou comment se prendre au jeu de l’autre et faire semblant d’être ce qu’il veut qu’on soit. L’exotisme. Ou comment humilier des femmes indigènes, prises en photo au 19ème siècle, en gribouillant sur un programme de merde, quelques couleurs rouge ou bleu, ou vert, avec pour faire joli, une bouteille de bière dont le nom est à l’effigie de la femme exotique.

 

 

L’exotisme. Ou comment penser que si tu es blanc, tu ne seras jamais noir et que si tu es noir, tu ne peux pas être blanc, ni dans ta tête, ni dans ton sang. L’exotisme ou, comment exclure l’humain d’un peuple, pour n’en faire qu’une paire de seins sans nourrisson accroché, et sans aucune affection.

 

 

L’exotisme ou comment féminiser un peuple, pour remplacer les pères, les frères, pour prendre le pouvoir, pour se rassurer soi-même, se dire qu’on est mieux, plus intelligent, plus fort, plus cultivé.

 

Sans titre-copie-1L’exotisme ou comment brader son propre pays, en faisant croire qu’une paire de titis et que 50 cl de bière, feront prendre l’avion à des centaines de milliers d’imbéciles qui croient encore au paradis sur terre, parce qu’un chercheur en mal de reconnaissance et de prestige a voulu faire plaisir à un Roi sur-poudré qui est né vain pour mourir vain, au centre du monde, au 18ème siècle.

 

 

 

 

L’exotisme ou comment faire pour construire des murs de vents pour faire croire qu’on est unique, d’un côté ou de l’autre du mur. L’exotisme ou comment diviser les peuples, ou comment chercher le conflit. L’exotisme ou comment s’auto-mutiler pour faire booster des ventes, ou comment demeurer au siècle précédent, quand l’autre a dépassé les clichés : il veut de l’authenticité et tu lui vends de l’exotisme. T’as rien compris, t’es aliéné, mais c’est pas de ta faute, tu t’es exoti-cisé toi-même, à force de vouloir faire plaisir à l’autre, tu aimes tellement son attention, tu aimes être exotique.

 

Sans titre-copie-1L’exotisme, ou comment faire naître la colère, le dépit, la tristesse, l’abandon, la soumission, dans des cœurs abîmés, en 2011.

Par Ariirau - Publié dans : articles impulsifs
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Dimanche 13 juin 2010 7 13 /06 /Juin /2010 05:36

SPP-Livre-1.jpgPOUR UNE POIGNEE DE SYNDICALEUX

 

 

 

"... Mais à quoi servent donc ces syndicats? Tout simplement à faire des travailleurs les instruments inconscients d'une politique élaborée à l'extérieur pour les minorités organisées qui les dirigent. En Polynésie, le souci des classes dirigeantes [ou accrochées au pouvoir aussi laidement que des accrocs en manque-- Ariirau] est ... de maintenir leurs privilèges le plus longtemps et par tous les moyens. Un souci partagé par de nombreux responsables syndicaleux qui ... ont appelé leur nouvelle mécannique "effort de solidarité en faveur des exclus"....

Pour ma part je refuse d'être le citoyen de ce système qui développe une mentalité faussement égalitaire où les faibles aident les forts à exploiter les faibles. C'est pourquoi je demande aux travailleurs démissionner de ces syndicats, d'autogérer leurs entreprises avec les subventions qu'il (le gouvernement) verse actuellement aux syndicats. Ainsi les travailleurs pourront recruter nos géniaux leaders syndicaux pour qu'ils usent auprès d'eux des mêmes conseils stupides. Là on y verrait certainement plus et il y aurait vraiment du progrès."

 

 

C'est ainsi que le sale petit prince décrivait la poignée de syndicaleux qui existaient sur son île, en 1993. Qui donc le contredirait aujourd'hui, 17 ans plus tard?

 

Rien n'a changé. Les syndicats sont toujours subventionnés par le pays, toujours copains comme cul & chemise avec les mêmes politiques, toujours en train de vouloir faire la pluie et le beau temps en oubliant l'essentiel.

 

Hier, ils menaçaient que si on mettait en place la réforme de la CPS, ils bloqueraient tout! bien satisfaits de montrer publiquement leur insatisfaction jusqu'au renversement du gouvernement, ils bloquent tout, aujourd'hui, à cause, entre autre, de l'absence de réforme de la CPS!

 

Cette poignée de syndicaleux suivis par trois quatre noisettes de travailleurs manipulés sur tout le territoire, veut faire sa loi, et ne craint pas d'empirer les choses jusqu'à de nouvelles pertes d'emplois engrangées par cette nouvelle crise dont ils sont, cette fois, directement la cause.

 

C'est le cercle vicieux de la démocratie, dont les parties membres, prétendant défendre les intérêts des plus faibles, ne font surtout que le contraire.

Par Ariirau - Publié dans : articles impulsifs
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Mercredi 3 juin 2009 3 03 /06 /Juin /2009 01:12
























Photographie de Jérôme GALLECIER sur http://flickr.com/photos/gallecier/


Pensez à la douceur dans le regard humide de cet être, à son silence qui veut tant dire, aux battements de son cœur quand votre arrière grand père courait pieds nus sur la terre, et que sa mère se couvrait de ces immenses feuilles de Ape pour se protéger les jours de grandes pluies.

 

Te-ara-tau & Te-ara-ui ont vécu, vivent et vivront encore peut-être, pour avoir vu courir nos aïeux et entendre crier nos enfants.

 

Je n'aime pas concevoir la souffrance de ces êtres,

qui inspirent plus de respect qu'une seule âme de notre propre clan.

C'est au malheureux crépuscule d'un jour de mai de notre vilain siècle, que le pittbull ennuyé par autant de mépris, profita de l'oubli de ses maîtres pour pénétrer dans l'antre sacré de nos plus respectueux emblèmes et ancêtres, Tearatau et Tearaui.

Deux cents années de vie consacrées et 80 sur notre île accordées.
En 1809, ces tortues seraient nées, elles devraient mourir ici, ainsi, sans être jamais couronnées ?

Elles languissaient du silence des étoiles peut-être conscientes de ce siècle bestial, quand à l'extérieur du jardin d'ombres et de collections végétales,

de jeunes danseuses répétaient leurs mouvements au son du to'ere et

que le parking était animé de ces âmes insouciantes.

 

Le mâle Tearatau, de par sa morphologie, n'a-t-il pu se protéger qu'en cachant sa tête au creux de ses pattes, puisqu'il ne pouvait pas, comme la femelle, entrer sa tête dans la carapace. Survivre, mettre ses deux pattes en avant, membres mordus et presque déchiquetés par une chose du soir encore bien vivante. Une de ces choses qui fait du mal, et qui s'en va, intouchable, qui laisse derrière elle, avec satisfaction, le souvenir d'une douleur, d'une agression sans véritable raison.
 

Mais si le diable passait par là, à cette heure du crépuscule où certains, mais trop peu, d’entre nous, languissent le silence des étoiles, il n'était que de passage, il a glissé jusqu'à l'eau, jusqu'à Tearatau, qui devrait, dans nos regards, inspirer tant de respect, tant de compassion.

Voici notre roi Te ara tau, voici notre reine Te ara ui.

.... Que le goût de la papaye est sucré sur ta langue, que la carambole est bonne à manger. Tortues centenaires ne perdez pas le goût de la vie et puissiez-vous encore vous régaler de fruits et de ma’a pope.

(…"Il y a deux jours, on pensait devoir lui amputer une patte »…)

Deux jours après la malheureuse visite, la voix de Ahuura les a sorties de la boue, où elles s’étaient cachées, où elles avaient enfoui des restes de douleurs.

De la bouche de Ahuura soufflèrent des sons couleurs de paix, de tendresse et d'affection, la mélodie du mantra de la Déité de la Compassion. Om Mani Madme Hung, mélodie de ces matins tendres, chantée par une femme qui éprouve tant de compassion.

Les notes ont sauté dans l’air et plongé dans l’épaisseur d’une boue, pour rassurer les tortues bi centenaires,
pour les faire revenir jusqu’à vous.

Trois semaines que Ahuura n’a pas dormi, en pensant chaque jour à Te ara tau & Te ara ui.

Pensez à la douceur dans le regard humide de cet être, à son silence qui veut tant dire, aux battements de son cœur quand votre arrière grand père courait pieds nus sur la terre, et que sa mère se couvrait de ces immenses feuilles de « Ape »pour se protéger les jours de grandes pluies.

 

Te-ara-tau & Te-ara-ui ont vécu, vivent et vivront encore peut-être, pour avoir vu courir nos aïeux et entendre crier nos enfants.

 

Je n'aime pas concevoir la souffrance de ces êtres,

qui inspirent plus de respect qu'une seule âme de notre propre clan. C'est au son d'une mélodie que Te Ara Tau & Te Ara Ui ont oublié, un instant, toutes leurs douleurs.


Pour se réfugier dans la voix de Ahuura et en ressentir tant de compassion... 

 

Par Ariirau - Publié dans : articles impulsifs
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Samedi 20 décembre 2008 6 20 /12 /Déc /2008 00:59


Photographie de l'essai Dioné, 5 juin 1971 @ http://www.point-zero-penelope.org/

La puissance totale des explosions atmosphériques faites en Polynésie française se situe entre 7 650 Kt pour l’estimation minimum et 10 807 Kt, soit entre 510 et 720 fois la bombe d’Hiroshima.

C’est partout en nos corps que résonne une mémoire sans raison, un souvenir de l’absurde, inexplicable, tellement il claironne notre naïveté et nos échecs. Nous sommes devenus aveugles en plein jour, et plus nous avançons dans le Noir de notre Histoire, plus nous y voyons un peu plus clair. Et le portrait que j’observe me déplait, il m’attriste. C’est une tristesse sans colère.

 

Pleurons 720 fois, 720 ans Hiroshima en notre pays et les brulures au goût de sel, sous notre sable, se sont enfouies. Les particules se disloquent et se culbutent, elles nous abîment et nous transforment. Autant d’obésité et de dépression, autant de violence auxquelles on ne trouve pas de vraies raisons.

 

Je demande pardon à mes ancêtres et j'implore le pardon à mes enfants. Le caractère et les coups, nous savons nous les infliger entre nous, mais lorsqu'il a fallu défendre notre terre, nous avons fait preuve de mollesse et de passivité. Aujourd'hui, il est bien trop tard pour se mettre en colère et pour tenir rancune.

Pleurons 720 fois Hiroshima en notre pays et demandons pardon à nos ancêtres.


Tout a commencé par un mensonge. Nous avons prétendu ne pas le savoir.

Le 29 juin 1880, le roi Pomare V signe un acte juridique avec la France qui stipule que «  l’on continue à laisser toutes les affaires relatives aux terres entre les mains des tribunaux indigènes » Outre le fait que ces tribunaux, « indigènes », jamais ils ne le seront, en 1964, les atolls de Mururoa, ‘atoll des secrets’ et Fangataufa, ainsi que quelques parcelles domaniales de Hao, sont perquisitionnées au nom du progrès et de la recherche.

 

L’opinion désabusée sera abusée et trompée, aujourd’hui, comme hier, mais surtout hier et en août 1962, un journal local annonce aux Polynésiens que « Trente milliards en quatre ans (seront investis par la France) et Mangareva deviendra un grand centre européen d’essai de fusées ; 30 000 techniciens français débarqueront… »

 

Il n’y a jamais eu de fusée Ariane en mon pays, et pourtant parfois, j’ai l’impression que je peux frôler les étoiles du bout de mes doigts. Il n’y a jamais eu, non plus, de techniciens, mais des soldats de la légion étrangère chargés du gros œuvre, et parmi eux, il y avait mon papa et mon papy. Deux cobayes parmi d’autres, l’un pâpa’a, l’autre paumotu, sans rien en commun que leur descendance.

 

Trente six essais, trente et un accidents répertoriés dont quelques morts suspectes. Et tous ces essais portent un nom, ils ont été baptisés. Pourtant je pensais que l’horreur n’avait pas de nom, je me trompais, c’est la douleur qui n’en porte pas. Je pleure 720 fois Hiroshima en mon si beau pays. Un pays qui reste pur quand sa chair est meurtrie.

 

Tout continuera par un mensonge. Nous avons fait semblant de ne pas l'entendre.

Et lorsqu’on leur dira de ne pas aller pêcher, ou de ne pas boire l’eau du coco, on saura que ces paroles sont masquées et qu’elles ne valent rien sur le cœur du Polynésien.

A la pêche, il ira, et l’eau du coco, il boira.

Et quand il partira de l’atoll, on gardera toutes les traces de son passage, son contrat de travail, ses bilans de santé, il repartira sans doute avec un peu d’argent dans la poche, mais dans le sang couleront quelques gouttes de larmes, de ce deuil imposé à plusieurs générations qui ont appris à vivre avec le mensonge.

 

Je voulais vous dire aussi, qu’en janvier 1966, un bébé de trois ans est mort à Hao ; un enfant de notre pays. Il était sur une barque avec son père, et la barque a heurté un de ces câbles inutiles, installé par un de ces 30 000 techniciens fantômes.

Aussi sans doute, je ne veux pas oublier Petero Teputahi, Bataro Toae, qui sont morts au cours d’un forage à Mururoa en septembre 1965.

Et puis il y a Acturus, qui porte le nom d’un personnage de BLANC CASSE, qui devait exploser sous un ballon mais qui trop pressé, a explosé au niveau de la mer.

 

Pleurer 720  fois Hiroshima en son pays. Il faudra nous pardonner d’être si faibles et pourtant si forts. Puisque ma grand-mère se vantait d’être d’une race d’orgueilleux et de guerriers, ainsi court le peuple à la perdition, chemin pavé par l’ignorance où nous sommes devenus des aveugles en plein jour. Où il n’y a que les rêves qui éclairent notre raison.

 

N’oublions pas Tydée, n’oublions pas Priam, dont les explosions ont fait s’effondrer les barrières récifales.

 

Tout continuera dans un mensonge. Nous ferons semblant de ne pas être complices.

Puisqu’on ne veut pas soigner, on ne veut pas reconnaître. Soigner c’est reconnaître, c’est admettre. Un laboratoire de recherche sur le cancer en Polynésie ? Mais pourquoi faire ? Et Mururoa et Fangataufa sont toujours nos enfants mais ils ne nous appartiennent toujours pas.

 

Pleurons 720 fois Hiroshima en notre pays et les visages restent secs, si vous cherchez nos pleurs, observez en silence notre pays. Une étendue de gouttes lacrymales a débordé de la surface de nos îles et de nos atolls. Si vous pensiez que c’était l’océan, vous vous trompiez. Des millions de kilomètres carrés de bleu et de sel  sous l’azur éternel sont ici pour vous rappeler que rien ne creuse le visage d'un peuple, qui vit au milieu des larmes de son passé, sans le savoir. 

Tristesse s'agrippe à nous, 720 fois Hiroshima en notre si beau pays.

 

 

 



Par Ariirau - Publié dans : articles impulsifs
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