Ils
sifflent.
(cliquer pour entendre un ange siffler)
Ariirau,...
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:
Ils
sifflent.
(cliquer pour entendre un ange siffler)
BIG smile Soft cactus,
aggressive profile
for a tiny tree.
it may be cactus, but as soft as thee,
jolly strange cactus,
such a tiny tree.
BIG smile Soft cactus,
with a freaky smile,
a mouth plenty of teeths
that could be scary.
A tiny cactus in my
garden
in Paea,
standing still,
and still smiling.
Ci à gauche, l'Arche de Noé, version LEGO
J’étais assise à une table, l’autre jour, avec MATAMIMI, en expo, et puis un homme âgé s’est dirigé vers moi, sans
regarder le livre, il m’a sorti comme ça, de but en blanc :
- Tu crois
en Dieu ?
- Oui, je crois en Dieu, pourquoi ?
- Alors j’achète pas ton
livre.
Ça m’a fait tout bizarre, je n’ai pas compris pourquoi il ne s’est pas adressé aux autres, je ne suis pas particulièrement grenouille de bénitier, mais un court instant je me suis sentie
injustement lésée pour une conviction.Libérale, pro choice, pour la tolérance des libertés et des choix, j’ai souvent pensé que l’intolérance émanait des esprits religieux. C’est clair que
je me suis plantée dans mon jugement. J’ai poursuivi avec mon interlocuteur :
- Vous êtes
en Polynésie depuis longtemps ?
- Oui, ça fera 40 ans
que je vis ici.
Quarante ans, ici, au Fenua, et ne pas une seule fois, penser que Dieu pourrait exister, ça m’a paru étrange, je l’ai regardé, comme s’il avait vécu en ermite, dans une tour d’ivoire, comme si
c’était possible de ne pas être plongé, ne serait-ce qu’un peu, dans la foi populaire qui vibre chez nous, de ne pas être enivré, ne serait-ce qu’un peu, de cet opium du peuple, motif colonial
imprégné en croix sur des bulletins de vote…
- Mais… le
peuple Polynésien est un peuple très croyant…
- C’est justement ça, le
problème.
Là, je me suis demandée si le problème, en fait, n’était pas cet homme, qui en s’installant ici et en vivant ici depuis 40 ans, remettait en cause les croyances religieuses d’une population qui
pour survivre, avait accepté de troquer ses croyances pour une seule.
Cette drôle de discussion a créée une drôle de sensation en moi. Un mélange de reniement,
de culpabilité, le sentiment d'imbécilité, de n’avoir pas su répondre ce qu’il aurait fallu répondre. Alors je me suis tout simplement plongée dans le livre sacré. Immenses contradictions que ces
messages de paix soient la source de tant de guerres.
Je me suis arrêtée à une phrase à l’intérieur même du testament : Tout est métaphore, le terme employé est plus précisément
« parabole ». C’est Jésus qui regarde ses apôtres, après l’épisode où il « marche sur l’eau », et il leur dit, en gros, « non, mais, vous n’allez pas tout prendre au
premier degré, tout est parabole », il a choisi la parabole, dit-il, pour obliger l’homme à penser.
Alors, le fameux dialogue sur le pouce, Darwin et l’évolutionnisme, ne serait pas en contradiction avec le jardin d’Eden, Adam et sa côte, Eve ? Si tout est parabole, serait-ce si simple que deux siècles de dialogue sur un pouce soit un faux débat ? Le prosélytisme est certes, une plaie. La foi n’en est certainement pas une. Elle se marie d’ailleurs bien avec le rationnel : Curie, Einstein et les autres, croyaient en Dieu. Où est le mal, aujourd’hui, de conserver en soi, la volonté, l’espoir qu’il existe une autre force arbitraire et toute puissante, autre que la simple matière ? Est-il possible aussi, que des centaines de millions de personnes se mettent à prier, partout sur la planète, sans que les esprits se rejoignent et se fusionnent dans un même désir de paix ? Est-il possible de penser que nos tupuna cohabitent et transgressent un monde parallèle, sans penser qu’un mana lumineux n’imprègne leur existence ?
L’Humanité toute entière serait-elle basée sur un mensonge, et pourquoi embrasse-t-elle ce mensonge plus de deux milles ans plus tard ?
Peut-être parce que, les paraboles ne sont pas des mensonges, mais que leur interprétations peuvent mener au mensonge. Pas besoin de miracle pour croire à un rêve, pas besoin de signe pour défendre des concepts vitaux : ne pas mentir, ne pas tuer, ne pas envier, ne pas tricher, ne pas maudire, ne pas tromper, ne pas se trahir, ne pas s’empiffrer de chocolats.
Et « sans Dieu ni maître », c’est pourquoi faire, au juste. Au début des années soixante, en Russie, nouveau pays du sans-dieu, deux jeunes hommes ont été fusillés au poteau pour avoir porté des jeans, symboles du capitalisme. Quand l’homme s’érige en propre maître, il s’abuse et abuse. « Si le corps vieillit et meurt, l’esprit, lui, ne meurt jamais », me disait un anarchiste. Comment pouvait-il se convaincre de ça, en argumentant l’inexistence de Dieu : pas vu, pas cru.
Qu’a fait la religion en notre pays ? A-t-elle détruit une langue ? Elle l’a retranscrite. A –t-elle détruit une culture ? Certainement. Mais les croyances ont changé de forme. Le cannibalisme et le tribalisme sont toujours là, sous des formes différentes. Le cannibalisme, on le retrouve dans les lynchages de groupes, très communs en politique ; on stigmatise tout sur une seule personne, jusqu’à caricaturer son existence, jusqu’à la détruire profondément, manger son mana, son individualité, sa différence. Le tribalisme est toujours là, même si l’esprit du pupu est malmené : être enfant d’ici est quelque chose qui se mérite, où des épreuves sont imposées, qu’il faut savoir gérer. L’ostracisme est vite venu dans ce monde clos de l’île.
Oui, je crois en Dieu, et alors, pourquoi pas ? Qu’on n’achète pas MATAMIMI pour
ça, quand son sujet ne concerne pas Dieu mais quelques êtres humains, finalement, me fait penser que je ne suis pas à l’abri de l’absurde, je vis en plein dedans… Surtout quand on lit ce qu’on
lit dans ce roman. Les fanatiques de la bible ne sont pas mes amis.
Pourtant, je sais que Dieu ne m’a jamais quittée, et ça me réconforte. Jamais je ne me suis sentie aussi proche de lui que sur la terre où je suis née.
Quel paradoxe aussi, que l’histoire du colonialisme. Il y a deux cents ans, les colons punissaient sévèrement tout Polynésien qui croyait en ses cultes ; aujourd’hui la descendance des
premiers juge celle des seconds, métis ou pas, qui revendique avoir la foi : c’est justement ça, le problème.