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lettres

Mercredi 10 février 2010 3 10 /02 /Fév /2010 18:17

Le temps fait des vagues, il ne se compte pas en saisons, il existe en mouvements. Des cycles s'alternent, où je suis au creux de la vague, et j'ai du mal à faire surface, j'ai du mal à respirer, et ce creux me coupe du monde, sans que je puisse rien n'y faire. Les forces du temps compressent la matière, c'est un phénomène presque fatal, contre lequel je ne peux rien.

Et parfois, à force de patience, j'ai cette impression de remonter à la surface, le temps relâche de sa pression, ce qui m'entoure est à l'écoute, je découvre les connexions, je crois les autres, ils croient en moi, nous croyons en Dieu, en tout ce qui nous entoure, nos pensées créent la matière, en mots, en pierres, en gestes. Ces périodes où la vague me porte me paraissent si courtes et si intenses, que je ne me soucis de rien d'autre que de ce qui peut être accompli. Et je crée. Des embryons naissent, leurs âmes m'envahissent, me fortifient.

Le temps me porte en vague, il me donne espoir mais trop souvent il me détruit. Le travail fourni n'a pas de reconnaissance, je me retourne sur ma vie pour retrouver mes sens, mais c'est sans compter sur le creux de la vague, et mon pied se prend dans une de ces algues, longue, lisse, visqueuse. Alors j'attends que le temps fasse un mouvement, qu'il me libère enfin, pour que je puisse ouvrir les yeux, sans craindre les brûlures du sel, et que tu me tendes la main, que tu me couves sous ton aile. Seulement parfois et trop souvent, lorsque l'algue se délie, elle me vole sans raison l'embryon qui grandit.

I'm crossing uncertain times et le temps fait des vagues.


Par Ariirau - Publié dans : lettres
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Jeudi 23 avril 2009 4 23 /04 /Avr /2009 00:29


"Ecoutez moi" de Gotz, sur www.gotz.pf


C’est un continent sur une île où l’écrivain ne peut plus écrire, parce que la page continue de s’agrandir, parce qu’il veut tout raconter, du faux au vrai, de sa réalité, sans blesser, mais parce qu’il la voit ainsi et qu’il ne veut pas l’oublier.

C’est un continent sur une île, lorsque son esprit n’a pas de barrières, barrières de pudeur, barrières du correct, lorsqu’on interdit par force de dissuasion, menaces ou humiliations, à l’écrivain d’écrire ce qu’il a envie d’écrire.

L'écrivain îlien est parfois un continent dans l'âme.

Un continent, vaste, sur lequel il ou elle cultive des natures humaines qui ne doivent jamais être idéalisées.

On s’étonne ensuite, qu’il aille faire éditer ailleurs, publier ailleurs, mais c’est pour être soi, pour être libre. On s’étonne de cette âme-continent qui écrase une île sans le vouloir, avec ses mots que les autres lisent en diagonale et jugent, selon affinité, car l’île est petite et tout s’y gère dans la proximité, âme-continent trop lourde, trop dense, trop triste et pathétique.

C’est un continent sur une île, un vaste continent, un immense puzzle qui n’a pas sa place dans l’histoire îlienne, une histoire qui se veut lisse et « correcte », digne d’une épopée, dans laquelle il ne faut surtout pas ternir la réalité, dans la continuation d’un exotisme, paradoxalement tant décrié mais subversivement imité par celles et ceux qui en ont souffert.

 Il, elle, écrit comme s’il vivait dans une ville de 7 millions d’habitants, quand il n’y en a que deux cent milles à peine. Ce que l’écrivain écrit, sous son propre nom, l’engage, tout ce qu’il écrit sous des pseudonymes, le désengage.

Un continent sur une île, un écrivain dont les ailes sont si grandes qu’elles se blessent lorsqu’elles se déploient, aux creux des montagnes. Trop immenses sont ses ailes, qu’il n’est qu’une âme malformée dans un monde fait de moules et de bonnes couleurs. Dès qu’il s’attarde à briser un mythe, il devient cible sans bouclier et parfois baisse les bras sans lutter parce qu’il sait que ça n’en vaut pas la peine. Incontinent, sur une île.

L’écrivain, celui qui n’est pas soumis au pouvoir, comme le journaliste, qui n’est pas soumis à une cause, n’est jamais vraiment libre sur une île, mais rien ni jamais personne n’a le droit ni le pouvoir de l’empêcher d’avancer.

Car ni l’écrivain libre ni le journaliste indépendant, ne peuvent vivre comme des marionnettes : ce qui est vrai doit être dit, écrit, non pas menti, ni tu, ni tué. Plus on sanctionnera l’écrivain, plus il écrira. Et ce qu’il écrit lui survivra, paix à l’âme-continent Jacques Stephen Alexis, mais aussi aux autres qui sont morts sur d’autres terres ou dans les mers, qui ont souffert, ceux qu’on a traités de fous, et ceux qu’on a enfermés, au dix-huitième siècle ou même hier.

Que ce soit à Cuba, Haiti ou ici même, mais il ne faut pas le dire, l’écrivain doit se soumettre, se battre, ou fuir.

La force du continent est son étendue, cette terre qui s’éloigne jusqu’au coucher du soleil, qu’on peut toucher du doigt à l’horizon ; cet espace terre qui promet la course de la liberté bien au-delà de ce qui semble possible.  Cet espace où la population est deux cents fois plus peuplée est un véritable espace de liberté.

J’emprunte le chemin du continent sur mon île, celui que tu as choisi mon ami, mon frère, un vague espoir de liberté, comme un roman qu’on jette à la mer, dans une bouteille qu’on ne devrait jamais nous retourner.

Un continent sur une île refuse de véhiculer le mythe qui nie ce qui existe vraiment, ce qui a vécu, ce qui a été, il écrit avec précision, sans juger, et jouit probablement, de la réaction qu’il a provoquée : il a eu ce qu’il voulait, son écriture a touché.

Mais il, elle, y a laissé plus que sa plume, c’est ainsi que nous vivons toi et moi, à découvert.  Nous n’écrirons pas ce que nous ne sommes pas capables de dire, de vive voix, dans un face à face.  

Ecrivain, âme-continent dans un corps-île.

 

Par Ariirau - Publié dans : lettres
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Samedi 10 janvier 2009 6 10 /01 /Jan /2009 22:45


Tu n'oublieras pas le passage de tes enfants, dans ta demeure, dans ton corps, dans ta vie. Et même si tu veux l'oublier, il y aura quelque chose qui te rappellera qu'ils sont passés par là.

Sur une période de quinze mois, notre famille a perdu trois enfants, dont le tien. Le premier est parti le jour de mon anniversaire. Le second est parti le jour de l'anniversaire de mon frère. Le troisième est parti le lendemain de ton mariage. Les autres enfants sont toujours là. Ils continuent à grandir et sont toujours aussi beaux.

Tu t'allonges pour te reposer sur le matelas, à même le sol. Tu écoutes la rivière ruisseler à côté de la porte-fenêtre. L'oreiller est humide et tu as un peu froid aux pieds. Tout est silencieux, comme tu l'aimes. Ils ne sont pas là, à chahuter, à courir, à éteindre et allumer la lumière. Ils ne sont pas là, à se battre et à pleurer. Tout est silencieux, comme tu l'aimes.

En face de toi, se tient debout, sans envergure, une armoire hideuse, décorée d'autocollants à l'arrière goût d'adolescence, et plus à gauche, il y a un interrupteur, qui te rappelle le passage des enfants, qui ont décidé de prendre la déco en mains. Et tu souris. Le passage des enfants nous marquera, qu'il soit bref ou qu'il soit long. Dans le silence ou sous les voix rebondissantes de notre petit univers, tu n'oublieras pas le passage de ton enfant, comme un petit trait rose à l'horizontal d'un test prénatal, comme des gribouillis sur un interrupteur.

Par Ariirau - Publié dans : lettres
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