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la tribu

Lundi 30 juillet 2012 1 30 /07 /Juil /2012 02:04

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Bénis soient les Polynésiens qui connaissent la véritable signification de leurs prénoms, transmis de génération en génération, derniers mots d'une Histoire dissoute dans l'oralité, et dont certains ont résisté malgré tout en ayant été répertoriés à l'etat civil depuis le début du 19ème siècle.

 

Le prénom polynésien fait partie du patrimoine culturel et doit être protégé. Il est la goutte de sang qui doit distinguer le Polynésien de l'étranger. A présent, rien n'est légalement fait pour préserver ces prénoms-métaphores: Les plus simples (Maeva, Moana, Hina, etc.) se sont vulgarisés et des enfants d'ailleurs les portent également. Aujourd'hui les Polynésiens issus de l'immigration (de parents non Polynésiens) portent des prénoms un peu plus sophistiqués: "Arii" (Reine, Roi, Seigneur) est une particule cuisinée à toutes les sauces, aussi commune que "Jean" en français.

 

Ma mère ne connait pas l'histoire de son prénom qui, heureusement pour nous, est tellement long et lourd à porter, que personne n'a voulu nous l'emprunter: Il s'agit de Te i oa tua te hoahoa rai. Ce que je pensais être une malédiction (longueur et risques de mauvaises orthographes) s'est avéré être une bénédiction. J'ai donné ce nom à ma fille, qui aura 5 mois le 28 juillet 2012. Dans la généalogie de ma mère, nous le retrouvons toutes les deux générations à peu près, toujours porté par des femmes. Vers 1830, il est écourté à "Te i oa tua". Impossible de remonter plus haut, l'Etat civil ne commençant véritablement que dans la période d'annexation de la Polynésie française.

 

J'étais en train de lire l'ouvrage de Teuira Henry, "Tahiti aux temps anciens", dans lequel cette femme (qui porte d'ailleurs le même nom de famille que mon aïeule Orimai Teioatua Henry) retranscrit par écrit ce qui lui a été confié oralement et regroupe également des documents d'archives conséquents. Cet ouvrage remonte à 1848 si l'on se réfère à la préface de JM Orsmond.

 

Au cours de cette lecture mon regard s'est arrêté sur la généalogie royale de Huahine, telle que reportée par Teri'i na vaho roa Alexandre, fille de reine Teha'apapa II et mise à jour par Moeruru Tetua généalogiste et membre de la famille royale.

 

C'est là que j'ai trouvé de façon inattendue, perplexe, le prénom de ma mère, celui de ma fille.

 

Le Roi de Huahine, dans les temps anciens, se nommait Ari'i ma'o, son épouse Te'e'eva (de Papara). Ils ont eu un fils, nommé Mau'a qui a épousé Te atua nui marama ("La grande déesse de la lune") de Huahine.

Mau'a et Teatuanuimarama ont eu un fils aîné, Rohi a nu'u.

 

Rohi a nu'u a épousé Te ha'apapa Te i oa tua Teri'i tari'a, décrite comme ayant été Reine de Huahine dans la généalogie TE HA'APAPA: Son père s'appelait Teri'i tari'a et sa mère, également de Huahine, se nommait Teri'i ohua e te anuanua i te tuahu i Uramoae (Souveraine entraînée par l'arc en ciel sur l'aire de débarquement à Ura Moae) !

 

Le destin de ma Reine est particulier: Son époux Rohi anu'u étant mort, elle dut épouser son frère Mato. J'espère qu'ils s'aimèrent tendrement ces deux là. Mais avant elle donna un fils à Rohi anu'u, et pas n'importe lequel puisque son fils Teri'i tari'a, est "connu pour avoir inventé un piège à prendre les frégates".

 

Ainsi voici le prénom de ma Reine, en 2012, que personne d'autre n'aurait voulu porter.

 

Je ne connais toujours pas sa signification mais je sais quelle est son histoire.

 

Te i oa tua est traduit par "Le nom de l'Océan".

Une inconnue que j'ai croisé un jour, m'a dit que Te i oa tua te hoahoa rai signifiait le nom originel (des étoiles), le tout premier nom.

 

Teioatuatehoahoarai demeure ainsi le mystère qui s'inscrit dans le destin de ma fille.

 

Mais désormais je sais, pourquoi les aïeux nous baptisaient des noms les plus improbables. Grâce à ce prénom, je peux dire aujourd'hui à ma mère et à ma fille, qu'il fut un temps, aux Temps anciens, où une femme, portait ce nom, et pas n'importe laquelle, Reine de Huahine.

 

ça ne change peut-être rien à ma vie, mais ça change tout aussi: Je comprends un peu plus les choses, je vois un peu mieux pour quelles raisons le destin a pris certaines formes et qu'il demeure un combat face à ces gens qui usurpent sans remords des identités culturelles qui ne leur appartiennent pas. En volant un prénom, on vole l'esprit, l'âme de l'ancêtre qui l'a porté. C'est un sacrilège, un gaspillage, une telle humiliation de constater que plus rien n'est respecté aujourd'hui.

 

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Lorsque je regarde ma fille, dans sa robe en coton, posant sur le siège de son frère, Tauatua, qui lui descend de la famille MAI de Raiatea par son grand-père paternel(Taurere), je la trouve déjà Reine: Ses pupilles couleur de prune, son regard pur, innocent mais qui semble déjà avoir vécu des siècles et sa peau claire, ses lèvres bien dessinées, son cheveu couleur crépuscule.

 

Elle est Reine de mon monde, reine en mon coeur.

 

Quel bel héritage que le prénom polynésien. Remercions nos ancêtres, pour ce qu'ils nous ont légués. Je comprends mieux les choses à présent.

Par Ariirau - Publié dans : la tribu
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Mardi 12 avril 2011 2 12 /04 /Avr /2011 01:41

Cet homme long de tronc, court sur jambes, au visage ovale, et au large front, est un ancêtre, probablement descendant lui même du Mayflower, dont les parents, grands parents et arrière grands parents ont contribué à la colonisation de l'Amérique du Nord, et à son indépendance.

William Richmond fut malheureux en amour, comme le fut sans doute aussi Mary Clark, épouse malgré elle, et qui à la naissance du 19ème siècle, abandonnait ses filles et son fils.

Un fils qui souffrait sans doute de la suspicion de bâtardise par son père, indice inconnu à notre histoire. Toujours est-il que Georges a fui lui aussi, qu'il a abandonné cette Amérique, ce New Hampshire, juste à côté d'un New York sauvage et semi industriel, où l'on disait aux immigrants que leurs sorts et que tous leurs rêves ne dépendaient qu'eux.

 

Georges Richmond a fui quelque chose, un monde de montagnes et de plaines, vaste et encore sauvage, un monde où le noir et le blanc ne se mélangeaient pas, pour un autre monde, îlien celui-ci. Un atoll, minuscule grain de beauté sur la peau de l’océan pacifique. Georges Richmond, nous l’apprenons sur son acte de décès, est mort sur un bateau qui revenait des Etats Unis ; il serait retourné là bas, sur sa terre natale, pour se faire soigner, mais à son retour la mort lui a fauché la vie, c’était son heure. Un écrivain inconnu signe comme témoin l’acte de décès. Je me demande si Georges a pensé à son père durant toute sa vie à Kaukura, à sa mère aussi. Est-ce qu’il s’est confié à sa femme. Rien ne transpire de son histoire, rien n’est venu à nous.

Georges Richmond est le père de nombreux enfants : parmi eux, Aroatua qui aurait eu une sœur jumelle, et Benjamin, ancêtre de Teina Mareura, et encore d’autres personnes peuvent prétendre être de sa descendance.

 

Il y a les Richmond de Kaukura et les Richmond de Papeete. Ces derniers descendent d’un Richmond plus aisé, qui serait le cousin de Georges. De cette branche sont issus les Pambrun, donc Jean-Marc Tera’ituatini, le plus adepte de la matière est son frère Jean-Loup qui a son propre blog généalogique.

 

Donc, Aroatua a été confiée, avec son petit frère, à un couple qui ne pouvait pas avoir d’enfants : Les Maire. Alors qu’elle n’était encore que jeune fille, elle voit son frère mourir sous ses yeux d’une crise d’épilepsie ; ces parents adoptifs ne supportent pas le chagrin et enterrent leur fils dans la cuisine, pour qu’il reste avec eux. Le père d’Aroatua, Georges Richmond, en colère va pour reprendre sa fille, puis il est touché par leur douleur, il comprend, il la laisse.

 

Je ne sais pas comment mon arrière arrière grand-mère a rencontré Georges Poroi.

Georges Poroi, fils d’Alfred Poroi et de Orimai Teioatua Henry.

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Georges Poroi serait le deuxième en partant de la gauche.

 

Aroatua et Georges, vécurent tout deux à Tipaerui, ils ont donné naissance à Georges, Benjamin grand oncle tant aimé, Lucie.

  

Lucie n’a pas été très comblée en amour. Jeune, elle est tombée sous le charme d’un certain Alfonsi, dont je ne connais pas le prénom, mais dont le corps a été rapatrié en Corse. Nous avons un portrait peint de lui à la maison ; c’est un parfait inconnu qui, raconte-t-on chez nous, aimait sa fille, mais pas au point de la déclarer officiellement à la mairie. Donc Lucie a eu Léa Ida Hélène Poroi, avec M. Alfonsi, Corse.

 

Lucie a eu deux amours malheureuses. Elle est ensuite tombée sous le charme d’un Lehartel, mais là aussi, nous ne connaissons pas son prénom. De lui, elle a mis au monde deux fils, Christian et Octave qui travaille dans un restaurant connu de la place.

 

De Léa est née ma mère, dont le père Yves Hascoet était un infirmier breton, qui repose aujourd’hui au cimetière des pêcheurs avec sa seconde épouse, que j'adorais, Claire. Ma mère s’appelle Dorita Ida Teioatuatehoahoarai Hascoet. Elle a un frère, Hervé Hascoet, et une sœur Maite Hascoet qui a épousé un Butscher.

  

Léa Poroi-Hascoet n’est restée mariée qu’à peine deux ans ; elle n’aimait plus son Breton et sans doute que sa fille était trop blanche, toujours est-il qu’elle a confié ma mère, Dorita, à Aroatua Richmond-Poroi son arrière grand-mère, qui l’a élevée et a fait un travail remarquable, merci Seigneur.

  

En secondes noces, Léa Poroi a épousé Moni Teahu, homme affable que j’affectionnais beaucoup. Léa ne pouvant avoir d’enfants, a pris soin de faaamu une enfant bien brune, cette fois-ci, qui porte son prénom : Léa.

 

De ma mère sont nés trois enfants : D’un 1er mariage avec Joseph Galenon,

 

fils de Mme Coulon et du grand monsieur Galenon tant appréciés dans leur communauté de Tiarei à l’époque, sont nés mes deux frères Randall Tafaiatara et Serge Temahana.

 

A peine Serge savait-il marcher, que ma mère a épousé mon père, René Richard, fils de Lucien Richard et de Germaine Clayer, débarqué tout frais d’un contingent de légionnaires pour le CEP ; et me voici me voilà.

 

Et qui me prend dans ses bras à l’hôpital Jean-Prince à Pirae le jour de ma naissance ? Mon arrière arrière grand-mère, Aroatua Richmond-Poroi, encore bien vivante et en bonne santé, puisque de toute sa vie son alimentation ne consistait qu’à des fruits, uru, légumes, poisson, taro. J’ai été élevée avec mes deux frères utérins, nous sortons du même ventre, pour mon père, ce sont ses fils.

 

De son côté Joseph Galenon a eu trois autres enfants avec Georgina: Raimana, Teuira (dit Loulou, guitariste de Maruao) et Terauura.

 

De moi, est né Gabriel Tauatua René, dont le père se nomme Feri Vivi, né de Taurere VIVI et d’Alani Tave, originaires de Kauhei et d’Anaa. Le grand père (ou le père ?) de Taurere était un Chinois qui avait fui son pays, comme l’Américain Georges Richmond avait fui le sien. Sauf qu’à l’époque, les Chinois n’avaient droit à rien, et Kang Fu Li a décidé d’abandonner son nom de famille, de sacrifier son identité, pour s’assimiler entièrement au peuple de sa femme paumotu, du nom de VIVI.

 

Ainsi, ressurgissent les ancêtres dans le cœur des enfants pleins de gratitude, des enfants qui veulent fertiliser la terre avec les mémoires de celles et ceux sans qui ils ne seraient pas, aujourd’hui. Qu'ils reposent tous en paix pour que nous puissions mieux vivre.

Par Ariirau - Publié dans : la tribu
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Dimanche 28 décembre 2008 7 28 /12 /Déc /2008 04:57

Son père  a épousé ma mère dans les années soixante; il y a eu la bombe de Flytox, mais aussi deux frères. Consanguins pour elle, utérins pour moi.

Ma mère a rencontré mon père et son père a rencontré sa mère.
Ainsi suis je née un 15 septembre, ainsi est-elle née un 14 septembre.

Et aucun de nos frères ne se rappellera de nos anniversaires. Au total quatre frères: un poète, un bassiste (qui joue dans TOA URA), un féru de maths, un grand et costaud gardien.

Teraura est ma petite soeur et je l'aime.

Nous n'avons pas grandi ensemble mais nous nous sommes partagées les grands frères Galenon, utérins pour moi, consanguins pour elle, mais grands frères tout de même.

Ce sont ces deux frères qui nous attachent l'une à l'autre. Et les moments que nous avons partagés dans notre enfance sont encore très vifs dans ma mémoire.

Sista Teraura avait neuf ans et j'en avais dix sept. Une semaine durant, nous avons habité ensemble dans la maison du grand-père Hascoet à Punaauia, Teraura et nos quatre frères.

Teraura et moi, nous dormions sur un petit lit dans une pièce et les frères dans l'autre pièce.

La nuit, les mo'o faisaient du bruit sur la tole, mais ce n'était pas la raison pour laquelle je dormais à peine. Je serrai ma petite soeur qui était somnambule, je craignais qu'elle ne se lève et qu'elle marche, et qu'elle tombe dans les escaliers. Elle se levait toutes les nuits et marchait dans son sommeil jusqu'au salon, au milieu duquel elle s'accroupissait, puis elle revenait dans la chambre. Je finissais par m'endormir et je me réveillais: Teraura s'asseyait sur le lit, comme pour se lever. Alors je mettais ma main sur son épaule; elle tournait la tête vers moi, me regardait, puis se recouchait.

Teraura a toujours eu beaucoup de caractère. A neuf ans déjà, c'était difficile de grandir avec des grands frères moqueurs et indifférents aux désirs d'une petite fille. Dans ses moments de colère, elle débarquait au centre du salon, avec une valise toute prête: elle voulait partir. Déjà.

Elle avait de très beaux cheveux, blonds, crépus et longs, elle était joueuse, et sage. L'un de nos frères avait installé un système de musculation avec un sac assez lourd, attaché à une corde; il fallait le tirer pour le soulever, travailler ses biceps. Teraura voulait leur montrer qu'elle aussi pouvait le faire, mais le sac se soulevait à peine.

Le cadet de nos frères s'inquiétait de comment lui expliquer ce qu'était la puberté; c'était lui qui préparait le ma'a, s'occupait du linge, et de la maison. Il n'y avait pas de mère à ce moment là. Mais Teraura s'en est bien sortie toute seule.

Le soir, elle exigeait de dormir dans un tee shirt de son père, sinon elle restait éveillée et aucune berceuse ne l'aurait assoupie. Nous avons galéré chacune de notre côté, pour des raisons différentes. Et puis nous nous sommes retrouvées, un jour. Teraura est ma petite soeur et je l'aime.



Par Ariirau - Publié dans : la tribu
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