Signature de
"Matamimi", samedi 15h, au salon du Livre de Papeete, à la Maison de la Culture. En vente sur le site http://www.auventdesiles.pf/
Dans Matamimi, les répétitions, les
onomatopées, la palette de certains motifs dépeint un monde vif en couleur pour des caractères en noir et blanc. La narration est une longue lettre à Matamimi, où l’emploi de la deuxième
personne du singulier, plonge le lecteur dans un monde intime : celui de la mère célibataire et de sa fille. Ce n’est véritablement qu’à la fin du roman qu’on s’aperçoit que cette mère
narratrice, au comportement dictatorial, n’est en fait qu’une femme qui n’a jamais su affronter la réalité de l'interruption de la vie de son enfant, ni la culpabilité liée à cette
mort. Pour survivre, la narratrice s’est construite une enfant sur la page.
J'écris de façon impulsive et mon second roman Matamimi, sortira six
mois après la sortie de Je reviendrai à Tahiti. Le second roman a été écrit en quatre mois. C'est Matamimi qui sera dédicacé à la maison de la culture, samedi à 15 heures.
Dans Matamimi, il n'y a aucune influence de mes lectures, c'est un roman
plus sincère que le 1er.
Le troisième roman Blanc cassé, en cours de finition, a subit beaucoup
plus d’épreuves, son histoire est un "muki" : initié en octobre 2004, le manuscrit est brûlé dans un incendie en novembre 2006. Sa genèse est plus mature que les deux premiers, on retrouve
une violence plus marquée qui dénonce l’intolérance et l’enfermement psychiatrique. L’atmosphère est surréaliste, les années se comptent en lettres (200A, 200Y), toute une île tombe sous le
sortilège d’une « bête à deux têtes ». Les personnages de ce roman portent le nom des essais nucléaires faits en Polynésie française de 1966 à 1996 : Encelade, Aldebaran, Toucan.
La métaphore et la personnification sont des langages de prédilection pour l’auteur. Rien à voir avec le premier, c'est un autre monde.
Comme tous les écrivains, j'écris et j'engage des textes, des embryons d'histoires, des embryons de personnages: La
Patrie Mystique a été commencé lorsque j'étais accueillie chez Jean-Marc Pambrun, Mafatu Boum Boum est un embryon qui n'a qu'un an, et Quand tu dormais, viens tout juste de
se former. D'autres romans sont à l'état cellulaire, j'attends de vieillir un peu plus pour pouvoir les libérer. Nous les écrivains, généralement, nous ne pouvons pas vivre d'amour et d'eau
fraîche. Il nous faut cohabiter deux mondes: il y a celui du quotidien, de la réalité des autres, avoir du ma'a dans son assiette, et il y a un autre monde, celui de nos personnages, qui
sont en attente, qui dorment lorsque nous sommes entourés des autres.
Chaque roman que j'écris est lié l'un à l'autre par une scène commune, même si les histoires n'ont absolument rien à
voir les unes avec les autres. C'est une sorte de mise en abîme, une chaîne.
Les thèmes
Les romans publiés ont un personnage central et féminin.
Le rapport à la mère est conflictuel et inaliénable. Le personnage du père est absent mais l’on se réfère à
lui : dans Je reviendrai à Tahiti, le père incarne à lui seul la France et dans le second roman intitulé
Matamimi, le père est idéalisé, il devient immortel (il « renaît » à chaque fois que la narratrice
ouvre les yeux).
Le personnage principal du roman Je
reviendrai à Tahiti porte volontairement deux prénoms, « Clara-Aroatua », prénom composé comme celui de l’auteur (Stéphanie-Ariirau) qui reflète sa double identité
culturelle, à la fois française et tahitienne. L’amant est avant tout le ‘tumu tane’, l’homme-tronc, un homme enraciné dans sa culture ; il porte la figure du militantisme et de
l’indépendance. Clara-Aroatua substitue cet homme qu’elle appelle « son vieux » par un
« vibromasseur rose » qui « fait beaucoup trop de bruit ».
Le traitement du corps est central: Clara-Aroatua est un personnage à la fois rebel et
traditionnel : Dans sa volonté de remplacer le phallus de l’homme par un vibromasseur, ou d’uriner devant sa maison tout en regardant la lune, mais aussi dans cette façon qu'elle a
de prendre la vie à la légère, jusqu'au jour où elle se retrouve seule dans un pays étranger, et que tout semble devenir si sérieux ; et traditionnel, car l’accomplissement du
personnage féminin se réalise dans une fin hypothétique de la maternité et du sentiment de protection qu’elle éprouve avec le vieux Tahitien.
Dans une verve différente et à peine plus pudique, la narratrice de Matamimi expliquera à sa fille que la sexualité est à la base de toutes les créations. Mais on ressent aussi cette envie qu'a la mère de toujours vouloir palper l'existence de
sa fille, la scène avec les savates rouges, la scène de conflit.
Derrière des paroles parfois violentes, à la limite du vulgaire, les personnages femmes sont des êtres
marqués par l’avortement, un thème qui ressurgit dans les deux romans. La scène est identique dans les deux fictions qui ne sont absolument pas liées.
La métaphore du requin mutilé de ses ailerons et rejeté à la mer dans Je reviendrai à Tahiti annonce l’amputation inévitable que subira le personnage féminin.
Mes personnages principaux marchent en équilibre sur une corde; à tout moment ils risquent de
chuter.
Dans Matamimi, je
revendique mes origines bretonnes et mayennaises pour me démarquer de la tendance identitaire. Le simple fait que je fasse usage de mon prénom tahitien « Ariirau » alors que
je suis blanche, dérange. Mais je sais qui je suis, et le reste n'a pas d'importance. Je suis née à Pirae, ma mère s'appelle Teioatuatehoahoarai et mon père s'appelle René, je suis la
petite fille de Léa Poroi, fille de Lucie Poroi, fille d'Aroatua Richmond fa'a'amu Maire, épouse de Georges Tauata Poroi, fils de Adolphe Marouo Poroi et de Orimai Teioatua Henry... et je peux
continuer ainsi, jusqu'au début des temps. Mon appartenance à ce pays n'est pas sur la peau, elle est dans le sang et dans ma mémoire.
Nombreux sont les Polynésiens qui vivent la même expérience du métissage et qui n'auront jamais à choisir et
qui sont légitimes, ici et là bas.
Et tout ce que j'écris, vient du coeur, du ventre, de mes origines.
Bibliographie :
PUBLICATIONS
D’ARTICLES
« Sentiment d’abandon et désir de liberté dans la littérature
polynésienne » Dixit 2007-2008 : 266-267
« Le corps humain, c’est le corps social », Litterama’ohi 13 : 154
« Atollismes, littérature éclatée de la Polynésie française » Litterama’ohi 11 : 97
« L’espace dans l’écriture polynésienne » Litterama’ohi 11 : 92
« La nuit des bouches bleues » de JMT
Pambrun : Définition d'une littérature francopolynésienne Mosaïquée » Litterama’ohi 8 : 11
« Pollen de Jean-Noel Chrisment : fécondation du deuil » (en attente d’une étude comparative
avec le film « Pollen » d’Ange di Maria) sur www.ariirau.com
Courtes fictions Implosion, Litterama’ohi 11
Si près de la Vague, Sillages, 2007
Sur l’atoll de la truie, 2004 non publiée, disponible sur www.ariirau.com
ROMANS Je reviendrai à
Tahiti, L’Harmattan, septembre 2005
Matamimi, la vie nous attend Au vent des îles, mars
2006
Conférences Littéraires
« Le roman de la Rose : entre homo érotisme et homosexualité » TULSA, Texas, conférence de littérature
médiévale (1999-2000)
« Theorizing Francophonie: Marginalisation of French Polynesian writers on the literary
scene? » Oahu, Hawaii (janvier 2005)
INTERVIEWS
Rencontre avec Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun à New York City, mai 2005: Le Bambou
Noir Extrait sur www.ariirau.com , en attente de
publication.
AUTRES articles impulsifs, poèmes,
impressions et nouvelles sur www.ariirau.com